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Steve décide d'emmener sa fiancée Jenny dans un parc qui va bientôt disparaître. Le week-end romantique s'annonce particulièrement bien jusqu'à ce qu'une bande de jeunes irrespectueux vienne rompre l'harmonie du lieu paradisiaque. Une brève altercation entre les jeunes et le couple va progressivement conduire à des actes d'une violence rare, transformant la ballade idyllique en cauchemar sans fin...



James Watkins a d’abord été scénariste. Il a signé les scénarios des films "My Little Eye" et "Gone" en 2002 et 2007. Entre temps, il rédige le script de "Eden Lake", qu’il mettra lui-même en scène en 2008. Le film nous parle de la délinquance adolescente, véritable fléau qui s’abat sur les villes du monde entier. De nationalité anglaise, James Watkins se sent concerné par le comportement irrespectueux de certains jeunes puisque l’Angleterre a connu et connaît encore une très forte progression des incivilités commises sur autrui. On se rappelle d’ailleurs le projet de Tony Blair, baptisé "Respect", qu’il lança lors de sa campagne en 2006. Une hausse de la petite délinquance qui s’est étendue aux autres pays, la France n’étant pas épargnée. Les faits divers mettant en scène des jeunes ne cessent d’être rapportés dans les journaux et même l’école, lieu censé être "sécurisant" pour les enfants, est devenue dans certains endroits pires que la rue. Un constat dramatique, qui ne laisse pas espérer du meilleur pour le futur. La violence commise par des enfants ou des adolescents sur des adultes a déjà été souvent traitée au cinéma, on citera parmi les meilleures œuvres "Los Olvidados" en 1950, "Graine de Violence" en 1955, "Les Révoltés de l’an 2000" en 1976, "Class 1984" en 1982, et le récent "Ils" par exemple. Ce dernier est d’ailleurs tiré d’un fait divers et le final s’avère assez traumatisant, nous laissant abasourdi dans notre fauteuil. Une petite liste non exhaustive à laquelle il faudra rajouter "Eden Lake", qui risque lui aussi de vous laisser sans voix !



"Eden Lake", c’est le nom d’un joli endroit perdu au bout de nulle part, une magnifique forêt au milieu de laquelle se trouve un immense lac. Un petit coin de paradis en somme, un endroit idyllique, parfait pour deux amoureux qui souhaiteraient faire une escapade romantique. C’est ce qu’a d’ailleurs choisi de faire Steve, pour faire une belle surprise à sa fiancée Jenny. Un week-end ensoleillé et placé sous le signe du désir et de la romance, mais qui va soudain être gâché par l’irruption d’une bande de jeunes voyous. De simples gamins qui se la jouent "petits durs", qui mettent la musique à fond et qui n’ont pas l’intention de se laisser dicter la loi par quelques adultes venus batifoler sur leur territoire. Ce qui au début ne semble être qu’une petite altercation comme on pourrait tous en avoir va vite prendre des proportions inimaginables et dramatiques. Et la grande force du film, c’est qu’on y croit. Il suffit de lire les journaux pour savoir que les coups de cutter ou autres violences sont désormais assénés sans aucun mobile, juste pour un regard mal compris ou une phrase déplacée. "Eden Lake" ne fait que mettre en scène des attitudes et des comportements qui ne sont aujourd’hui malheureusement pas que du cinéma. Et ça fait froid dans le dos.

Outre des situations vraisemblables et réalistes, avec quelques clichés malgré tout mais qui ne discréditent pas le film, l’autre force du long-métrage de James Watkins est incontestablement son casting. Jenny est interprétée magistralement par une Kelly Reilly totalement transcendée par son personnage. L’actrice, qu’on a vu dans "Les Poupées Russes" ou "L’Auberge Espagnole" porte le film sur ses frêles épaules et nous balance des émotions à foisons. Le spectateur ne peut qu’éprouver de l’empathie pour Jenny et la tragédie qu’elle va vivre laissera des traces dans les esprits. C’est un véritable calvaire qu’elle va subir et Kelly Reilly parvient à nous faire ressentir toute l’émotion, le stress, la rage et le désespoir de son personnage. Un rôle magnifique, bouleversant.

Dans le rôle de son fiancé, Michael Fassbender s’en sort également très bien, et dire qu’on s’apitoie sur son personnage est un faible mot. Dire qu’il va vivre lui aussi un véritable calvaire n’est pas assez fort non plus. Je vous laisse juger.



Les autres "stars" du film, ce sont bien sûr les enfants eux-mêmes, et leurs prestations sont excellentes également. ils sont emmenés par un chef de bande psychotique qui n’a pas de notion de respect, qui n’a aucune valeur inculquée en lui. La violence est un jeu, un moment de jubilation. Evidemment, quand on voit le comportement de son père, on arrive à comprendre le pourquoi de sa violence et de son manque de repère. Cela justifie-t-il les agressions commises ? A la fin du film, une mère dira "ce ne sont que des enfants". Une phrase qu’on entend souvent mais qui est bien trop facile pour rejeter la faute sur autrui et ne pas faire endosser à ces jeunes leurs propres responsabilités. "Eden Lake" nous fait réfléchir sur le rôle des parents et leurs responsabilités envers leurs enfants, rôle que certains abandonnent ou n’endossent pas faute d’emploi, de situation stable, de problème familial ou autres. Le film nous dit : "Qui ose dire quoi que ce soit aujourd'hui à une bande de jeunes qui se conduit mal ? Qu'arrive-t-il à ceux qui osent ? Quel poids ont les adultes sur ces jeunes ? Les parents n'auraient-ils pas juste les enfants qu'ils méritent ?" Autant de questions qu’on sera amené à se poser après la vision du film.

Un film choc, brutal, direct, sans concession, qui frappe là où ça fait mal. Les maquillages et effets spéciaux sonnent justes, renforçant le caractère parfois insoutenable de certaines séquences. La musique apporte également beaucoup au film, et joue avec nos émotions qui ne cessent d’augmenter au fur et à mesure de la progression de l’histoire. On aimerait aider notre jeune couple, on aimerait que Jenny se transforme en Ellen Ripley ou que Steve devienne Bruce Willis pour flanquer une bonne raclée à ces jeunes voyous. Mais le réalisateur préfère aller jusqu’au bout de son sujet, se refusant de transformer Jenny en super héroïne, ce qui viendrait foutre tout le film en l’air d’ailleurs. Il préfère tirer partie des magnifiques décors et faire passer différentes émotions chez ses personnages pour emmener son survival forestier vers les sommets, là où se trouvent les GRANDS films, ce qu’est "Eden Lake" assurément.



Bénéficiant d’une grande maîtrise au niveau de la réalisation avec des très beaux mouvements de caméra et une excellente direction d’acteurs, James Watkins réussit haut la main son passage à la réalisation et signe un film bouleversant, traumatisant, une œuvre coup de poing qui atteint largement son but, vous met mal à l’aise, vous questionne et vous assénera un coup fatal avec son final qui vous laissera bouche bée de longues minutes après que le générique de fin se soit mis à défiler sur l’écran. "Eden Lake" est un très beau film, d’une grande puissance émotionnelle, une œuvre qui vous remue les tripes. Une claque dans la figure qui fait mal. Longtemps.








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