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Brian, accompagné de sa petite amie Bobby, ainsi que de son frère Danny et son amie Kate, parcourent des étendues désertiques, suite à une pandémie mondiale qui a quasiment décimé toute la population. Leur but est de se rendre sur la plage de leur enfance et essayer de survivre là-bas. Leur route croise celle de Frank et de sa petite fille Jodie. Cette dernière est infectée…



Après le succès de "28 jours plus tard", les films parlant de pandémie, d’infection et de contamination ont afflué sur les écrans. Parmi les meilleurs, "Cabin Fever", "28 semaines plus tard", "Rec" ou bien encore le "Je suis une légende 2007", sans oublier "L’armée des morts". Dans tous ces cas, les réalisateurs ont surtout joué avec le résultat de l’infection, transformant la plupart du temps les contaminés en créatures assoiffées de sang semant mort et désolation sur Terre. Une approche totalement prise à contre-pied par les deux réalisateurs espagnols de Infectés. Pas question ici de se focaliser sur des humains purulents, baveux, incontrôlables, ni sur des séquences de courses-poursuites mettant en scène quelques personnages désireux d’échapper à une horde apocalyptique d’infectés. En clair, si vous pensez venir voir un film avec de l’action, du gore et des contaminés affreux à tout bout de champ, vous pouvez passer votre chemin. Ce qui serait fort dommage, car Alex et David Pastor ont bien d’autres choses à vous offrir.

A la base, l’idée du scénario (qui n'est pas sans rappeler le récent "La Route" pour le but recherché, à savoir rejoindre l'océan) provient de la vision des reportages sur la grippe aviaire et le risque de pandémie, que les deux frères ont trouvé terrifiants. Mais ce n’est pas la pandémie elle-même qui les intéresse mais bel et bien les humains, et notamment leur façon de se comporter, les décisions cruciales qu’ils pourraient décider de prendre, même vis à vis d’un membre de leur famille par exemple, si une telle catastrophe arrivait. D’ailleurs, on notera qu’on n’a quasiment aucune indication dans le film sur ce qu’il s’est réellement passé. On sait juste qu’un terrible virus, qui s’attrape comme la grippe, de manière très simple, est apparu et s’est propagé à vitesse grand V, et qu’aucun vaccin n’a été trouvé pour lutter contre la pandémie. Une situation très réaliste, sans effet grandiloquent. Pour plus d’impact sur le spectateur. La simple vision de superbes paysages ou de villes totalement désertées par la présence humaine suffit à nous faire prendre conscience de la dangerosité du virus et sur ce qu’il a déjà causé sur l’Humanité.



Pour renforcer le côté horrible de leur histoire, les Pastor décident de nous présenter un quatuor de personnages qui ont de forts liens entre eux, pour mieux nous émouvoir face aux situations qu’ils vont rencontrer et nous faire réfléchir par la même occasion, nous faire nous questionner sur comment nous réagirions devant pareil événement dramatique qui met en cause notre propre survie face à la fin du monde. Deux frères tout d’abord, Brian et Danny. Le premier est une grande gueule, superbement interprété par l’acteur Chris Pine. Impulsif, il agit à l’instinct, et adopte le rôle du chef de bande, protecteur, déterminé. Il a mis en place des règles très simples pour réussir à rester en vie sans être contaminé. Des règles qui doivent être respectées à la lettre car la moindre erreur peut être fatale, comme l’apprendra à ses dépens l’un des autres personnages.

Son jeune frère Danny est tout son opposé. Fragile, naïf parfois, il agit plus sous l’impulsion de ses sentiments, risquant de mettre le petit groupe en péril par ses réactions. Des réactions humaines, qu’on pourrait tous avoir face à la détresse d’individus infectés demandant de l’aide. Mais si ce personnage nous apparaît comme fragile, il évoluera au fil du voyage pour révéler un côté dur et froid, provoqué uniquement par la soif de vivre.

Troisième personnage, Bobby, la petite amie de Brian. Ces deux là sont faits pour s’entendre, Bobby étant une forte-tête, qui sait ce qu’elle veut et n’est pas décidée à se laisser marcher sur les pieds. Quant à Kate, elle est juste une amie de Danny, même si ce dernier est amoureux d’elle. Le personnage de Kate évoluera également de manière très intense tout au long de l’aventure et elle sera amenée à faire des choses dont on ne la pensait pas capable au tout début du film.



A ces personnages auxquels le spectateur pourra s’identifier facilement, et dont on va suivre les péripéties, les réalisateurs leur en adjoignent d’autres en cours de route, afin de les mettre à l’épreuve et de les faire réagir. Durant la première partie du film, c’est un père (Christopher Meloni, héros de la série télévisée "New York : Unité spéciale") et une petite fille qui se verront mis en avant. Un couple fort, qui parvient même à éclipser les rôles principaux, tant leur prestation est juste, bouleversante. Les situations auxquelles ce père et cette petite fille infectée vont être confrontées risquent fort de vous nouer l’estomac, tant la dramaturgie de leur vie, où toute trace d’espoir renvoie immédiatement à la fatalité, provoque des émotions intenses dans tout notre être. Quiconque a un enfant de l’âge de la petite Jodie sera irrémédiablement renvoyé à son propre statut de père ou de mère. Que feriez-vous à leur place ? Que feriez-vous à la place de Brian, de Danny ? Idem pour la scène des enfants et du médecin, profondément émouvante et d’un pessimisme qui fait froid dans le dos.

Sans trop vous dévoiler le reste des événements qui ont lieu dans Infectés, sachez qu’on retrouve également tous les ingrédients qui font le succès de ce type de films, hormis les hordes de contaminés comme expliqué un peu plus haut dans ce texte : port des masques de protection, paranoïa vis à vis des personnes rencontrées, groupe de résistants en tenue anti-contamination, violence et mise en avant de l’instinct de survie via des comportements parfois brutaux et inhumains. Le spectateur aguerri sera en territoire connu et appréciera certainement que le film opte pour une approche humaine du sujet, ce qui le rend radicalement différent des autres œuvres du même genre. La photographie est superbe, le casting très solide, le rythme, posé, est néanmoins efficace et ne provoque aucun ennui. On se laisse happer par cette tragédie réaliste, on vit cette fin du monde avec les personnages. C’est d’ailleurs la grande force du film, nous mettre face à des événements crédibles, durs, réalistes.



Infectés peut donc se voir comme un road-movie sur fond de fin du monde, un drame intimiste, psychologique, avec des protagonistes forts, où les émotions et le côté humain l’emportent sur le côté hystérique généralement présent dans ce type de film. On retiendra également cette sensation de mal-être, de noirceur qui plombe tout le film. Infectés respire la fatalité, la mort, le nihilisme absolu. Il n’y a plus aucune valeur morale, aucun espoir, aucun but à espérer ou à rechercher, malgré le magnifique soleil qui enveloppe les paysages du film. Autant dire qu’Infectés ne prête pas à rire et ne vous redonnera en aucun cas le sourire si vous êtes déprimés. Vraiment une très bonne surprise.








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