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Dans l'optique de prouver sa foi, le jeune prêtre Sang-Hyun se rend en Afrique pour une expérience visant à tester un antidote contrecarrant un virus mortel, qu'on lui inoculera bien sûr. Au bout de quelques jours, le vierge représentant de Dieu se couvre de pustules et meurt...avant de "ressusciter" quelques secondes après sa mort clinique. Aux yeux des fidèles, il s'agit ni plus ni moins d'un miracle. Quelque peu étourdi, Sang-Hyun retourne à la civilisation et se découvre une irrépressible soif de sang ! Il est devenu, malgré lui, un vampire...



Après avoir exploré la barbarie moderne à travers sa trilogie vengeresse (quadrilogie si l'on compte Cut), Park Chan Wook ne quitte toujours pas le sentier qui l'a fait connaître ouvertement (en bien ou en mal), tissant de film en film un style raffiné, baroque et démonstratif mariant la férocité du cinéma de genre à la profondeur du cinéma d'auteur. Pas toujours subtile tout ça, mais fondamentalement passionnant.



La pause mélo avec Je suis un cyborg ayant moyennement convaincue, voilà que Wook s'attelle à un projet de longue haleine, revisitant le mythe du vampire (noble tâche déjà accomplie de trop nombreuses fois): une fascination qui ne date pas d'hier puisqu'on pouvait la retrouver en filigrane dans Cut, dont l'action débutait sur le tournage d'un film de vampire sanglant à souhait.
Par chance (?), Thirst ne fait qu'un peu plus confirmer l'engouement actuel et hystérique pour les vampires, en partie relancé par une saga adolescente dont nous tairons le nom par respect.



Il ne sera pas si étonnant de constater que le film de Wook se situe dans la belle branche de ce revival, même si on attend encore le film qui détrônera "Morse" à ce niveau. Paradoxalement, Thirst constitue une certaine déception ; peut-être pas pour le sous-genre qu'il illustre (bien qu'il n'apporte rien de concrètement neuf), mais plutôt vis à vis de la filmo de son auteur. Une "belle déception" en somme, mais fascinante pour sûr.
En apportant des données plus européennes qu'asiatiques (le vampire ou la religion catholique), Thirst s'engage dans de drôles de voies : il s'en tire cependant à bon compte, déblayant le vampire de ses attirails habituels, tout en faisant fusionner l'aspect purement clinique (le vampirisme assimilé vaguement à une maladie et l'absence de canines renvoient à The addiction ou à Martin, entre autres) et l'aspect surnaturel (force décuplée, envol majestueux, peur du soleil, regénérescence...). Quant à la sexualité, elle y est exacerbée, essentielle. Car Thrist est aussi l'histoire d'une liaison avant tout.

Passé la découverte de son invincibilité et de sa soif d'hémoglobine, le héros quitte les ordres et voit ses instincts de mâle en rut reprendre le dessus, d'autant plus forts que celui-ci est (automatiquement) vierge. Rayon de lumière dans sa prison familiale et porte ouverte vers un ailleurs prometteur, Song-Hyun sera le sauveur de Tae-Joo, soeur adoptive d'un ami d'enfance à qui elle est promise. Entre femme enfant dévorante et garce fragile, elle trouvera en ce personnage torturé l'issue et l'amant qu'elle cherchait pour échapper à son triste cocon. Comme d'habitude chez Wook, un personnage féminin fort, touchant, rageur et rageant, et à la sensualité explosive.
Sous la photographie de Chung Chung-Hoon, les corps peuvent sembler froids, mais sous la caméra de Wook ils deviennent des créatures brûlantes, se réunissant dans des étreintes sublimes.



Quand la passion grandit, plus rien ne doit barrer la route des amants pressés : à Wook alors de reprendre de la manière la plus tordue qui soit le Thérése Raquin de Zola dans son exploration de l'infidélité meurtrière. Bien mal à lui, tant le film semble se noyer autant que l'amant abruti : un filmage souple et élégant, mais des ruptures de tons pas toujours bien agencées (les apparitions du spectre débile) et un rythme qui en pâtit bien malheureusement malgré la tournure sauvage des événements. Si la seconde partie, scène de ménage apocalyptique où on se fracasse le crâne, on massacre ses invités et on se poursuit en sautant de toit en toit réserve des moments impressionnants, le spectateur se lasse. Ou l'art de raconter en 2h10 ce qu'on peut dire plutôt en 1h30. Même les dernières minutes n'étonneront pas grand monde, sursaut poétique tant attendu déjà illustré maintes fois dans le cinéma vampirique.
On se console donc d'une première partie excitante, de bribes cocasses et furieuses, de l'esthétique élaborée (comme toujours chez Wook) et surtout du fait que Thrist reste à ce jour le film le plus graphiquement violent de Wook, ici se déchaînant ouvertement dans le gore viscéral. C'est déjà pas si mal...