RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4.5
(6 votes)
Une petite ville italienne est le théâtre de meurtres sanglants perpétrés par un maniaque sexuel. Le point commun entre toutes les pauvres victimes c’est d’être ravissantes, étudiantes et peu avares de leurs charmes. La méthode du tueur est toujours la même et il laisse à chaque fois un foulard rouge sur les lieux de ses crimes. Alors que la police enquête, une des étudiantes pense avoir déjà vu ce type de foulard, elle décide alors de quitter la ville en compagnie de trois de ses amies, pour se réfugier dans une villa isolée. Las, le tueur rôde toujours autour de ses proies...



Cinquième et dernier giallo de Sergio Martino, Torso est un film important, non seulement dans la carrière du réalisateur puisqu’il livre ici probablement le summum de sa carrière, mais aussi dans le cinéma de genre tout court, puisqu’il fait partie de cette poignée de films qui annoncent le slasher-movie ( à égalité avec "La baie sanglante" de Mario Bava en 1971 et le futur "Black Christmas" en 1974 ).
Si l’on reste malgré tout dans le cadre forcément étroit du giallo et que Martino respecte presque tous les codes, il prend parfois des libertés avec ce genre pour en faire une oeuvre qui se révèle personnelle. Ce n’est pas le moindre des mérites de ce Torso.

Long-métrage ayant acquis avec le temps un petit statut de film culte, en raison de sa non-édition en DVD dans nos contrées, de sa présupposée violence et son amour revendiqué par certains cinéaste à la mode (Quentin Tarantino notamment), Torso reste avant tout un des sommets du giallo par sa forme, sa mise en scène des meurtres que l’on retrouvera ad nauseum dans d’innombrables slashers de ces trente dernières années, sa "scabrosité", son absence de retenue érotique confinant plus que souvent à la gratuité et une dernière partie d’une rare intensité quasi claustrophobique.



Laissant un peu en friche l’intrigue en elle-même, qui est l’assassin ? Quelles sont ses motivations ? Et même s’il multiplie les fausses pistes sur l’identité de ce dernier, Martino ne s’intéresse guère à la résolution de l’énigme policière.
Il préfère s’attarder sur la forme des meurtres, sur une certaine représentation de la société des jeunes de l’époque et sur l’inquiétant huis clos qui ponctue la seconde partie du film.

Car, c’est une des autres particularités de ce giallo que d’être nettement divisé en deux parties bien distinctes, une césure à laquelle on ne s’attend guère dans ce type de productions habituellement extrêmement codifiées.



La première partie, outre la manière remarquable de filmer les rues de Pérouse propre à nous faire ressentir une ambiance lourde et progressivement angoissante, c’est avant tout la beauté de la photographie et la justesse de la mise en scène des meurtres qui forcent l’admiration. La pièce maîtresse se situant lors de l’assassinat d’une jeune fille dans une forêt brumeuse et marécageuse, le tueur affublé de son célèbre masque jouant avec sa proie avant de fondre sur elle. Impossible de ne pas penser à ce qui fut copié dans les "exploits" des Jason et autres Michael Myers de tous poils.
Martino en profite pour glisser quelques visions hippies de la vie estudiantine d’alors, avec drogue, force plan de nudités de poitrinaires jeunes femmes et d’actes charnels et ce en opposition avec les moeurs de l’enquête policière qui s’ouvre rapidement.

Dès lors que les quatre amis décident de se retirer dans une maison surplombant un village typique, on entre dans la dernière ligne droite, celle-ci s’avérera tout aussi réussie que ce qui lui a précédé et peut-être même plus.
Après que le tueur se soit débarrassé de trois des " poupées de chairs", Martino livre un efficient face à face entre la rescapée et le meurtrier. Gants noirs, caméra subjective mettant le spectateur dans une position désagréable de voyeur, gros plans, montage précis, tout concourt à la tension qui devient de plus en plus palpable. Le tueur se présentant comme quelqu’un d’habile, d’intelligent et ne laissant rien ou si peu au hasard.
Le climat de cette longue séquence finale et la manière de la mettre en oeuvre semblera probablement banal aujourd’hui où l’on peut le voir dans une flopée de films de serial-killers ou de slashers, il n’en demeure pas moins diablement oppressant.

La partition musicale n’a pas la force de certaines grandes réussites du giallo, mais sa simplicité colle bien aux images que l’on a devant les yeux.
Enfin, au niveau des acteurs on notera la présence de grandes figures du bis italien des années 60 et 70, la très jolie Suzie Kendall qui joue le rôle de Julia dans "L’oiseau au plumage de cristal" mais aussi dans un autre giallo relativement connu "Spasmo" ou dans le fort intriguant nunsploitation "Storia di una monaca di clausura" en 1973.
On retrouve aussi la craquante Tina Aumont ( qui n’est pas la fille du génial Marcel Amont ! ) , qui de western en film sexy, et de giallo au film fantastique, la vit faire une bien belle carrière dans le bis et même le Z (citons "Salon Kitty" de Tinto Brass, "Les deux orphelines vampires" de Jean Rollin ou le zédifiant "Dinosaur from the deep" de N.G.Mount).
Enfin le sémillant Luc Mérenda, qui avant de devenir l’amant fantasmé de toute une génération de ménagères de moins de 50 ans pour son rôle dans la navrante série télévisuelle "Châteauvallon", et bien ce brave Luc fut une des poutres du polar italien violent de la dernière partie des années 70 et a beaucoup travaillé avec Sergio Martino. Pas le genre de films que vos grand-mères aimeraient voir.



Martino livre, ici, son chant du cygne d’un genre qu’il a admirablement servi et qui connait ses derniers soubresauts. " I corpi presentano tracce di violenza carnale" étant en quelque sorte son "Les frissons de l’angoisse" deux ans avant le chef d’oeuvre de Dario Argento qui lui clôt l’âge d’or du giallo.
Il le fait de la plus belle des manières en livrant son meilleur film dans le genre et offre une invite à le suivre vers un nouvel horizon, le slasher, qui va déferler jusqu’à nos jours, parfois pour le meilleur et souvent pour le pire.