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Réalisation
Çetýn Inanç

Scénariste
Cüneyt Arkýn

Date de sortie
1982

Genre
Science-fiction

Tagline


Cast
Cüneyt Arkin
Aytekin Akkaya
Füsun Uçar
Hüseyin Peyda


Pays
Turquie

Production


Musique
Kunt Tulgar

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 6
(1 vote)
Serpentons, si vous le voulez bien, dans les méandres brumeux du kitsch, au-delà de la complainte du mal de vivre des âmes tourmentées. Naviguons aux confins de l’art cinématographique, dans un endroit reculé où ne demeurent plus que la ringardise et l’humour involontaire. Car mes biens chers frères et soeurs, il existe un endroit hors du temps où toutes les contraintes filmiques sont abolies, et cet endroit je l’ai vu (alléluia !), il se situe sur une planète qui ressemble à la nôtre, mais qui en fait n’existe que dans la réalité quantique, le pays du nanard stratosphérique, d’où émerge à la manière d’un temple Inca oublié, la chose la plus improbable jamais filmée : Turkish Star Wars ! Oubliez donc Ed Wood et ses extraterrestres venus d’outre-espace, laissez tomber Bruno Mattei et ses zombies improbables, renvoyez aux oubliettes vos post-nuke italiens, vos monstres en CGI tout pas beau, vos films de canniboules, et jubilez à la vision de cet authentique chef-d’œuvre du mauvais film.



En effet, peut-on croire qu’un tel film puisse exister ? Dans quel cerveau malade a pu germer l’idée d’une telle bobine qui fait passer toute la production cinématographique accumulée depuis les frères Lumière pour des joyaux ciselés avec une finesse sans égale ?
Il faut le voir pour le croire et même il vaut mieux être croyant pour le voir, car être en face d’une de ces oeuvres donne une idée de l’infini, de l’immensité de l’espace. On ne peut que se sentir tout petit, une poussière d’étoile perdue au beau milieu du vaste univers après la vision d’une telle merveille.

Un petit mot d’abord s’impose sur la star du film, un certain Cüneyt ARKIN, véritable vedette du cinéma populaire turque qui a tourné près de 300 films (tout de même !) et en particulier des " hommages" aux grands classiques américains ("Superman", "Star Trek", "ET", "Robin des Bois", etc. ) et dans tous les genres populaires (Western, Karaté, Péplum, SF, Capes et épées, Policier j’en passe et des meilleurs). A la manière de ses homologues italiens du Bis, il fut l’une des personnalités les plus marquantes du cinéma Stambouliote pendant près d’une vingtaine d’année.
Toujours est-il qu’au début des années 80 sa carrière ayant du plomb dans l’aile et ayant apparemment abusé d’un variété locale de drogue dure (à moins qu’il soit passé faire un stage dans la prison de " Midnight Express"), son cerveau embrumé se mit à écrire le scénario de " Dünyayi kurtaran adamé (dont la traduction est "L'homme qui va sauver le monde" ) mieux connu des amateurs sous le merveilleux et printanier titre de "Turkish Star Wars".



Entrons dans le vif du sujet en avertissant le lecteur et le futur spectateur potentiel d’une foultitude de Spoilers à partir d’ici....Top c’est parti !

Dix premières minutes d’anthologie où, à base de " stock-shots", directement pompés sans vergogne (et sans autorisation cela va s’en dire) sur " La guerre des étoiles" (en particulier l’attaque de l’Etoile de la mort. Tant qu’à y être !), une voix-off nous plante le décor et la sombre histoire de l’humanité.

Le film s’ouvre donc sur un résumé de la situation qui prévaut (non, pas Daniel). Un résumé qui ressemble farouchement à un " cadavre exquis" dévoyé où seul compte l’incohérence, où la forme ne prend même pas la peine de prendre le pas sur le fond (à dire vite cinq fois devant un miroir).

Attention cependant d’éloigner les âmes sensibles (abonné(e)s aux cahiers du cinéma, vous risquez l’apoplexie, on vous aura prévenu !).

"La Terre était menacée d'extinction à cause du développement incontrôlé des armements nucléaires. Aucune n'avait pu détruire la Terre.
Toutefois, dans certains cas, la Terre s'était retrouvée désintégrée en plusieurs morceaux.
Ces fragments de la Terre étaient devenus des météores.
Tandis que le monde joyeux et beau (ah ! oh !) était ravagé sans discernement, il croisa la route d'un ennemi mystérieux et très puissant.
Notre monde se fragmenta en nuage de poussière sous l'influence des rayons laser de l'Âge Galactique."

On me fait signe dans mon oreillette qu’il convient de bien relire ce chapitre afin de comprendre la suite !

"Qui était cet ennemi ? Dans quelle galaxie se trouvait-il ?
Les humains n'utilisèrent qu'une seule arme contre cette menace.
Ils créèrent une barrière alimentée par le cerveau humain et la force de sa volonté.
Un revêtement fait de molécules de cerveaux humains compressés protégeait la Terre."

Dire qu’on dépense des milliards en armements sophistiqués, alors qu’un bête cerveau suffit !

"Chaque attaque transformait un peu plus en nuage de poussière la Terre qui s'abritait derrière son bouclier.
La seule chose qui pouvait franchir la barrière était une arme fabriquée à partir du cerveau et de la volonté humaine.
Mais aussi puissantes soient leurs armes, les ennemis de la Terre n'avaient pas de cerveaux."

Ce qui tombe plutôt bien, il faut l’avouer.

"Les humains se lancèrent à la recherche de cet ennemi inconnu.
Les deux plus grands et plus forts guerriers turcs se lancèrent dans l'espace avec d'autres humains et déclarèrent la guerre à l'ennemi inconnu."

Vous étiez prévenu, mais ça fait un choc, je sais....



Sauf qu’après ce petit hors-d’oeuvre qui met l’eau à la bouche, on est en droit de penser que l’oeuvre va sombrer et ne pas pouvoir nous apporter un plat principal de choix. Et bien que nenni (comme dit le cheval) !
La suite va nous révéler tout le merveilleux potentiel dont sont capables les Turcs quand ils se servent de leur tête (oui les fameuses têtes de Turcs).
Nous voilà propulsés à la vitesse de la lumière dans l’espace intergalactique où nos deux vaillants chevaliers tiennent la dragée haute aux images de " la guerre des étoiles" en incrustation derrière eux.
Et là il convient d’admirer le courage immense de réussir à repousser les assauts incessants des ennemis sans cerveau (vous vous rappelez ?) alors que l’on est soi-même assis sur un tabouret pré-Ikéa, coiffé d’un casque de motocyclette très tendance dans les années 50 sous le régime est-allemand et affublé d’écouteurs comme on n’en fait hélas plus.

Ils s’écrasent alors et inévitablement (inévitablement, car les stock-shots c’est comme tout ma brave dame, au bout d’un moment on est à court de... stock) sur un fragment de planète (vous vous souvenez que la Terre était en plusieurs morceaux ? Mais si !). S’ensuivra alors une quête initiatique pour sauver le monde du vil tyran dénommé Turkish Darth Vader (beaucoup plus crédible que le peu expansif, primesautier et asthmatique héros de George Lucas).

Pendant une heure trente, tout ce qui caractérise un nanar de haute volée est présent multiplié à la puissance mille.
Combats en tous genres contre des monstres mi-peluches, mi-PQ (des roses, des verts, un qui ressemble à Robby le robot de "Planète Interdite"), du caoutchouc en pagaille, des masques peints par des enfants autistes de CM1, filmé à l’arrache, réglé par un fils dégénéré de Bruce Lee et joué à la perfection par deux acteurs souffrant d’arthrite chronique, le tout sur la musique d’Indiana Jones.

Comme passés sous silence, les morceaux d’anthologies dans l’anthologie conceptuelle que représente le film en lui-même, avec cette séance de torture où les deux héros sont enterrés vivants sous deux centimètres de terre et cette séance d’entraînement formidable qui fait passer Rocky pour la pire des feignasses.
Images piquées sans vergogne dans une flopée d’autres oeuvres (pêle-mêle citons : éStar Wars" bien sûr, des documentaires sur l’Egypte, l’Islam, des péplums, un morceau de la Planète des singes il me semble aussi…).
Montage incohérent, tressautant (on passe d’un gros plan sur un personnage à une vue du désert à un stock-shot sans raison et sans cohérence), la musique s’arrête puis reprend, idem pour les bruitages.



Mais comme il n’est jamais bon de terminer un repas sans une douceur, vous prendrez bien un dessert ?
Un dessert à base de dialogues doucereux.
Alors que nos deux héros se crashent sur la planète et marchent parmi les cailloux du désert :

"Tu m'en voudrais si je te disais que j'ai peur ?
- Tu peux avoir peur, mais ne le montre pas.
- Pourquoi ?
- Peut-être qu'il n'y a que des femmes sur cette planète. Peut-être qu'elles nous testent pour voir lequel d'entre nous est le plus courageux.
- Dans ce cas je passe devant.
- N'oublie pas de bien gonfler la poitrine."

Le reste est à l’avenant.

Un magnifique divertissement portant le kitsch à un niveau jamais atteint. Le nanar ultime, filmé avec les pieds, joué avec la conviction de celui qui ne doute pas.
Le plus improbable film passé, présent et avenir jamais réalisé, un film qui changera à jamais votre vision du septième art. Un concept !








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