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Angela se fait abattre froidement par Josh, son petit ami qui ne supporte pas qu’elle le quitte. Au même moment, une étrange épidémie fait revivre les morts. Quelques mois plus tard. Angela se rend à des soirées de soutien pour zombies, car elle a du mal à accepter sa nouvelle condition de morte-vivante. Les zombies tentent de s’intégrer dans la société car malgré leur état, ils possèdent encore toutes leurs capacités intellectuelles. Malheureusement, des groupuscules intégristes ne l’entendent pas de cette façon et ne désirent qu’une chose : exterminer la communauté zombie. Parmi ces groupuscules, celui du "commandant" est l’un des plus violents. Josh et ses amis veulent rejoindre ce groupe…



Après avoir réalisé pas mal de petits films d’horreur en Super 8 quand il était adolescent, Marc Fratto se lance dans le long-métrage indépendant en 2003 avec "Strange Things happen at Sundown". Pendant le tournage du film, il a déjà en tête une histoire de zombies voulant s’intégrer à la population des vivants mais qui se heurteraient à la méchanceté de groupuscules extrémistes refusant de les côtoyer. Cette idée originale lui vient des événements post-11 Septembre, où la population arabe devenait, pour certains, la cible à éliminer. Marc Fratto décide de remplacer les arabes par les zombies, rédige le script en quelques mois et se lance dans le tournage. Un tournage complexe financièrement puisque la quasi majorité des fonds provient de sa poche mais également complexe en terme de réalisation puisque l’équipe technique et les acteurs ne sont disponibles que les week-ends. Le film se fera donc de mars à août 2006, les samedis et dimanches uniquement. D’abord titré "Last Rites of the Dead", le film change de titre, devient "Zombies Anonymous", et connaît plusieurs montages. Le premier est celui montré lors de la première et Marc Fratto le trouve un peu long et pas assez rythmé. Il décide de le raccourcir d’une quinzaine de minutes pour dynamiser l’ensemble et le rendre plus percutant. C’est cette version qui peut être considérée comme le director’s cut et c’est donc la préférée de Marc Fratto. C’est celle-ci que vous pourrez visionner sur le dvd édité par Néo Publishing. Un troisième montage voit le jour, mais uniquement aux Etats-Unis. Sans l’aval du réalisateur, le film perd encore dix sept minutes. Ce dernier avoue ne pas vouloir la voir et semble assez aigri envers cette version mutilée de son film.



Marc Fratto, en dévoreur de films qu’il est, le dit lui-même : "dans le cinéma indépendant à petit budget, on trouve de bons films, mais aussi des (très) mauvais films". Rassurons-le de suite, son second long-métrage se classe plutôt dans la première catégorie. Ce qui est bien dans "Zombies Anonymous", c’est qu’on se retrouve avec une œuvre qui apporte une bonne bouffée d’air frais dans l’univers du zombie movie. Ce genre très prisé des amateurs possède déjà une filmographie assez conséquente et les redites sont légions, parfois transcendées par un réalisateur qui apporte du neuf ou un style nouveau. De la nouveauté, Marc Fratto en apporte, c’est le moins que l’on puisse dire. Ses zombies sont différents de tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici, du moins en ce qui me concerne, ne pouvant prétendre avoir vu tous les films de zombies de la Terre. Mais dans tous ceux que j’ai vus, le zombie n’avait qu’une chose en tête : bouffer des êtres vivants ! Dans "Zombies Anonymous", la majorité des morts-vivants n’aspire qu’à une chose : pouvoir s’intégrer dans la société et vivre comme tout le monde. Car les morts de Marc Fratto ont cette particularité d’avoir encore toutes leurs capacités mentales. Ils causent comme vous et moi, réfléchissent, éprouvent des émotions. Une nouvelle communauté en somme, avec qui les humains vont devoir vivre. Bien évidemment, la tâche ne sera pas aisée, puisque la haine naissante de certains vivants à leurs égards ne va pas les aider à accomplir cette dernière. Marc Fratto, tout comme George Romero, incorpore une réflexion socio-politique dans son film et à ce titre, la séquence du restaurant où Josh et ses amis viennent rencontrer "le Commandant" pour la première fois est assez explicite et reflète bien la façon de penser de nombreuses personnes concernant les minorités ethniques vivant dans leur pays. "le Commandant", qui est en fait une femme à fort caractère ayant développé une xénophobie du mort-vivant atteignant son stade extrême, se voit proposer la carte du restaurant par un serveur…zombie. Ne supportant pas la situation, elle ne peut s’empêcher de demander au gérant du restaurant pourquoi il a engagé un zombie plutôt qu’un être vivant au chômage ! Percutant !

Bien malin, le réalisateur ne se contente pas d’une vision manichéenne de cette nouvelle société qui se cherche et dans laquelle les zombies seraient les gentils et les humains les méchants. Des groupes d’actions intégristes se forment dans les deux camps. "le Commandant" et ses troupes vont devoir en découdre avec des milices zombies qui ne refusent pas leurs conditions de non vivants et désirent vivre comme de vrais zombies, c’est à dire en mangeant de la chair humaine. Ces groupes zombies sont dirigés par Solstice, une femme zombie qui a un projet bien spécifique en tête : exterminer de manière radicale les humains, qui sont, eux, les étrangers. Jésus n’a-t-il pas ressuscité ? Jésus n’était-il pas le premier mort-vivant de l’Humanité ? Bref, deux camps, mais deux idéologies similaires. Et au milieu de tout ça, notre pauvre Angela, qui ne sait plus sur quel pied danser…



Le réalisateur s’intéresse beaucoup au personnage d’Angela car elle ne sait pas comment aborder sa nouvelle condition, ce qui nous vaut des séquences plutôt amusantes de réunion de soutien pour zombies anonymes ! Angela est parfaitement interprétée par l’actrice Gina Ramsden, qui était également présente sur le premier long-métrage de Marc Fratto. Gina parvient vraiment bien à exprimer les différentes émotions qui animent son personnage et c’est elle qui tire l’épingle du jeu au niveau des différents acteurs parsemant "Zombies Anonymous". On appréciera la scène où elle se refait une beauté avec du make-up spécial zombie afin de paraître humaine et qu’elle passe avec brio un entretien d’embauche. On ressent vraiment sa déception quand l’embaucheur lui annonce qu’elle devra juste passer une visite médicale pour s’assurer qu’elle fait bien partie des vivantes.

Cette idée du make-up zombies est une autre des bonnes idées qui parsèment le film. Des produits cosmétiques pour zombies ! Il fallait y penser ! Les publicitaires et autres hommes d’affaires ont bien senti qu’un nouveau filon venait d’apparaître avec cette nouvelle communauté et l’idée de créer des maquillages et autres fonds de teint pour leur rendre une apparence "plus" humaine est vraiment excellente !

Bon, tout ça c’est bien beau me direz-vous, mais dans un film de zombies, tout aussi original soit-il, on s’attend à quelques scènes gore croustillantes ! "Zombies Anonymous" répondra-t-il à notre attente dans ce domaine ? Si on pouvait émettre quelques doutes concernant l’aspect gore du film durant la première heure, la fin viendra les balayer. Décapitations, plantage de têtes coupées sur des pieux, éventration, arrachage de tripes, festin anthropophage et autres joyeusetés vous attendent, avec des FX certes bricolés, mais qui, dans l’ensemble, s’avèrent particulièrement efficaces et plutôt réussis. Ca saigne, ca charcute et l’amateur de tripailles en aura pour son compte au final !
Parmi les quelques bémols qu’on peut adresser au film, on pourra citer un rythme parfois un peu lent avec pas mal de séquences de dialogues qui auraient gagné à être raccourcies et des acteurs pas toujours au top mais nous sommes dans un film indépendant et les amateurs seront donc en terrain connu.



Comme dit au début, "Zombies Anonymous" s’avère en fin de compte être un bon film de zombies, le faible budget l’empêchant de se hisser au niveau d’un "Zombie" bien sûr, mais les bonnes idées de Marc Fratto et sa vision originale du genre en font un spectacle fort agréable et surtout intelligent. Marc Fratto ne s’est pas contenté de repomper les grands classiques du genre mais a cherché à innover et c’est vraiment tout à son honneur. Espérons que le public français lui fasse un accueil chaleureux car pour un petit film indépendant, il se hisse vraiment au-dessus du panier comparé à certains produits qui frôlent le néant cinématographique !








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