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Jonathan Harker se rend au château du Comte Dracula en se faisant passer pour un bibliothécaire, ne voulant pas que le Comte se doute de sa véritable mission qui est de l’exterminer. Malheureusement pour lui, il est victime de Dracula, qui s’enfuit ensuite dans la ville où réside Lucy, la fiancée de Jonathan. Le Dr Van Helsing, ami de ce dernier, découvre que son compagnon est devenu lui aussi un vampire. Après l’avoir délivré du mal transmis par Dracula, Van Helsing s’active à découvrir où se cache désormais l’ignoble roi des Vampires…



Le roman culte de Bram Stoker, écrit en 1897, ne pouvait manquer d’intéresser les réalisateurs de cinéma, tant le personnage de dracula se prédestinait tout à fait à devenir un méchant récurrent du cinéma fantastique (on le trouve dans plus de 180 films, sans compter les séries télévisées le mettant en scène, les jeux vidéos, les bandes-dessinées et j’en passe… !). Murnau nous livra sa version dès 1922 avec "Nosferatu le Vampire", dans lequel il fut obligé de changer le nom des personnages pour ne pas être en procès avec les descendants de Stoker. La Universal adapta également cette histoire en 1931 avec le "Dracula" de Tod Browning, qui révéla l’acteur hongrois Bela Lugosi. Le roi des vampires fut également à l’honneur dans d’autres productions de cette firme, comme dans "Le Fils de dracula" en 43, "La Maison de Frankenstein" en 44, "La Maison de dracula" en 45, "Les deux nigauds contre Frankenstein" en 48. On revit le Comte à Istanbul dans le bien nommé "dracula in Istanbul" en 53. Les Etats-Unis remirent le personnage en scène en 1958 dans "The Return of dracula". C’est à cette même période que l’Angleterre et la Hammer film, suite au succès de "Frankenstein s’est échappé !" l’année précédente, décidèrent également de réactualiser le mythe en y ajoutant de la couleur et un peu de sang bien rouge. Le célèbre studio anglais confia la tâche à Terence Fisher, le même qui avait su redonner de la vigueur au Baron Frankenstein dans le film précité. Bien leur en a pris, car avec "Le Cauchemar de dracula", Fisher livra au monde un chef-d’œuvre exemplaire du cinéma d’épouvante gothique et un classique immédiat du film de vampires, même si de grandes libertés ont été prises avec le roman original.



En effet, le scénariste Jimmy Sangster a remanié de manière assez importante l’histoire conçue par Bram Stoker. Pour énumérer quelques changements notables, citons par exemple le fait que Jonathan Harker ne soit plus clerc de notaire, que l’action du film se déroule en Europe Centrale, qu’il n’y a guère d’allusion au personnage de Renfield, que la fiancée de Jonathan soit Lucy et non Mina, qui se retrouve fiancée à Arthur Holmwood, que le voyage de dracula à bord du navire à destination de l’Angleterre se soit volatilisé, que Jonathan trouve la mort au bout d’un quart d’heure alors qu’il ne meurt pas dans le roman, ou bien encore le final, spectaculaire dans le film, mais qui ne correspond pas à celui écrit dans le livre…

Bref, pas mal de modifications, sûrement dues au manque de budget ou pour palier à des impératifs de tournage, mais qui ne nuisent absolument pas à la qualité du film lui-même.

Parlons maintenant de celui qui nous intéresse le plus, à savoir dracula lui-même. Impressionné par son rôle de créature de Frankenstein dans le précédent film de Terence Fisher, Christopher Lee fut engagé pour interpréter le personnage du Comte. Un choix carrément excellent il faut bien le dire, qui éclipse le souvenir de Bela Lugosi, même si les deux interprétations ne sont pas dans le même registre et le même effet recherché. Dans le film de la Hammer, Christopher Lee donne au Comte toute sa dimension majestueuse et aristocrate de son rang. Vêtu dans un costume noir, portant une cape noire également, la coiffure tirée en arrière (une perruque en fait), solidement bâti, dracula fait forte impression, et ce, dès sa première apparition où l’on sent son aura maléfique et la puissance qui émane de son corps. Et ce ne sera rien comparé à la fabuleuse séquence où nous le découvrons en vampire, yeux injectés de sang et canines apparentes derrière une bouche couverte de sang, pas content du tout que son esclave femelle s’en soit pris à son invité. Une image de Christopher Lee qui l’immortalisera à tout jamais dans ce rôle, et qui sera reprise un nombre incalculable de fois dans les journaux, magazines et autres supports parlant du film. Notons d’ailleurs que c’est la première fois à l’écran que l’on voit les canines du Prince des Vampires ! Sa force incroyable est également mise en avant quand il attrape le cou de Jonathan à une main et le plie sans difficulté. Bref, bien que peu présent à l’écran dans ce film, dracula demeure inoubliable et son acteur vedette a su donner une nouvelle dimension au personnage, et a parfaitement su actualiser le mythe en y injectant du sang neuf. Mission réussie à 110% pour Christopher Lee, dont les apparitions sont sublimées par la partition musicale de James Bernard, qui deviendra elle aussi un modèle du genre.



Il en va de même pour le Dr Van Helsing, joué par un autre immense acteur, le regretté Peter Cushing et sa classe britannique par excellence. Il excelle à nouveau dans la peau de ce personnage qu’il reprendra de nombreuses fois par la suite. Le reste du casting est tout aussi intéressant avec une très bonne interprétation de Michael Gough dans le rôle d’Holmwood. Carol Marsh campe le personnage de Lucy et parvient à faire éclore toute la dimension érotique du film, notamment quand elle attend dracula pour qu’il vienne la vampiriser. John Van Haysen est un très bon Jonathan Harker et la première partie du film lui doit beaucoup.

Bref, comme souvent chez la Hammer, un casting de qualité auquel vient s’adjoindre de magnifiques décors et costumes, une photographie de toute beauté et des couleurs éclatantes qui tirent le film vers les sommets. Pour ce qui est du rythme, ne vous attendez pas à un monument d’action. Le film est assez contemplatif, lancinant mais jamais ennuyeux, bien au contraire.

Au niveau des effets spéciaux, sûrement par manque d’argent, Jimmy Sangster a retiré au Comte sa faculté de se transformer en animal ou en brume. Point de loup ou de chauve-souris dans ce film. Par contre, on aura l’occasion de voir un pieu s’enfonçait dans le corps d’une femme vampire. Mais la séquence la plus spectaculaire reste sans conteste celle où Van Helsing parvient à éclairer de la lumière du jour le corps de dracula. Les impacts des rayons du soleil sont sans appel et les parties du corps touchées fondent littéralement. Pied, main puis le visage et le corps tout entier disparaissent pour laisser place à de la poussière noirâtre. Même si aujourd’hui, l’effet peut paraître désuet, nul doute qu’il aura fait grand effet en 58 sur les spectateurs. La censure britannique a d’ailleurs sévi lors de la présentation du film et cette scène de désintégration n’a pas été trop appréciée par cette dernière qui l’a raccourcie. Idem, lorsque Van Helsing plante un pieu dans le corps de son ami Jonathan, nous aurions dû voir différente phase de sa décomposition mais Dame Censure a encore montré le bout de ses ciseaux.



Revu il y a quelques jours, "Le Cauchemar de dracula" fait toujours figure de film référence en ce qui concerne le cinéma vampirique. Des qualités à n’en plus finir font de l’œuvre de Terence Fisher un classique indémodable, qui comblera d’aise tous les passionnés de cinéma fantastique. Comme Boris Karloff dans les années 30, l’image de Christopher Lee restera à jamais accolée à celle de dracula. Pourtant l’acteur, ne voulant pas être catalogué, a refusé de reprendre son rôle de dracula dans le film suivant, "Les maîtresses de dracula". Il fallut attendre 1966 et "Dracula prince des tenebres" pour que le Roi des Vampires retrouve son acteur fétiche pour une longue série de film qui se clôturera en 1973 avec "dracula vit toujours à Londres". Mais comme tout grand monstre du bestiaire du cinéma fantastique, le personnage renaîtra de ses cendres en 1976, dans la comédie "dracula père et fils" d’Edouard Molinaro. On sera assez loin néanmoins de la qualité des films de la Hammer…