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Réalisation
Robin Hardy

Scénariste
Anthony Shaffer

Date de sortie
1973

Genre
Insolite

Tagline


Cast
Christopher Lee
Britt Ekland
Edward Woodward
Ingrid Pitt


Pays
Royaume-Uni

Production


Musique
Paul Giovanni

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 5.6
(19 votes)
Le sergent Neil Howie débarque sur une île écossaise nommée Summerisle, afin d'enquêter sur la disparition d'une enfant, disparition signalée par une lettre anonyme accompagnée de la photo de la petite fille. A peine arrivé, il se heurte à des autochtones peu accueillants et réticents à collaborer à l'enquête. D'ailleurs, tout le village, des clients du pub à la maîtresse d'école, en passant par la mère présumée de la disparue, s'accordent pour dire qu'ils ne connaissent pas cet enfant. Cependant, le sergent Howie trouve plusieurs indices et le comportement étrange de la population laisse penser que la fillette fait bien partie du village et qu'elle a effectivement disparu... mais alors ? Tout le village participerait à cette conspiration ? La petite fille a-t-elle réellement été enlevée ? Est-elle morte ? Quel secret se cache sur cette île ? Extrêmement populaire en "Anglo-Saxonnie" et considéré par la très select British Institute Film comme l’un des 100 meilleurs films jamais produits au Royaume-Uni, The Wicker man reste curieusement méconnu dans nos riantes contrées. Le celtisme qui porte l’oeuvre étant probablement moins en phase avec la latinité et renvoyant sans doute moins d’écho chez nous qu’en Irlande, Galles, Ecosse ou Angleterre. L’étrangeté du métrage n’a que peu d’équivalent, il mélange à merveille l’horreur, le fantastique, le drame, la comédie chantée, le film policier et l’étude de moeurs. Il distille aussi une ode toute 70’s à la liberté des sens, le rapprochant dès lors des mouvements hippies foisonnant de l’époque, mais aussi une satire de la religion chrétienne au travers d’une étude comparée entre cette dernière et celle néo-paganiste en vigueur sur l’île.



Le préambule du film prétend s’être inspiré de cérémonies authentiques prenant leur source dans le celtisme Ecossais. Le scénariste Anthony Shaffer (à qui l’on doit aussi les adaptations scénaristiques de "Frenzy", " Le limier" ou " le crime de l’orient express" notamment) s’est quant à lui inspiré d’une nouvelle de l’écrivain David Pinner dénommée "Ritual" et de dessins remontant au Moyen-Âge montrant des enfants livrés aux flammes à l’intérieur d’une immense statue, en honneur du Dieu Soleil.

Une pratique qui aurait eu cours au temps des druides de Stonehenge... Evidemment rien n’est moins sûr, mais comme tout folklore, qu’il soit vrai ou faux, il imprègne forcément la culture des lieux, un peu comme notre manière de brûler en place publique "carnaval" en le chargeant de tous les malheurs de la cité.

Le festival païen de Beltain continue à entretenir la tradition en incendiant un Wicker man différent chaque année (sans les gens à l’intérieur, on ne sait plus s’amuser de nos jours, c’est bien triste). Si cela vous intéresse vous pouvez toujours jeter un oeil sur cette page : http://www.gallica.co.uk/celts/wickerman.htm



Le sergent Howie arrive dans l’île avec ses certitudes, sa foi et sa conviction de représenter la loi, l’ordre et le bon droit. Là où le film s’avère particulièrement savoureux, c’est qu’il va contraindre le pauvre policier à plonger de plus en plus profondément dans ce qui représente pour lui une sorte de purgatoire, si ce n’est l’enfer sur terre. Confronté à des us et coutumes qu’il croyait perdus dans la nuit des temps, il se retrouve face à des hérétiques, qui de surcroît vont prendre ses croyances avec une immense condescendance. Le marginal c’est lui, et cela il va bien avoir du mal à l’avaler.

Sous des dehors d’enquête policière banale, c’est à un basculement des valeurs que l’on assiste, mais aussi à une sorte de respect des différences. Evidemment The Wicker man ne se veut pas un film sociologique ou anthropologique, il reste avant tout un divertissement surprenant où l’ironie,l’humour parfois mordant, les chansons,les dialogues s’enchaînent pour créer à chaque fois une nouvelle surprise et une singularité cinématographique rarement vue que ce soit avant ou après, culminant dans un final cruel, amoral, curieusement lyrique et justifié par ce qui précède. The wicker man va au bout de son concept en ne sacrifiant pas la fin sur l’autel du bon goût et de la morale, c’est ce qui le rend diablement subversif.

Il n’empêche que The wicker man est un film qui peut mener à la réflexion, une oeuvre intelligente tout en étant attractive. Si le réalisateur Robin Hardy étrenne ici ses galons en mettant en image son premier film, il a derrière lui un long passé de documentariste où il s’est singulièrement intéressé à la comparaison des religions.
Cet aspect comparatif étant au centre du métrage et sans jamais tomber dans le prosélytisme béat, Hardy renvoie dos à dos l’intolérance religieuse catholique et la cruauté des croyances druidiques. La foi des deux personnages centraux, le policier et le lord, étant toutes les deux aussi valables et donc aussi néfastes l’une que l’autre. L’un se reposant sur des certitudes issues de plusieurs siècles de pouvoir spirituel, l’autre pour asseoir son pouvoir sur son troupeau îlien.



Néanmoins et comme il s’agit d’une satire, le personnage que joue Christopher Lee emporte l’adhésion par son sens de la répartie et par une ouverture aux autres bien plus grande que celle que porte le personnage de Woodward. Ce dernier en paiera bien évidemment le prix et par une ironie mordante, il se verra récompensé de ses croyances en se voyant imposé un destin de martyr qui ne déplairait pas aux caciques du Vatican.
Les séquences dialoguées et chantées sur ce thème étant par ailleurs d’une irrésistible causticité, pour peu que l’on ne soit pas enclin à barboter telle une grenouille dans les bénitiers de notre sainte mère l’église.

Mais foin de discours vibrionnant de haute métaphysique (n’est-il point ?), The Wicker man est avant tout un long métrage divertissant. L’enquête policière nous tient en haleine et nous amène vers une fausse piste, l’érotisme d’une poignée de scènes nous titille le cortex, que celui qui ne se sentira pas tout chose devant la danse d’appel aux sens de Britt Ekland soit terrassé sur place par la main du Dieu soleil.
Voir Christopher Lee déguisé en femme, se déhancher au son d’accords celtiques ou entonner une chanson paillarde mérite en soi la vision du film.

Et puis il y a la petite dizaine de chansons qui parcourt le métrage. Mêlant des paroles issues de la tradition païenne préchrétienne, mais aussi de la paillardise jubilatoire et de la musique folk arrangée avec des accords celtiques ; elles donnent une autre dimension au spectacle proposé en faisant partie intégrante du propos et du scénario. Certaines restent d’ailleurs dans un coin de la tête bien après la vision de l’oeuvre. Une des plus intriguantes et remarquables bande originale du cinéma tout simplement.

Outre le géant Christopher Lee dont la taille de la filmographie est plus longue que la muraille de Chine, on retrouve en tête d’affiche, Edward Woodward (disparu il y a peu) , alors très connu en Grande-bretagne pour son rôle dans la série "Callan" et qui fera d’ailleurs l’essentiel de sa carrière dans la petite lucarne. On peut néanmoins le croiser dans un fort mauvais film de 1970 avec Peter Cushing et Patrick Mcnee répondant au doux nom de "Suceurs de sang" et lors d’une apparition dans le récent "Hot Fuzz".
On trouve aussi une des Hammer girl de l’époque, la ravissante Ingrid Pitt : "The vampire lovers", "Comtesse Dracula" ou encore "La maison qui tue".



Enfin un mot sur la gracieuse et peu farouche Britt Ekland. Si on peut à l’occasion la dévorer des yeux dans quelques péloches horrifiques telles que "Asylum"(1972) ou "le club des monstres" (1980), elle atteindra en quelque sorte le sommet de sa carrière en interprétant une James Bond girl dans "L’homme au pistolet d’or". Le reste de sa carrière ayant peu d’intérêt, ce qui n’est pas le cas de sa vie privée, elle fut en effet la femme de Peter Sellers et du chanteur à texte Rod Stewart.
Ce dernier tenta d’ailleurs d’acheter toutes les copies de The wicker man, afin que l’on ne puisse plus voir sa dulcinée danser et chanter nue dans des poses lascives. Jalousie et imbécillité sont souvent les mamelles de l’histoire, comme le dit régulièrement ma boulangère.

The wicker man a connu un début de carrière particulièrement difficile. Amputé d’une quinzaine de minutes par des producteurs peu scrupuleux, perte des négatifs dont une partie est probablement enterrée sous une autoroute qui jouxte les studios de production d’alors, mal distribué, il a néanmoins connu un immense succès non seulement en Grande-Bretagne mais aussi aux USA par le bouche à oreille, des critiques positives et un statut de film maudit.

Regardez-le, achetez-le, louez-le, mangez-le, volez-le, vous aurez l’occasion de voir un fim vraiment singulier. Un OFNI, un vrai.








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