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Une moto accidentée plus tard, le destin de George et d'Edna se croise : une Mini à toute berzingue, les deux individus tentent de se frayer un chemin pour se rendre à leur itinéraire respectif. Face à son conducteur hirsute et marginal, Edna est moins tranquille, brûlant de retrouver sa soeur junkie gravement mal en point. Lors d'un arrêt, la jeune fille est agressée par un individu hagard et livide, qui disparaît aussitôt. Fait perturbant, l'homme serait un vagabond mort récemment. Bientôt, d'autres revenants se lèvent de leurs tombes...



Il aura fallu attendre la tétralogie putrescente de Fulci et la virée dans le centre commercial de "zombie" pour que le mort-vivant puisse enfin déferler à l'écran via des ersatz douteux et joyeusement cradingues, en grande partie en provenance de l'Italie. Ce qu'on a tendance à oublier, c'est que l'Espagne c'était déjà approprié le mythe quelques années plus tôt avec la saga des Templiers, mais aussi avec l'incroyable film de Jorge Grau.



Un cas assez curieux que ce Jorge Grau, assez comparable même à celui de Narciso Ibanez Serrador, qui avait marqué tout un pan du cinéma fantastique ibérique avec "la residence" (dont on retrouve ici l'héroïne, la très jolie Christina Galbo) et "les revoltes de l'an 2000". Si ces deux là ont connu une véritable reconnaissance avec le temps, ce n'est peut-être pas le cas Ceremonia sangrienta et de ce Massacre des morts vivants qui cache, de manière un peu racoleuse, le titre Non si deve profanare il sonno dei morti (ne troublez pas le sommeil des morts). Tout un programme.

Deux films et puis s'en va (du genre, mais pas du cinéma précisons), mais peut-être est-ce mieux ainsi ?
Bien que son inspiration penche vers Romero, le film de Grau est un melting-pot de talents européens, tous connaissant alors un véritable âge d'or dans le domaine du fantastique et de l'horreur : le film est tourné à la fois en Angleterre et à Madrid, le casting est anglo-espagnol, l'équipe technique en grande partie italienne, ainsi que la production...à tel point qu'on y trouve le fameux Gianetto di Rossi aux maquillages qui oeuvrait ici pour la première fois sur un film de genre horrifique. Pas de doute vu le résultat, il avait bien trouvé sa voie !



Dans son optique bis, Grau apprend bien ses leçons et réadapte la recette de "la nuit des morts-vivants" avec le même sérieux inébranlable et son climat mortifère : européen pure souche, Grau ne résiste pas à filmer avec amour une campagne anglaise battue par un vent discret mais sournois, traverser d'une végétation abondante mais glaciale où viennent se poser tout naturellement les silhouettes de macchabées ambulants, touche finale indispensable à ce tableau de nature morte.
L'ère Fulci n'est pas encore arrivée et les morts-vivants de Rossi sont aussi frais (façon de parler) que les revenants de Romero : teints grisâtres et pupilles rouges, mais l'odeur de caveau en plus. Si le résultat, relativement minimaliste, impressionne assez peu, chaque apparition des créatures devient l'occasion de saturer la bande-son de râles spectrales assourdissants et de violents battements de coeur, qu'on pourrait étrangement apparenter à des coups portés du fond d'un cercueil. Et les frissons sont les bienvenue, en particulier lors d'une escapade mémorable dans une crypte...
La couleur apporte le rouge tant attendu, avec son cortège d'éviscérations, ses coups de hache, son arrachage de sein...des débordements que la censure ne laissa pas passer durant de nombreuses années.



Au fantastique d'un Fulci ou d'un Ossorio, Grau ressuscite les morts d'une manière somme toute "science-fictionnelle", à la manière de son confrère américain : une machine agricole à ultra-sons destinée à faire fuir les insectes en les poussant à se dévorer entre eux (!!). Et bien entendu, l'effet va s'appliquer également aux morts et aux vivants...
Si Romero a toujours été évasif sur la portée de sa critique sociale (qu'il réemploie lourdement dans son dernier opus), Le massacre des morts-vivants tape lui, et sans équivoque, dans la charge écologique ! Et l'introduction, avec son monde urbain sur le déclin, encrassé par la pollution et sa foule désenchantée, donne clairement le ton. L'homme, dépassé par son progrès, voit les morts reprendre le dessus et dévorent les vivants, prenant l'image d'une communauté (la formidable idée de la résurrection par le sang, étrangement calculée semble-t-il) affamée et indestructible (pas question de balles entre les deux yeux ici).
La critique sociale n'est pas bien loin pour autant, avec son héros anticonformiste tendance hippie en prise avec le chef des forces de l'ordre, aux exactions dépassées et radicales (détestable Arthur Kennedy) dont l'ultime prise de bec réserve bien des surprises. Un très grand film.

Disponible en DVD chez ARTUS FILMS






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