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Jeanne et Paul Belhmer ont perdu leur jeune fils dans le tsunami qui a dévasté les côtes thaïlandaises en 2005. N’ayant jamais retrouvé son corps, Jeanne reste persuadée qu’il est encore vivant. Lors d’une soirée, le couple visionne une vidéo montrant des enfants dans un village dévasté. Dans un arrière plan, Jeanne pense reconnaître son fils. Son mari doute mais ne voulant pas lui faire de la peine, il décide de tenter le tout pour le tout. Le couple part avec des guides locaux au plus profond de la jungle tropical, pour une quête qui ne les laissera pas indemnes…



Présenté à la semaine de la critique au festival de Cannes en 2004, puis au festival du film fantastique de Gerardmer en 2005, où il récolte deux prix, le premier film de Fabrice du Welz, "Calvaire", impose d’entrée de jeu ce jeune réalisateur dans la cour des valeurs à suivre avec le plus grand intérêt. C’est d’ailleurs à Cannes qu’une actrice française très connue, Emmanuelle Béart, sort marquée de la projection de "Calvaire" et se montre décidée à rencontrer l’auteur du film.

Trois ans plus tard, Fabrice du Welz a un nouveau projet : "Vinyan". Un film qu’il veut très réaliste mais où le fantastique fera son apparition petit à petit, pour finir par se mêler à la réalité. Le point de départ du film est le terrible tsunami qui a causé de nombreuses pertes humaines et a ravagé des villages entiers. Dans ces conditions de vie particulière, dans cet univers digne d’un film post-apocalyptique, Fabrice décide de placer un couple d’occidentaux ayant perdu leur fils dans le raz de marée mais qui garde néanmoins un léger espoir puisque le corps n’a pas été retrouvé. Emmanuelle Beart demande à lire le scénario et s’emballe pour le sujet. Elle veut être Jeanne, cette mère qui a perdu son enfant mais qui veut tout tenter pour le retrouver. Fabrice du Welz n’est pas très chaud pour l’engager. Lors de leur rencontre, la première question qui lui posera sera si elle accepte de jouer sans être maquillé ! Une entrée en matière plutôt froide. Mais devant l’évidente envie d’implication d’Emmanuelle, Fabrice du Welz fini par accepter et au final, ne tarira pas d’éloges sur sa comédienne.



Autant le dire tout de suite, "Vinyan", terme qui signifie "âme errante qui tourmente les vivants", n’est pas un film facile d’approche. La vision du film pourra soit vous ravir, soit vous rebuter. Peut-être même les deux à la fois. Comme tout film me direz-vous. Mais "Vinyan" n’est pas un film comme les autres. C’est avant tout une expérience sensorielle et visuelle, dans laquelle vous entrerez ou pas. Il est clair que si vous n’êtes pas en bonne condition pour le regarder, pas sûr que vous accrocherez jusqu’au bout. Comme le dit lui-même le réalisateur, il faut être prêt à recevoir le film, sans a priori, sans idée préconçue, avec une bonne ouverture d’esprit. Il faut être prêt à s’investir dans la vision de "Vinyan". Effectivement, pas la peine de lancer le film un samedi soir si vous venez de faire la fête avec vos potes, c’est raté d’avance.

Et cette expérience visuelle et sensorielle, vous la vivrez dès le générique, avec ces caractères blancs géants qui viennent s’afficher sur l’écran pour nous présenter le casting du film. Puis avec ces bulles et cette montée de sons étranges, qu’on comprend être l’arrivée de la cruelle vague du tsunami. Une entrée en matière très réussie qui nous plonge d’emblée dans une atmosphère étrange, oppressante.

La suite nous propose de vivre les méandres psychologiques du couple interprété par Emmanuelle Béart et Rufus Sewell. Personnellement, je ne suis pas super fan d’Emmanuelle Béart mais il faut reconnaître qu’elle a vraiment insufflé de la vie à Jeanne. Son implication dans le projet est bien réelle et cela se ressent à travers les émotions qu’elle fait transpirer à son personnage. On se retrouve avec une mère marquée au fer rouge par la disparition de son enfant (comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs !) mais qui garde toujours au fond d’elle-même l’espoir secret de le retrouver. Le père, également fort bien interprété par Rufus Sewell, a commencé une étape de résignation et son espoir est déjà fortement diminué. Cette petite différence aura une conséquence énorme sur la suite de leur relation. On peut dire que "Vinyan" est un conte pour adultes, un drame familial poignant qui vire petit à petit, sans hâte, sans précipitation, vers la tragédie la plus éprouvante. A partir du moment où Jeanne voit une vidéo et pense reconnaître son fils alors que cette silhouette d’enfant est difficilement identifiable, on sait que sa raison a déjà vacillé vers une sorte de douce folie, et que la quête qu’elle veut effectuer coûte que coûte, aura raison des derniers soubresauts de sa lucidité. Edifiante est à ce propos la séquence où leur guide lui présente un enfant portant le même maillot que son fils disparu. Vivant dans une pauvreté extrême, certaines familles qui ont survécu au tsunami n’hésitent pas à vendre leurs enfants pour survivre. C’est exactement ce qui se passe dans cette séquence mais pour Jeanne, entendre l’enfant l’appeler "maman" lui occulte toutes facultés de penser. A la différence du père qui remarque bien vite l’entourloupe. Le père apparaît alors comme la figure rationnelle qui peut encore ramener sa femme à la raison mais y arrivera-t-il avant la fin du voyage ? Car plus le couple s’enfonce au fin fond de la forêt, plus l’esprit de Jeanne s’enfonce lui aussi dans un état second, état dont on se dit qu’il lui sera sûrement bien difficile, voire impossible, d’en réchapper.



"Vinyan" est donc un film qui prend son temps, qui comporte peu de séquences rythmées et que certains pourront trouver un peu longuet ou un peu mou du genou. On pourra effectivement trouver que ce manque de rythme est l’une des faiblesses du film. Il faut dire aussi que certains magazines l’ont un peu vendu comme un survival violent et que le fait de savoir que l’action se déroule en pleine jungle ou en milieu inhospitalier, avec ces visions d’enfants maquillés comme dans les tribus cannibales, ont un peu faussé notre angle d’approche. Car "Vinyan" est tout sauf un film d’horreur sauce "Cannibal Holocaust". Certes, la dernière partie du métrage nous replonge dans ce style de film, avec cette horde d’enfants aux visages maquillés, qu’on croirait effectivement sortis d’un film de cannibales italiens. La seule séquence horrifique présente peut également être prise comme un clin d’œil à ces œuvres italiennes extrêmes. Mais encore une fois, la quasi totalité du film a une approche beaucoup plus psychologique du drame familial et de la difficulté à faire le deuil d’un enfant quand le corps est absent. Bref, mieux vaut ne pas avoir d’idée préconçue avant la vision du film sous peine d’attendre un certain type de spectacle qu’on ne retrouvera pas, mais alors pas du tout à l’écran. C’est d’ailleurs sûrement cette "attente" et ces idées préconçues qui ont fait que j’ai moi-même trouvé le film un peu mou parfois effectivement, avec un réalisateur étirant le postulat de départ de façon longue et un brin uniforme.

Néanmoins, malgré cette lenteur dans la progression du drame et de cette quête perdue d’avance, on ne peut passer sous silence les qualités indéniables du métrage. Visuellement, tout est superbe. Les paysages, le ciel ensoleillé puis sombre, qui déverse des larmes de pluie, l’arrivée au temple abandonné vers la fin du film, la marée d’enfants (incroyable séquence !), c’est vraiment un enchantement pour les yeux. Rappelons que le film a été tourné en décor naturel et que les conditions de tournage ne furent pas de tout repos, que ce soit pour l’équipe technique ou pour les acteurs. Ces derniers sont vraiment tous à leur place et participent pleinement à hisser le film vers le haut. La dernière demi-heure est franchement très réussie et l’ultime séquence n’est pas sans rappeler celle de "Saint Ange", la multitude d’enfants en plus (dont certains s’amusent avec grand sourire à toucher les seins d’Emmanuelle Beart, on les comprend d’ailleurs…). La bande sonore est également très travaillée et la vision du film dans de bonnes conditions (Home Cinéma) est fortement conseillée pour être pris par le flot des images et des émotions.



Film atypique dans le paysage français, "Vinyan" se doit d’être découvert, venant confirmer que Fabrice du Welz est réellement quelqu’un à suivre de très près. Bien sûr, son second long-métrage reste difficile d’accès et ne pourra satisfaire une large audience. Ce n’est pas un film de divertissement, c’est le moins que l’on puisse dire. Après, à vous de voir si vous êtes suffisamment disposé à recevoir le film. Une œuvre courageuse en tout cas, qui ne joue pas avec la facilité et ne cherche pas à plaire au plus nombreux ! Tout le contraire des comédies à la française en somme…








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