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Dom Cobb est un voleur expérimenté dans l'art de l'extraction (spécialité consistant à s'approprier les secrets qu'un individu a profondément enfouis). Très recherché pour ses talents, c'est aussi un fugitif. Il ne peut pas en effet rentrer chez lui car il est accusé d'avoir tué sa femme. Sa porte de sortie se trouve offerte par un homme d'affaires japonais, Seito, qui en échange d'un service lui promet de faciliter son retour auprès de ses enfants. Mais ce service n'est ni anodin ni légal car il s'agit d'implanter une idée dans l'esprit d'un individu: l'inception!



**Attention il peut y avoir quelques petits spoilers! Il est conseillé de voir le film avant. **


Devenu l'un des réalisateurs les plus en vu du moment suite à son "Dark Knight : le chevalier noir", Christopher Nolan peut donner libre cours à sa liberté créatrice et créer Inception (dont il a écrit le scénario il y a déjà deux ans de cela), un univers mi SF/mi réaliste prenant place dans le monde des rêves. Fidèle à ses thématiques, on y retrouve son intérêt pour l'espace urbain, qui est comme un acteur principal, ainsi que la perte d'une femme aimée. Des éléments qu'on retrouvait déjà dans sa vision qu'il a de l''univers du justicier de Gotham City. Ceux qui s'attendent à des débordements post "Matrix" ou a des transformations visuelles dans la lignée d'un "Dark City" (à l'exception notable d'un passage à Paris) seront déboussolés. Le réalisateur préfère une approche réaliste, évitant les images fantasmagoriques que le cinéma a l'habitude d'associer au monde des rêves ("The Cell" par exemple).

En apparence moins complexe que nombreux films de science-fiction, Inception débute par une première partie volontairement plus didactique et explicative sur la mécanique des événements qui vont suivre. Je dis bien en apparence car c'est pour mieux nous balancer ensuite dans une seconde partie entièrement remplie d'adrénaline et d'action. Une expérience sensorielle assez unique en son genre et qui vaut la peine d'être vécue, tant le thriller labyrinthique dans lequel Cobb et ses acolytes descendent est composé de plusieurs strates et de plusieurs niveaux de rêves. Ces derniers s'assemblant comme des poupées russes. Il faut reconnaître à Nolan le talent de ne pas perdre le spectateur, et il en faut du talent pour arriver à rendre lisible toute l'action contenue dans une seconde partie à tiroirs.



Au-delà de l'aspect original et passionnant du scénario qui -pour une fois- nous évite l'aspect décérébré des blockbusters hollywoodiens, que serait Inception sans la présence d'un casting choral absolument époustouflant? Un résultat final amoindri car niveau direction d'acteurs, c'est du béton! D'abord, Léonardo DiCaprio, décidément acteur de l'année 2010 et qui persiste (et on ne s'en plaindra pas) à endosser les personnages tourmentés après l'asile de "Shutter Island" de Scorsese. Ses failles sont ce qu'il y a de bien plus passionnant, car ce sont elles qui vont nous servir de fil directeur à l'intrigue. Pour guider notre Thésée des Temps modernes, il lui fallait son Ariane, et c'est exactement le prénom que porte Elle Page ("Hard Candy", "Juno") architecte du rêve et qui est là pour éviter qu'ils ne se perdent tous dans le labyrinthe. Elle apporte un sens de la spontanéité et de la curiosité.

Beaucoup plus sérieux, le plus proche collègue de Cobb, est interprété par Joseph Gordon Levitt ("G.I Joe: le réveil du cobra"), dont le rôle est loin d'être anecdotique. Ken Watanabe et Marion Cotillard ("La môme") apportent une touche internationale au casting. Michael Caine et Cilian Murphy -eux- font maintenant pleinement partie de l'univers de Nolan.



Revenons un instant sur le rôle de Marion Cotillard, interprète de la femme de Cobb. Rôle secondaire en apparence (car tout n'est qu'illusion dans le monde du réalisateur de "Le prestige" comme ces miroirs qu’Ellen Page manipule avant de les briser), elle est le grain de sable qui fait tout déraper. Rôle fragile, il fallait une actrice mélodramatique pour l'incarner, et l'actrice de "La môme" y est très convaincante. C'est dans ces éléments psychologiques qu' "Inception" se révèle le plus passionnant. Le film est moins convaincant lorsque l'action prend le pas sur la science-fiction pure et dure. Il est probable que Nolan avait peur de larguer son public et a donc préféré pré-mâcher la partie la plus complexe concernant les rêves.

Prometteur sur le papier, Inception n'atteint pourtant pas la puissance narrative des classiques de la Science-fiction à cause en grande partie d'une seconde partie beaucoup trop axée sur le bourrinage, et de scènes james bondiennes (la partie dans la neige). Certes, cela a la faculté de nous laisser sur les rotules, comme épuisé, mais nous laissant la sensation de passer à côté du chef-d'œuvre qu'il aurait pu être. Bien que compréhensible pour ne pas réitérer aux yeux de la Warner l'échec commercial de "Blade Runner"

SPOILER
[film référence du long-métrage; Cf la toupie qui renvoie à la licorne. De quoi continuer à alimenter la réflexion après le visionnage].
SPOILER

L'autre reproche que l'on peut faire à Inception est une utilisation de la musique (excellente partition de Hans Zimmer) pas toujours très bien employée et qui surcharge inutilement les sens auditifs.



Choral et brillamment mis en scène, le nouveau film du prodige Christopher Nolan vaut le déplacement dans les salles obscures. Une telle expérience ne se reproduit pas tout les jours, et ce, malgré les imperfections d'un film qui se hisse néanmoins dans le haut du panier du cinéma hollywoodien contemporain. De quoi nous venger des habituelles bouses que nous envoie régulièrement l'oncle Sam.