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Alors qu’ils effectuent une mission au Vietnam, des soldats américains dont le capitaine Norman Hooper, retrouvent Tom Thompson et Charlie Bukowski deux de leurs hommes disparus, au fond d’une fosse en train de manger de la chair humaine. L’un des deux hommes mord le capitaine avant d’être rapatrié avec son compagnon. Après un séjour en centre psychiatrique, Charlie obtient une permission de sortie. Il demande à Hooper de le rejoindre mais le fait d’entendre la voix de Charlie rappelle à ce dernier les horreurs de la guerre et il refuse l’invitation. Charlie se rend dans un petit cinéma de quartier et ne peut réfréner son envie de mordre une spectatrice…



Les films traitant de la guerre du Vietnam sont légions et des réalisateurs brillants ont livré leur vision de cette guerre abominable, avec des films comme "La 317ème Section" de Pierre Schoendoerffer, "Apocalypse Now" de Francis Ford Coppola, "Hamburger Hill" de John Irvin, "Platoon" d’Oliver Stone, "We Were Soldiers" de Randall Wallace ou "Full Metal Jacket" de Stanley Kubrick par exemple. Même Bruno Mattei a filmé la guerre du Vietnam dans son "Strike Commando", qui ne joue pas dans la même catégorie que les films précités évidemment, mais ça, on s’en serait douté.

Les traumatismes émotionnels et physiques, qu’ont subis les soldats qui en sont revenus, ont également fait l’objet de nombreux longs métrages qui parlent de la difficile réinsertion des Vétérans, dont certains sont de purs chefs-d’œuvre, comme "Taxi Driver" de Scorsese, "Rambo" de Ted Kotcheff, "Birdy" d’Alan Parker, "Né un 4 juillet" d’Oliver Stone ou "Voyage au bout de l’enfer" de Michael Cimino. D’autres sont plus à classer dans le domaine de la série B comme "The Exterminator" de James Glickenhaus ou "Combat Shock" de Buddy Giovinazzo. Le cinéma d’horreur a également utilisé la thématique du Vietnam, soit de façon purement divertissante comme dans le final de "House" de Steve Miner, soit de façon très sérieuse et intéressante avec des œuvres telles "L’Echelle de Jacob" d’Adrian Lyne ou "Le Mort-Vivant" de Bob Clark. Il faut également ajouter à cette liste non exhaustive le film dont nous allons parler ici, à savoir "Pulsions Cannibales" d’Antonio Margheriti, qui nous présente une vision plutôt originale des traumatismes des soldats et qui rejoint un peu le film de Bob Clark, même s’il joue sur un autre registre, puisqu’on va parler ici de cannibalisme et non de mort vivant. A la thématique du Vietnam vient donc s’ajouter celui des mangeurs de chairs. Logique puisque le film a été réalisé en 1980 et que le "cannibal movie" était en pleine explosion à cette période, suite au succès de films comme "Le Dernier Monde Cannibale", "La Montagne du dieu cannibale" ou "Cannibalis" dans les années 70, et qui lanceront la mode, puisqu’on verra ensuite apparaître sur les écrans "La Secte des Cannibales", "Cannibal Holocaust", "Cannibal Ferox", "Virus Cannibale", "Terreur Cannibale", "Anthropophagous" et j’en passe…



Le réalisateur du film, Antonio Margheriti, on ne le présente plus. C’est l’un des maîtres artisans du cinéma Bis italien, qui oeuvra dans de nombreux genres et qui nous donna quelques films d’épouvante de toute beauté, comme "Danse Macabre", "La Sorcière Sanglante" ou "La Vierge de Nuremberg" par exemple. Dans les années 80, Margheriti continuera à nous livrer sa passion du cinéma, avec certes moins de réussite, mais toujours avec sincérité, et réalisera des titres comme "L’invasion des Piranhas", "Yor le chasseur du futur", "Les Aventuriers du Cobra d’or", "Tiger Joe" ou bien encore notre fameux "Pulsions Cannibales", dont la jaquette française aura régalé les yeux des fans abonnés aux vidéos-clubs. Egalement appelé "Demain l’Apocalypse" en référence à son titre original, il est considéré comme un film culte aux yeux de Quentin Tarantino qui le vénère. Alors, qu’en est-il vraiment ?

Ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que le scénario fait preuve d’originalité pour l’époque, puisque le cannibalisme est ici considéré comme un virus, au même titre que la rage par exemple. Il se transmet par morsure et chaque personne contaminée ressentira des envies de dévorer son prochain, développera des "Pulsions Cannibales". Comme quoi, le titre français est plutôt bien vu, ce qui n’est pas le cas de tous les films. Phénomène curieux par contre, mais nous sommes dans le cinéma Bis italien, rappelons le, le temps d’incubation n’est pas le même pour tout le monde. Est-ce pour gagner du temps et faire avancer l’histoire et éviter les temps morts que ce petit détail est passé à la trappe de la part de Margheriti ? Mystère. Ca n’a pas grande importance me direz-vous et vous n’avez pas tout à fait tort ! Ca laisse par contre une perspective intéressante pour l’amateur d’horreur puisque, comme pour les morts vivants, la contamination cannibale pourrait s’étendre rapidement à l’ensemble de la population, puis dans d’autres villes et ainsi de suite, nous rappelant le "Zombie" de Romero ou plus récemment "28 jours plus tard", qui fonctionne sur le même principe au niveau de la transmission du virus. Mais bon, rassurez-vous, les autorités veillent…

Cette idée, Margheriti l’injecte donc dans une histoire de rescapés du Vietnam, dont deux d’entre eux ont mangé de la chair humaine lorsqu’ils étaient prisonniers. Le début du film nous montre des soldats en mission dans ce pays en guerre, qui se feront attaquer par la population locale. Margheriti montre son savoir-faire dans le domaine de l’action et du film de guerre car cette séquence est vraiment très réussie, plutôt impressionnante pour un film de série B et assez cruelle, avec utilisation de lance-flammes, égorgement et même explosion d’une bombe attachée au collier d’un chien pour tromper l’ennemi. Pauvre toutou !

Le capitaine de cette troupe de soldats, c’est John Saxon. Excellent acteur de série B, un "second couteau" de qualité comme on dit, John est surtout connu pour avoir interprété le père de Nancy dans "Les Griffes de la Nuit". Mais on a pu le voir également dans "Opération Dragon" avec Bruce Lee, dans le "Black Christmas" de Bob Clark, dans l’épisode "Le Vampire" de la série télé Starsky et Hutch, dans le "Ténèbres" de Dario Argento et surtout dans de nombreux polars italiens. Dans "Pulsions Cannibales", il va être confronté à ce dangereux virus, et luttera un temps pour résister à cette terrible envie de mordre, avant de lâcher prise et de se laisser aller à cette insoutenable pratique. John Saxon est vraiment très bon dans ce rôle, il parvient à donner une réelle épaisseur à son personnage et nous fait vivre le calvaire dont il est victime, voyant se dégrader sa condition d’homme "normal", ainsi que sa relation avec sa femme.

Autre visage bien connu des fans, celui de Giovanni Lombardo Radice ("Frayeurs", "Cannibal Ferox"), qui interprète l’un des deux soldats sauvés par John Saxon. Son visage et ses yeux de "fou" servent encore à imposer cet acteur charismatique dans un rôle dramatique et non dépourvu d’intérêt. La séquence du cinéma où il n’arrive plus à réfréner sa "pulsion cannibale" est excellente et il nous montre encore l’étendue de ses talents.



Concernant les séquences gores que laissent supposer la jaquette du film et son titre, elles seront bien présentes avec quelques jolies morsures, un découpage de jambe à la scie circulaire, une énucléation de globe oculaire, un arrachage de langue lors d’un fougueux baiser ou bien encore une perforation totale d’un ventre à coup de fusil à pompe où la caméra filmera l’auteur du tir par le trou effectué, scène reprise ou imitée par la suite. On aurait pu en attendre un peu plus, notamment en ce qui concerne la pratique du cannibalisme sur les victimes. Ce qui est bien vu par contre, c’est que ces séquences gores s’intègrent dans une optique "réaliste", crue et ne sombrent pas dans le grand guignol, ce qui ajoute au caractère malsain et morbide du film, et au ton très sérieux revendiqué par son réalisateur. En effet, Margheriti n’a pas ajouté d’humour dans son film, c’est traité avec le plus grand sérieux et on est bien loin d’un "Zombi Holocaust" par exemple. Il en va de même pour les couleurs du film, très froides et qui provoquent vraiment une sensation d’atmosphère assez pesante. Dommage par contre que la partition musicale ne soit pas à la hauteur. Elle vient bien souvent plomber les séquences qui défilent sur l’écran et n’est guère appropriée.

Cette atmosphère pesante, on la ressent d’ailleurs bien avec le rythme du film, qui est plutôt lent sans être ennuyeux. Margheriti prend son temps avec ses personnages, ce qui semble normal pour ce film d’horreur plus psychologique que démonstratif. Certains pourront trouver le film un peu longuet ou pas assez tonique mais je trouve que cette façon de faire correspond bien avec l’esprit du film et lui confère un petit "plus".



Film de cannibales en zone urbaine, les immeubles et les égouts ayant remplacés la faune et la flore de la jungle, décor traditionnel de ce type de film, "Pulsions Cannibales" se révèle une bonne surprise, n’allant peut-être pas aussi loin dans le gore qu’on pouvait s’y attendre mais qui bénéficie d’un scénario fouillé et recherché, de personnages attachants et d’une bonne ambiance. C’est un "cannibal movie" original de par son traitement et qui mérite votre attention. Film culte, peut-être pas, mais film à avoir vu, sûrement !

Disponible prochainement chez LE CHAT QUI FUME