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Jack Brooks enchaîne les éloges et compte déjà sept récompenses au compteur. Beaucoup de bruit pour rien ou Direct-to-video de génie ? Gamin, Jack Brooks assiste au dépeçage de ses parents par une créature surgie de la forêt. Des années plus tard, Jack Brooks doit faire face à d'importantes crises de nerfs. Incapable de se contrôler, dès qu'il est contrarié, il hurle, frappe et détruit. Pour tenter de résoudre ses emportements, Jack suit une thérapie. Sans résultat. Il a même essayé d'avoir une petite amie pour tenter de s'apaiser. En vain, sa copine est une peste, volage et futile. Plombier la journée, étudiant en physique le soir, Jack mène une vie peu trépidante (quoique riche en évènements, puisqu'il casse régulièrement la gueule à tout le monde). Puis un jour, son prof de physique pète les plombs et Jack entre en scène. Avant d'aller plus loin, sachez que ce film n'est pas disponible sur le territoire français. Comment ça, "on est encore à la ramasse" ?



Jack Brooks c'est l'histoire de trois potes qui décident de produire, réaliser et jouer leur premier long métrage. La structure est déjà existante et s'appelle Brookstreet Pictures. Ne reste plus que l'idée... qui est venue d'un échange entre Trevor et Jon. Leur leitmotiv était de faire un film amusant tant à créer qu'à regarder - tout en étant pas trop cher, cela va sans dire. C'est donc fort logiquement qu'ils plongent tête la première dans le film de genre. Leur volonté de bien faire et la conjugaison de leurs talents vont les mener à accoucher d'un long métrage sévèrement burné.

Mais comment ne pas passer totalement inaperçu dans la jungle du DTV [1] ? Si le génie d'une idée est tout relatif, la présence d'un acteur connu du public fait mouche à chaque fois. En l'occurrence, c'est Robert "Freddy" Englund qui s'y colle. Convaincu par la vision d'un court-métrage de l'équipe, il va accepter d'incarner le rôle d'un professeur pour le moins dérangé.
Voilà donc les joyeux drilles de Brookstreet Pictures avec un scénario et une tête d'affiche (et pas des moindres !). Reste à ne pas oublier qu'au bout du chemin, les spectateurs les attendent de pied ferme. Mine de rien, le marché du DTV recèle d'étrons putrides vendus à coups de "le film de la décénie - Quentin Tarantino" ou "par les producteurs de ...". Au final, ça n'a aucune saveur, aucun intérêt, et en plus de coûter des sous, ça coûte du temps !



Heureusement, Jack Brooks n'est pas de ces infâmes DTV. Il serait plutôt de ceux qui auraient mérité une sortie sur grand écran alors que des long métrages construits sur des arguments falacieux nous polluent les salles obscures. Voilà qui change radicalement de la mode du torture porn, et ça décoiffe !

Pour commencer, et afin de pouvoir apprécier Jack Brooks à sa juste valeur, sachez que le film ne contient AUCUN CGI [2]. C'est une chose suffisament rare pour être soulignée (comme le chantait Mononc' Serge "On vit en Amérique ; À l'époque numérique ; Et tout est plus tassé"). Au final, le film s'en ressent. Toute l'action est dynamisée, et à aucun moment la réalisation ne tente de dissimuler les carences esthétiques d'effets spéciaux numériques à deux sous. Comme tout est présent sur le plateau, l'action explose et revêt une dimension authentique et nerveuse... la magie des effets physiques.
Ca crache, ça rote, ça pète, ça gonfle et ça explose... un vrai bonheur. Parce qu'en plus d'être carrément bourrin, Jack Brooks n'hésite pas un instant à aller explorer les tréfonds de l'ânerie pour en exhumer quelques blagues salissantes. L'humour étalé ici, n'est donc pas d'une finesse extrême, mais avec un titre comme Jack Brooks: monster slayer il ne faut pas s'attendre à du Desproges.



Au milieu de ces effets physiques, les deux acteurs "principaux" s'imposent en un duel de performance qui s'étale sur tout le film. D'un côté Robert Englund cabotine, tantôt tout en retenue, tantôt grand-guignolesque. De l'autre, Trevor Matthews laisse exploser sa rage. Son personnage, toujours sur le point d'éclater, a d'ailleurs valu au film le slogan All work and no Rage makes Jack a dull boy [3]. Les deux protagonistes campent donc, chacun à leur manière, à la fois le Docteur Jekyll et Mister Hyde, ils sont le positif et le négatif. Leurs personnages sont des caricatures, versant aisément dans l'excès, ce qui leur donne à la fois plus de relief et plus de sympathie. Que dire de Jack qui explique à son psy qu'en essayant de déboucher les toilettes d'un restau chinois, il a provoqué un cataclysme de merde ? Qu'a l'issue de cela, le chef a refusé de le payer, subséquemment, Jack lui a collé son poing dans le faciès. Tout le personnage de Jack est de cette étoffe, hurlant plus de la moitié de ses lignes de dialogues. C'est d'ailleurs dans l'emportement - mieux, dans les scènes d'action - que Trevor Matthews libère tout son potentiel d'acteur, puisqu'il est un sportif chevronné. En plus de faire lui même ses cascades, le comédien disposait de tellement d'énergie que Robert Englund avoue que lors des scènes tournées en pleine nuit, il lui suffisait de cotoyer Trevor pour reprendre du poil de la bête. Une anecdote amusante, certes, mais anecdotique s’il en est.
En somme, tout le film, suinte d'une énergie qui est fort bienvenue, peu de temps morts et pas de scène de complaisance. Le spectateur est entrainé dans les aventure de Jack, à 200 à l'heure. Le tout, rythmé par une musique à l'image du film : bourrée de talent et de pep's.



Alors, Jack Brooks: monster slayer, un sans faute, de A à Z ? Pas exactement ! Quoique le rythme du film soit aussi tendu que le slip en peau de mammouth d'un australopithèque à la vue d'une chèvre, Jack tarde à partir en chasse. Certes, le titre est Jack Brooks: monster slayer, monster étant au singulier, mais tout de même. Cependant, il ne s'agit ici que de chipoter.
Il pourra tout de même être reproché au film de ne pas faire preuve d'une originalité monstre. Si les idées sont bonnes, et exécutées avec talent, il n'en demeure pas moins que le fil conducteur du métrage est plutôt classique. Pas de quoi décorner un boeuf, néanmoins, si vous cherchez à passer un très bon moment avec une petite galette de genre, vous pouvez y aller les yeux fermés (il est cependant conseillé de les ouvrir lors de la diffusion du métrage en question).

Au final, Jack Brooks: monster slayer est un VRAI film de genre, au sens le plus noble du terme. Des DTV de cette trempe là, s'il pouvait en pleuvoir, ce serait une bénédiction. A ce propos, une suite est en préparation.








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