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Un homme, Hector, se retrouve témoin du meurtre d’une jeune fille. Cherchant à fuir l’agresseur qui est à ses trousses, il se réfugie dans une bâtisse transformée en laboratoire. L’occupant des lieux lui propose de se cacher dans une étrange machine. Commence alors pour Hector le début d’un cauchemar temporel…



Le cinéma fantastique espagnol se porte bien, c’est le moins que l’on puisse dire, après les divers succès de films aussi différents que "Les Autres", "Rec", "L’orphelinat", "28 semaines plus tard", "Le Labyrinthe de Pan" ou "Abandonnée" par exemples. Les réalisateurs hispaniques savent jongler avec les codes du genre et nous livrent des œuvres qui n’ont vraiment pas à rougir de la comparaison avec les productions américaines. Spectres, infectés, conte féérique, films d’épouvante, l’Espagne touche à tout et avec une sacré réussite. Parmi les sous-genres du Fantastique, la science-fiction n’est, par contre, pas un thème de prédilection chez les ibériques, au niveau cinématographique s’entend, car ce genre est, en revanche, très représenté au niveau de la littérature. Si on peut citer le "Action Mutante" d’Alex de la Iglesia, on aura bien du mal à en trouver d’autres sans faire des recherches plus approfondies. Heureusement, Nacho Vigalondo est là pour remédier à ce petit problème avec son premier long-métrage, "Time Crimes".



Avant de parler un peu plus du film lui-même, précisons que les différentes affiches réalisées pour "Times Crimes" sonnent très "Grindhouse" comme vous avez pu le voir, ce qui n’est guère le cas du long-métrage par contre. Attention donc, ne vous attendez pas à voir un film tonitruant à la "Planète Terreur", vous risqueriez d’être déçu ! "Time Crimes" est un film "sobre, posé, sans effets spéciaux révolutionnaires, ni ambiance délirante, alors que les affiches pouvaient nous laisser penser tout le contraire.

En fait, "Time Crimes" pourrait s’apparenter à un épisode version longue de la série culte La Quatrième Dimension, avec son thème du voyage spatio-temporel, la multiplication du personnage principal ou bien la possibilité de modifier des actes qui ont eu lieu, le tout filmé avec les moyens du bord et sans budget faramineux, tout comme la série créé par Rod Sterling. Ces événements "science-fictionnels" vont intervenir dans la vie d’Hector, un homme ordinaire, marié et vivant paisiblement. En jouant un peu au voyeur avec sa paire de jumelles, Hector voit dans les bois entourant sa maison une jeune fille qui se déshabille. La curiosité étant un vilain défaut, notre brave homme décide d’aller voir d’un peu plus près ce qui se trame dans ces bois. Nacho Vigalondo nous la joue dans cette première partie carrément Giallo avec vision à travers des jumelles, fille nue, homme dont la tête est entourée de bandelettes façon "L’homme invisible" (hommage au film de James Whale sûrement, la scène où notre mystérieux personnage enlève ses bandes faisant clairement référence à la séquence culte du film précité…), agression aux ciseaux, course-poursuite… Une première partie qui avait démarré calmement et qui d’un coup nous intrigue et capte notre attention, attention qui ne baissera plus jusqu’à la fin du film.



Sans en dévoiler d’avantage sous peine de vous gâcher le vif plaisir ressenti lors de la vision de "Time Crimes", sachez que notre pauvre Hector va être entrainé malgré lui dans un tourbillon de rebondissements qui rendraient fou la majorité des gens. Dur en effet de garder les idées claires quand vous regardez avec des jumelles votre maison et que vous voyez votre femme discuter avec…vous ! L’intrigue se dévoile peu à peu, chaque scène vue auparavant se rejoue d’un autre point de vue, éclaircissant au passage certains détails nous paraissant étranges. Un véritable méli-mélo se déroule devant nos yeux, et le plus fort, c’est que tout se tient, chapeau au réalisateur pour ne pas s’être perdu lui-même dans son histoire jouant sur le principe de la poupée gigogne.

Plus le film avance, plus on revoit les mêmes scènes sous un angle différent, plus on comprend de choses et plus notre plaisir devient grandissant. Pourtant, certaines situations ne prêtent guère à sourire de par leur dramaturgie, mais nous, spectateurs, ressentons un réel plaisir à suivre les péripéties "des" Hector. Un personnage multiple donc, brillement interprété par l’acteur Karra Elejalde, qui parvient à livrer diverses émotions et comportements à son (ses) personnage(s) et qui signe, ici, une grande performance. Dire que le film repose sur ses épaules est un doux euphémisme. Karra Elejalde porte littéralement le film, et nous entraîne à sa suite sans aucune difficulté. Les quelques autres protagonistes sont également parfaitement interprétés et donnent au film une solidité, qui, associée au scénario machiavélique et à la réalisation sobre mais juste de Nacho Vigalondo, finissent par transfigurer le film et à lui restituer une cohésion et un déroulement parfait. Les spectateurs du dernier festival de Gérardmer 2009 ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisque "Time Crimes" a reçu le Prix du meilleur inédit Vidéo. Ce qui est largement mérité.



Amateurs de situations abracadabrantes qui finissent par devenir d’une logique absolue, amateurs de films à tiroirs, et amateurs de BONS films tout court, précipitez-vous sur "Time Crimes", vous ne le regretterez pas. Encore une fois, méfiance avec les visuels des affiches qui peuvent tromper sur la marchandise. Même les expériences du docteur Frankenstein dans son laboratoire en 1931 sont plus spectaculaires que celle qui à lieu dans le film de Nacho Vigalondo, en terme visuel bien évidemment, c’est pour dire ! Mais personnellement, je trouve que l’absence d’effets spéciaux tape-à-l’œil est une des forces du film, qui parvient justement à se concentrer sur l’essentiel, à savoir ses personnages et son histoire. A découvrir séance tenante !








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