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Le docteur Jekyll souhaite inventer un élixir lui permettant d’accroître sa durée de vie, afin de mener à bien ses recherches destinées à lutter contre des maladies mortelles. Il découvre que les hormones féminines pourraient lui être d’une grande utilité dans la création de son élixir de vie. Une fois celui-ci terminé, Jekyll le teste sur lui-même. Le résultat n’est pas vraiment celui attendu puisque le docteur se transforme en femme…



Le docteur Jekyll qui se transforme en femme ! Voilà une idée peu banale pour réactualiser le mythe créé par Robert Louis Stevenson ! L’homme qui se cache derrière cette idée pour le moins farfelue n’est autre que Brian Clemens, alias Monsieur Chapeau Melon et Bottes de Cuir ! Quand on connaît cette série et les délires de Clemens, on se dit que finalement, ça n’a rien d’étonnant venant de sa part. Le plus fort dans tout ça, c’est que ce qui semblait être au départ une parodie comique du récit de Stevenson n’en est pas une, que le film est traité de façon sérieuse et qu’en plus, tout passe comme une lettre à la poste !

Il faut dire que l’alchimie s’est produite entre le réalisateur Roy Ward Baker, le scénariste Brian Clemens et les deux acteurs principaux, Ralph Bates et Martine Beswick, dont la ressemblance physique au niveau du visage n’est pas étrangère à la réussite du film. Bref, on pensait voir une triste pochade malmenant notre pauvre docteur Jekyll, on obtient au final un excellent film de terreur made in Hammer, gothique, lugubre, passionnant et intelligent. Comme quoi…



L’une des principales qualités de cette œuvre revient encore au scénariste, qui a eu l’autre ingénieuse idée de mêler trois mythes de l’épouvante en un ! En effet, le docteur Jekyll, pour pouvoir s’approvisionner en hormones féminines, passe un pacte avec des voleurs de cadavres, qui n’hésiteront pas à aller jusqu’au meurtre pour satisfaire les demandes de ce dernier. Leurs noms ? Burke et Hare ! Deux noms bien connus des amateurs puisque les exploits sinistres de ces deux voyous, qui ont réellement existé au dix-neuvième siècle, ont déjà fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques, la plus célèbre étant le splendide "L’Impasse aux Violences" mais on trouve également "The Greed of William Hare" en 1948, "The Anatomist" en 1961, "Burke and Hare" en 1972 et plus récemment "Le Docteur et les Assassins" en 1985. Une fois les deux assassins arrêtés par la police et par la foule en colère, le docteur Jekyll doit faire face à la pénurie de cadavres pour mener à bien son expérience. Seule solution qui s’offre à lui : devenir lui-même un meurtrier de femmes !

Vêtu d’un haut de forme et d’une capeline noire, le docteur Jekyll va alors déambuler dans des rues parsemées de brouillard et tuer de jeunes prostituées au couteau. Cela ne vous rappelle rien ? Eh oui, messieurs dames, le docteur Jekyll va devenir ainsi Jack l’Eventreur lui-même, l’ennemi public n°1 des policiers londoniens ! Il est vraiment trop fort ce Brian Clemens d’avoir pensé à tout ça ! Et en plus, aidé par la réalisation sans faille de Roy Ward Baker, le scénario et sa mise en images tiennent la route et on y croit sans aucune difficulté !



Après cette première partie où le docteur Jekyll doit créer son fameux sérum, voici venir la seconde partie, qui va enfin mettre en scène Madame Hyde ! Testant son élixir sur lui-même, les effets ne sont évidemment pas ceux escomptés et notre homme de science va se transformer, dans une séquence encore une fois particulièrement bien mise en scène, en somptueuse femme à la beauté vénéneuse, interprétée par la séduisante Martine Beswick, qu’on avait déjà vue dans une production Hammer en 67, "Les Femmes Préhistoriques". On pouvait en effet se demander comment la transformation allait s’opérer, comment allait-elle réussir à être crédible. Roy Ward Baker a mis tout son talent de metteur en scène pour y parvenir, et de façon fort simple en plus : un travelling circulaire devant un miroir nous fait voir petit à petit le reflet du visage de l’acteur Ralph Bates devenir celui de Martine Beswick. Simple mais diaboliquement efficace ! Et comme dit un peu plus haut dans ce texte, la ressemblance physique des deux acteurs au niveau du visage rend encore plus crédible cette idée qui semblait pourtant tirée par les cheveux.

A partir du moment où Sister Hyde apparaît, le film devient de plus en plus passionnant, mettant en avant la dualité Homme/Femme qui sommeille en chacun de nous. Commence alors une autre épreuve pour Jekyll, celle où il va devoir lutter contre son double féminin, qui désire prendre le dessus sur son hôte masculin. Cela nous vaudra parfois des scènes humoristiques, comme celle où Jekyll reçoit un colis contenant non pas ses affaires mais une splendide robe, achetée par son alter ego féminin. Le combat opposant nos deux anti-héros (le docteur étant, comme Hyde, un meurtrier, même si les meurtres commis avaient pour but une expérience noble) va faire rage de toutes parts, et à chaque fois qu’une partie semble prendre l’ascendant sur l’autre, un petit revirement de situation intervient pour remettre le match à égalité. Le docteur Jekyll pose tendrement sa main sur la joue d’un homme (forte allusion à son éventuelle homosexualité refoulée, encore une idée géniale de Clemens), c’est une victoire pour Hyde. Alors qu’elle est avec un soupirant, Miss Hyde découvre que sa main commence à se couvrir de poils ! Victoire pour Jekyll qui reprend le dessus. Un vrai combat de coqs vous disais-je !



On peut sans hésiter clamer que Docteur Jekyll et Sister Hyde est une vraie réussite de la Hammer des années 70, une œuvre envoûtante et forte, à l’esthétisme recherché, au scénario passionnant. Quelques meurtres sanglants viennent ponctuer l’ensemble pour notre plus grand plaisir et on sort totalement conquis par la vision du film lorsqu’apparaît le générique final, venant conclure une dernière séquence épique dont l’ultime image est saisissante et somme toute, d’une logique implacable. Du bien bel ouvrage !