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Après le passage d’une violente tempête ayant détruit une bonne partie de sa demeure, David Drayton file avec son jeune fils et son voisin au market du coin. En à peine quelques minutes, un épais brouillard enveloppe la petite ville : quelque chose y rôde, obligeant les clients du supermarché à se barricader. Les rares excursions à l’extérieur se soldent alors par des échecs sanglants : des créatures mystérieuses et voraces semblent avoir pris contrôle des lieux, croquant les intrépides. La tension monte dans les rayons : et si le mal n’était pas seulement dehors mais derrière ce fragile bouclier de verre ?



Voilà des années que l’on se coltine des adaptations de King totalement insatisfaisantes, nous faisant regretter l’époque des "misery", "simetierre" "christine", "dead zone" et autre cujo. La licence King est certes juteuse à Hollywood, et elle a beau marcher, elle convainc peu. Le format télévisuel, idéal pour se laisser aller à des durées plus conséquentes, et donc plus apte à respecter au plus près l’œuvre d’origine, décevra, avec son lot d’adaptations édulcorées et fades.
Cependant, ne soyons pas totalement de mauvaise foi, car au milieu des "Chambre 1408", "dreamcatcher" et autre Fenêtre secrète, subsiste quelques titres honorables tels que "un eleve doue" ou "le bazaar de l’epouvante". Mais viser la barre plus haut ne serait pas un crime…



On avait donc un peu peur à l’annonce de l’adaptation de l’excellence nouvelle Brume (à découvrir dans le recueil de nouvelles Brume – Paranoïa) par Frank Darabont, qui avait déjà adapté (et réalisé pour mémoire au début des 90’s une série B d’horreur pas du tout Kingienne, Enterré vivant) La ligne verte et Les évadés : du très bon travail c’est certain, mais assez lisse tout de même. L’on s’imaginait alors déjà un cousin de "dreamcatcher"…

Totale surprise au final : The mist est la grande surprise de 2008 (à moins qu’un autre film ne vienne le détrôner, mais ça, seul l’avenir nous le dira) et sa médiocre exploitation salles ne lui rend absolument pas justice.



Après une entrée en matière dès plus plaisante (non vous n’attendrez quarante minutes avant qu’il se passe quelque chose !) avec au passage de jolis clins d’oeils à l’œuvre de l’affichiste Drew Struzan, la caméra de Darabont (au cachet très "documentaire", normal puisque le réalisateur a visiblement été marqué par sa participation à la série The shield) ne perd pas une miette de la terreur s’emparant d’une petite troupe d’habitants enfermée à double tour dans un supermarché de province : bouseux, nouvelle arrivante, militaires, mamie, loubard, jolie caissière, père de famille ou encore traditionnelle "folle du village".
Dehors : l’horreur, l’indicible cher à Lovecraft. Des créatures d’un autre temps, d’un autre univers, parachutées là sans qu’on sache pourquoi (mais plus pour longtemps) : et ces bébêtes là ont faim.
Si leurs interventions sont particulièrement secouantes (comme ce monstre volant qui mettra une belle pagaille dans la superette), elles ne sont pas les seules danger du film ; on s’éloigne alors du cliché du simple traître, ici c’est une micro-société qui ne tardera pas à se fissurer, se divisant en plusieurs clans : sceptiques, traumatisés, concernés, fanatisés…

Si le voisin ultra rationaliste peut paraître antipathique, la menace vient avant tout du personnage le plus "decalé" du lot : une bigote hystérique, dont les illuminations prêtent peut être à sourire (et une cannette dans la gueule, une !) mais surtout à frémir (n’est t-il pas le propre des sectes et des idéologies douteuses de se nourrir des peurs d’autrui ?). On se plaira à détester une Marcia Gay Harden dont le personnage n’est pas sans rappeler une autre folle de Dieu du royaume King : la moman psychotique de "carrie au bal du diable", autrefois incarnée par une Piper Laurie au meilleur de sa forme.
Un joli pic au fanatisme religieux en tout cas (et par la même à un bon paquet de bondieuseries du genre), et qui prouve que les monstres sont aussi bien dehors que dedans…



Quant aux monstres en question, leur origine renvoie curieusement au hit FPS Half life : un bestiaire de qualité certes (semi-pterodactyles, araignées, insectes, tentacules féroces…), mais dont les FX médiocres gâchent quelque peu leur apparitions. De là à dire qu’il s’agit du niveau d’un Nu Image, n’exagérons rien, mais pour une production de cette envergure, il y a de quoi tirer la tronche ; sans parler du jeu de Thomas Jane (oui oui, ce Punisher là …), parfois aussi convaincant qu’une courge. Tout était presque trop beau…

Mais là ou The mist surprend son monde, c’est dans son refus inattendu d’académisme : là ou le Spielberg de "la guerre des mondes" (ou là encore, des hommes se révélaient parfois plus dangereux que les créatures extra-terrestres qui les envahissaient) ou même de "jurassic park" se refusait obstinément à tout nihilisme et à toute violence graphique, Darabont y foncent tête baissée. En résulte quelques scènes d’attaques assez sanglantes, et une dernière partie proprement renversante, auquel rien ne nous avait préparé.
La série b de monstres old school se métamorphose ainsi en un drame déchirant, à la noirceur désespérée, dont le parfum de fin du monde et de désolation évoque immanquablement un Fléau sous emprise mystico-lovecraftienne (l’incroyable apparition du géant à la Cthulu), le tout sublimé à chaque instant à grand coup de Dead Can Dance.
Furieusement beau, et sérieusement gonflé : l’on se demande même comment cela a-t-il pu passer à travers les mailles du filet Weinstein. De quoi redonner espoir du côté du Maine…








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