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Laura et son mari Carlos emménagent avec leur fils adoptif Simon qui est atteint du VIH, dans un ancien orphelinat qu’ils veulent transformer en foyer d’accueil pour enfants handicapés et permettre ainsi à Simon d’avoir des amis. C’est dans cet orphelinat qu’a grandi Laura. Lors de l’inauguration du foyer, Simon disparaît. Les recherches commencent mais la police ne trouve aucune trace du jeune garçon. Des bruits étranges se font entendre dans la demeure. Six mois plus tard, Simon n’a toujours pas été retrouvé. Persuadée que des esprits d’enfants vivent dans sa maison, Laura va demander de l’aide à des médiums afin d’essayer de retrouver son fils…



"L’orphelinat" ou comment faire un chef d’œuvre avec des idées maintes fois recyclées. "L'orphelinat" ou comment faire un classique immédiat du film de fantomes avec...zéros fantomes !!!
Tel pourrait être le slogan du film, qui s’avère être une œuvre magistrale, d’une puissance émotionnelle rare, qui vous laisse sans voix et vous hante plusieurs jours après sa vision.

Le film de Juan Antonio Bayona s’inscrit dans la grande tradition du film de fantomes et de maison hantée. Alors oui, de nombreux classiques ont déjà été réalisés sur ce sujet, des vieux ("La Maison du Diable", "Shining"), des récents ("Les Autres", "L’Echine du Diable", "Abandonnée"). La plupart des films cités sont d’ailleurs d’excellents films et on pourrait se dire que tout a déjà été fait, que tout a déjà été balisé. Ce n’est pas totalement faux. "L’orphelinat" joue avec tous les codes du genre et n’apporte au final aucune nouveauté (du moins en apparence...!). Et pourtant ! Le réalisateur espagnol, parrainé par Guillermo del Toro en personne, a su absorber le meilleur de tous ces films pour nous livrer un melting-pot magnifiquement réalisé, intelligemment construit, et d’une efficacité impressionnante. Personnellement, je n’avais pas ressenti une telle sensation de stress lors de certaines séquences du film depuis le "Ring" version japonaise.



Mais remontons tout d’abord à la genèse du projet. La première version du scénario date de 2000. Il a été écrit par Sergio G. Sanchez. Ce dernier désespérait de trouver quelqu’un qui veuille bien réaliser son histoire. C’est en 2004 qu’elle tombe dans les mains de Juan Antonio Bayona, un réalisateur de clips, de publicités et de courts métrages, déjà maintes fois récompensé pour son travail. Les deux hommes se rencontrent et réécrivent le scénario pendant plus d’un an car Bayona veut apporter sa touche personnelle au sujet. Pour finaliser sa vision du film sur grand écran, Bayona doit également doubler le budget prévu au départ, ce qui lui pose un réel problème. Coup de chance, Guillermo del Toro a entendu parler du projet et désire co-produire le film. "L’orphelinat" peut désormais voir le jour sereinement.

Le tournage débute à Llanes, dans les Asturies. L’endroit a été choisi en fonction de ses différents paysages (mer, falaises, forêts, montagnes) et surtout parce que se trouve un manoir qui correspond totalement à l’idée qu’en avait Bayona, qui ne voulait pas d’une bâtisse trop immense.

Après un mois passé à tourner à Llanes, l’équipe du film se rend en studio pour filmer le reste du film, Bayona ayant en tête des mouvements de caméra précis qui ne peuvent être effectués en milieu naturel. Les techniciens reproduisent donc les différents intérieurs sur de grands plateaux de plus de 1000 m², afin de permettre au réalisateur de laisser libre cours à son imagination débordante.

Niveau casting, son choix se porte immédiatement sur Belen Rueda pour incarner Laura. Pour Bayona, Belen est "une actrice versatile. Belen peut paraître très vulnérable et dans le même temps, elle puise en elle une force extraordinaire qui la rend très forte. Elle me rappelle les héroïnes des films de James Cameron." Un choix fondamentale et absolument justifié quand on regarde le film. Belen Rueda le porte sur ses épaules, incarne une mère de famille fragile mais courageuse, qui se bat devant la maladie de son fils adoptif et qui va se retrouver confrontée à la pire des épreuves, la disparition inexpliquée de son enfant. Un drame humain qui pourrait faire perdre la raison de tout un chacun.

A ses côtés, Fernando Cayo interprète un mari cartésien dépassé par les événements, notamment lorsque sa femme a recours à des médiums. Le petit Roger Princep, qui joue Simon, est également fort juste et s’avère très bon devant une caméra.

Nos trois protagonistes incarnent donc une famille dont un événement tragique va venir perturber l’existence. Des personnages et des situations qui auraient pu prendre vie sous la plume de Stephen King par exemple.



Le King qui aime installer ses personnages et instaurer un climat avant de faire déferler des événements surnaturels. C’est exactement ce qui se passe dans le film de Bayona. Le surnaturel fait son apparition par petites touches successives, pour mieux nous entraîner dans cette spirale dramatique qui connaîtra un dénouement absolument horrible et tragique. Le petit Simon parle d’enfants imaginaires, quoi de plus normal me direz-vous pour un enfant de 5-6 ans. Pour le spectateur lambda, non initié aux classiques du genre, la plupart des situations peuvent apparaître tout à fait crédibles. C’est l’une des autres grandes forces du film, mêler avec intelligence rationalisme et surnaturel. Je montrerai plus tard dans cette critique qu'en fait, seul le rationnel l'emporte dans ce film, qui n'est en vérité absolument pas un film de genre fantastique.

Ces portes qui claquent, ces murs qui résonnent de l’intérieur, n’est-ce pas le lot quotidien des vieilles demeures ayant été inhabitées depuis longtemps ? Réalité et fantastique se mélangent dans l’esprit des spectateurs, qui ne savent plus très bien s’ils sont en territoire connu ou non.

Bayona vient néanmoins rompre cet équilibre entre réalité et fantastique dans la terrifiante séquence du médium (du moins, le croit-on au départ...il est trop fort ce réalisateur !). Je dis bien terrifiante, car le stress et la tension sont réellement palpables à l’intérieur de notre corps durant cette scène dont aucun effet spécial ne vient troubler le déroulement. Certainement LA scène qui restera dans les esprits et qui marquera sûrement de son empreinte l’univers du cinéma fantastique lui-même. D’autres scènes vous flanqueront également une vraie trouille, mais elles seront plus rapides, on parlera plus de "choc" visuel soudain, figure de style classique dans ce genre de production. Citons également les apparitions du petit enfant portant un sac sur la tête pour cacher sa difformité, apparitions qui parviennent à nous procurer de vrais petits frissons le long de l’échine (du diable bien sûr…).

L’intensité du film progresse sans cesse, nous dévoilant certains secrets inavouables qui ont eu lieu dans l’orphelinat, nous mettant face à une horreur bien réelle, une horreur qui met mal à l’aise. Mal à l’aise, tel est le sentiment que j’ai éprouvé lors de la révélation finale que je ne vais bien sûr pas évoquer ici. Mais sachez que ces images me hantent encore…



Dois-je continuer à vous citer les points forts du film pour vous convaincre qu’on a là un authentique chef d’œuvre, un drame humain implacable, une histoire d’amour bouleversante, un conte fantastique qui n'en ai en fait pas un, et qui bénéficie du talent de toute une équipe qui a su transcender son sujet ? Le public espagnol ne s’y est pas trompé, faisant de "L’orphelinat" le plus grand succès cinématographique en son pays. La France n’est pas en reste puisque le film a obtenu le Prix du Public et le Grand Prix au festival de Gerardmer 2008. Sans compter les dizaines d’autres prix récoltés à travers le monde.
Entre les files d’attentes interminables pour aller voir la dernière comédie francaise à la mode, faufilez-vous tranquillement entre les hordes de moutons et payez-vous plutôt une place pour accéder à du vrai cinéma, celui qui émeut, qui émerveille, qui transcende. Qui marque les esprits de façon indélébile. Un très grand film.

SPOILERS

A NE LIRE QUE SI VOUS AVEZ VU LE FILM

Où pourquoi "L'orphelinat" n'est pas un film fantastique (interprétation personnelle)

Eh oui, spectateurs avisés, le film de Bayona n'est pas à classer dans le genre fantastique. C'est un drame psychologique.

Plusieurs scènes, plusieurs dialogues, si on y prète attention, viennent confirmer que les événements se déroulant dans la demeure ne sont pas lié au surnaturel, mais sont bel et bien issus de l'esprit d'une mère qui a perdu son enfant, qui ne veut pas croire à sa disparition, et qui, comme lui, s'invente un monde parallèle, la faisant tenir le coup et refuser la réalité.

Je ne vais pas vous analyser tout le film mais je vais néanmoins évoquer deux ou trois scènes capitales :

- La scène de la médium : un classique pour persuader le spectateur qu'il se trouve bien en présence de phénomènes surnaturels. Il règne une telle ambiance dans cette séquence que tous les personnages en viennent à croire ce que la médium ressent, pas auto-suggestion mutuelle.
Cette scène est capitale car lors du départ de la médium, cette dernière nous livre en fait le secret même du film lorsqu'elle dit : "il faut voir pour le croire, mais surtout croire pour le voir". Tout est dit. Si on se persuade que "ça" existe, notre esprit va finir par y croire lui-même et faire que ce que l'on désire le plus se produise par des images.

- La scène du repas organisé : Laura prépare un repas dans la plus pure ambiance de son ancien orphelinat. Rien ne se passe, car elle n'y croit pas à cet instant. Elle le dit elle-même d'aiileurs "que faut-il que je fasse pour que ça marche ?" ou une phrase approchante. Elle se met alors à jouer à "1,2,3 soleil". Rien ne se produit, puis elle se met de plus en plus à croire que des fantomes d'enfants sont présents dans sa maison. Et là, la visualisation de ce qu'elle désire, voir les enfants, finit par arriver. D'abord un seul, ce qui renforce sa croyance, puis tous les autres.

- La découverte de la chambre de Thomas : lorqu'elle trouve enfin la porte secret et la chambre de Thomas, Laura veut tellement croire que son fils était caché là que lorsqu'elle voit un drap rouge, elle VEUT que son fils soit dedans. Elle voit donc son fils vivant, qui l'attendait, en parfaite condition physique (après neuf mois ??). Elle se met alors à lui demander de ne plus croire à tout ca, de faire que seule la réalité compte. Le drame arrive alors. La pièce qui était si lumineuse replonge dans la pénombre et seule la réalité compte. Son fils est mort, devant elle.

- La fin : Laura, coupable d'avoir enfermé son fils et de l'avoir fait mourir, préfère vivre dans son monde imaginaire en sa compagnie. Elle se suicide pour "y croire" à nouveau et retrouver Simon et les autres enfants.

Bien d'autres scènes viennent confirmer qu'il n'y a aucun fantomes dans le film. Même si, comme on me l'a fait remarquer, lorsqu'on est hanté dans son esprit par la disparition de quelqu'un, on peut parler de "fantômes"...L'ambiguité prédomine !

"L'orphelinat" s'apparente à bien des égards au "Labyrinthe de Pan" de Guillermo del Toro. Le film est en fait un drame boulversant, où une mère plonge peu à peu dans la folie, n'acceptant pas de faire le deuil de la perte de son enfant. Tout l'aspect narratif du film s'articule autours de la vision de la mère. Et nous, spectateurs, sommes la mère. Nous sommes dans l'esprit de la mère tout au long du film.

Un tour de force prodigieux !

FIN SPOILERS