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Sous l'égide de la mystérieuse et exigeante Susan Hoff, le jeune photographe Leon part débusquer les aspects les plus sombres et les plus inavouables de la ville de New-York. C'est en arpentant le métro qu'il va malheureusement faire la rencontre d'un serial-killer ayant la particularité d'organiser d'odieux carnages dans les rames la nuit tombée. Echappant de justesse à la mort, il va tenter de découvrir à ses risques et ses périls qui se cache réellement derrière cette masse froide et sans pitié.



Voilà depuis quelques mois que l'on assiste à un véritable revival de l'oeuvre de Clive Barker : John Harisson s'en va tourner son Book of blood, le remake de "hellraiser – le pacte" connaît un développement hell de plus en plus alarmant, et Ryuhei Kitamura range les katanas pour aller adapter Le train de l'abattoir, seconde nouvelle du recueil de Livre de sang et accessoirement la plus connue. Et on ne compte pas les projets visant à adapter d'autres nouvelles des fameux recueils du Sir, c'est dire...



Après trois essais aussi concluants que proprement chaotiques, Barker s'est décidé à ne plus jamais toucher à une caméra, considérant que le monde des studios n'est clairement pas fait pour lui, n'y trouvant pas matière à épancher sa soif de liberté de ton, sans problème des budgets requis, sans trop gourmands. Reste donc le parrainage, qui débute comme on le peut constater avec l'annonce des projets ci-dessus : en ce qui concerne les cas antérieurs, on gardera surtout en mémoire le fabuleux "Candyman" (qui a peu de chance de se voir dépasser) et le jusqu'au boutiste "masters of horror : haeckel s tale". Pour le reste...

Ces annonces ne sont pourtant guère palpitantes dans le sens où ces nouvelles trouveraient davantage de souplesse dans un format court (un épisode de Masters of horror par exemple) et vont sans doute se retrouver gonflées artificiellement dans les mains de petits malins pas forcément talentueux. De ce fait, le film de Kitamura est quelque peu victime de cela, la nouvelle dont il tire profit étant vraiment concise, sans parler du fait qu'un certain "creep" soit déjà passer par là...



Parmi les changements notables , le héros se retrouve gratifié d'un emploi de photographe (en opposition avec celui de gratte-papiers), jolie pirouette permettant de rendre le récit bien plus emballant sur certains points, ce que Kitamura réussit...plus ou moins. En effet, d'une seule et unique poursuite dans la nouvelle, le film tire plusieurs séquences s'étirant sur plusieurs jours, rajoutant au passage des personnages pas toujours dignes d'intérêts. Le cache-cache entre le brave Léon et le boucher du métro lassera quelque peu les habitués, et il faudra attendre la dernière partie pour que la machine se relance.

Au niveau scénaristique, le constat est donc assez mitigé, voire morne, bien que l'ensemble soit tout à fait fidèle au récit de Barker : ça et là, des rajouts et des petits éléments plaisants, d'autres disparaissent, tout cela concernant surtout les fameuses origines du boucher. Boucher dont le très imposant Vinnie Jones a endossé impeccablement le costume cintré, véritable bloc de marbre charcutier d'une force ébouriffante, faisant cracher les charognes d'un New-York fantasmagorique, entre temple high-tech chromé, et ventre pourri nourri d'angoisses ancestrales.
Un grand broyeur de chair ici dénué de paroles, à l'enveloppe charnelle zébrée de mutations étranges et armé d'un genre de marteau inédit, sorte de dérivé mortel de ces marteaux de cuisine servant à attendrir les chairs : la chair ici, on la concasse, on l'extirpe, on la déchiquète, on la pulvérise. Tout une imagerie et un attirail à la fois cliniques et barbares comme les aime Barker (les crochets, inévitables), dont le sadisme trouvera un répondant dans la témérité du héros (sans doute une forme discrète de masochisme : on est chez Sir Barker, rappelons-le...).



A cela se greffe un visuel inspiré, dynamité par la folie créatrice d'un Kitamura bien décidé à laisser sa marque sur le produit : outre la présence furtive d'un beau mannequin de son pays (la douce Nora), le Japonais dingo fait tournoyer sa caméra comme il se l'est toujours permis, ose déployer une virtuosité énergique à souhait : le face à face musclé avec le boucher va à un train d'enfer (et c'est le cas de le dire), on se surprend à assister à un ralenti sur un visage éclaté (celui de l'éternelle victime Ted Raimi), à la vision d'une victime se reflétant dans la flaque de son propre sang, de la vue subjective d'une tête coupée...
Fou.

Des débordements graphiques qui feront tiquer les amateurs de fx old-schools (c'est du pur CGI) et en réjouiront d'autres : on baigne dans l'hémoglobine jusqu'au dents, ce qui n'aura pas franchement plu à tout le monde du côté des States...
En récoltant le prix du public à Gerardmer, Midnight meat train prouve qu'il a gagné quelque part son pari : en mettre plein les mirettes pour pas grand chose ; bref, à défaut d'être un putain de grand film, il reste une série b horrifique de bonne tenue. C'est déjà pas si mal !