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Attention, après le sulfureux Hostel, c’est au tour du Royaume-Uni de nous passer à tabac. Sauf que cette fois, ça fait vraiment mal. Des jeunes femmes sont enlevées à la vie passablement paisible dont elles jouissent en ville, par un étrange personnage. Lorsqu’elles se réveillent, elles doivent réussir à s’évader d’un cercueil en bois. Une fois dehors, il les attend pour leur assener un bon coup de crosse en pleine face. Quand elles reviennent à elles, elles sont en équilibre sur un billot, une corde au coup. Si le billot roule, elles meurent. Simple, non ? Pas vraiment, car elles disposent tout de même d’une échappatoire. Sur le ventre, elles portent toutes une cicatrice grossièrement recousue dans laquelle se trouve une lame de rasoir. Pour survivre, elles devront donc rouvrir la plaie et plonger les mains dedans à la recherche de la clé de la liberté. C’est l’aventure de l’une de ces malheureuses dont le spectateur sera témoin. C’est officiel, les femmes sont moins douillettes que les hommes.



Adam Mason et son compère, Simon Boyes, cassent la baraque avec leur Broken et s’assurent une place de choix dans cette nouvelle vague de cinéma d’horreur psychologique britannique. Du fait de leur nationalité, on aura tôt fait de rapprocher le duo de cinéastes comme Christopher Smith ("Creep") et Neil Marshall ("The Descent"). L’analogie se justifie de par l’appartenance à ce renouveau du cinéma anglais cité quelques lignes avant. Il est une autre comparaison qui paraît inévitable, pour cela il faut se tourner vers l’Amérique et sa nouvelle génération de cinéastes sans concession mais parfaitement décérébrés.

Broken emprunte aux premiers sa violence psychologique outrancière et aux seconds, l’aspect sans concession. Imaginez un peu "Saw", "Hostel" et "The Descent" mêlés en un seul et unique film. Le résultat ressemblerait donc à un "Hostel" qui aurait oublié d’être un amas de pseudo violence gratuite pour adolescents embourgeoisés cherchant à s’encanailler entre deux rails de coke.
Exit aussi les ados en rut qui passent les trois quarts de la péloche à la recherche d’un vagin où coller leur nombrilisme lubrique. Ici, on a le droit à des protagonistes tous dignes d’intérêt dont la présence n’est pas uniquement là pour permettre à un pan de public de s’identifier à la situation.

Alors, mettre en scene des femmes ayant la trentaine bien tassée, c’est commercialement risqué ?



Sacré parti pris de mettre en scene des femmes, certes jeunes et pourtant largement plus vieilles que la majorité des têtes d’affiche du genre. En outre, les protagonistes féminins ne sont pas, pour une fois, réduits à une paire de fesses galopantes surmontée d’un duo de mamelles alléchantes et d’un minois mignon. Il s’agit ici de Femmes et pas du genre objet.

A l’issue de la projection, j’ai entendu des commentaires questionnant le bien fondé de la démarche adoptée. Les réalisateurs seraient-ils un duo de sombres misogynes rétrogrades sortis d’une grotte quelconque ? Si l’on adopte le strict point de vue de ce que le duo britannique inflige à son casting, alors c’est une solution envisageable. Pourtant Broken m’a paru être au contraire une ode à la femme.

De fait, il existe une autre lecture du métrage, celle du ressenti et des réactions des femmes par rapports au calvaire qui leur est infligé. Elles sont ici dépeintes avec une rare humanité et il me semble, une justesse incroyable. Il y a en elles quelque chose de plus fort qu’un simple instinct de survie ou une question d’amour propre. Quelque chose qui tiendrait d’une philosophie enragée de la vie. En atteste la scene avec la fleur, dans le potager, sur laquelle je ne m’étendrai pas plus, afin de ne pas dévoiler trop de cette petite bombe anglaise.
A cette conception est opposée celle de l’homme, beaucoup plus fruste et utilitariste. Ici, les hommes en prennent pour leur grade. Etonnant, non ?



Sur le plan formel, la réussite est aussi au rendez-vous. Ainsi Broken jouit d’une réalisation puissante et dynamique qui privilégie les plans en mouvement sur le découpage outrancier. L’atmosphère n’en est que plus pesante, chaque plan ayant été minutieusement réfléchi avant d’être tourné. Ce qui ne signifie en aucun cas que les cinéastes nous épargnent les gros plans bien sales sur les actions douloureuses. Au contraire, ces coups d’œil vicieux et souvent répugnants, contribuent au climax malsain du film. On demeure toutefois bien loin du "on pose les caméras et on verra au montage", cela se ressent principalement au niveau de la maturité du métrage.
S’il n’est certainement pas exempt de faute, Broken sait comment cueillir son public et lui infliger des pressions psychologiques plutôt impressionnantes. A la vision de la bobine, il n’est donc pas rare de serrer les dents ou de soupirer pour évacuer le surplus de stress qui encombre le ventre du spectateur avide de sensations fortes que nous sommes.

Bien évidemment – cela semble être un des points d’honneur de ce nouveau cinéma d’horreur britannique – la photo est absolument sublime. L’éclairage de la forêt est d’une efficacité redoutable. De rayons de soleil crus qui inondent la "scène" à la lumière laiteuse de la lune filtrée par les branchages, la composition est de toute beauté. Par conséquent, les couleurs trouvent un rendu superbe et permettent des décors d’une authenticité redoutable, sans pour autant aboutir à un aspect vidéo – les films de vacances c’est sympa, mais c’est un peu trop authentique.



Comme le duo anglais a décidé de ne pas faire les choses à moitié, ils nous offrent une partition additionnelle composée par le troll norvégien : Mortiis. Un choix qui n’a rien de surprenant tant l’électro-métal iconoclaste du musicien se prêtait à la mise en image. Après des premiers albums ancrés dans le folklore moyenâgeux (le fabuleux Stargate qui rappelle incroyablement l’œuvre de Tolkien), ses deux derniers disques offraient une ambiance sombre et maléfique, synthétique et pourtant parfaitement ancrée dans un délire naturaliste. Les clips de Mortiis se sont alors faits de plus en plus graphiques : de véritables courts-métrages où l’image jouait un rôle prépondérant. Il ne me revient pas de disserter du talent (immense) du musicien norvégien, laissez-moi cependant vous dire combien la présence du musicien sert Broken.

Passons rapidement sur le casting sans faute et le scénario qui se suffit à lui-même.

Et voilà, encore une claque de nos voisins d’outre-manche qui ont osé une œuvre d’une impressionnante brutalité. D’autant plus impressionnante que le Royaume-Uni n’est pas particulièrement connu pour sa tolérance en matière d’œuvre audiovisuelle. Faut-il en conclure que tout arrive ? Alors à quand un survival français dont la violence psychologique serait telle qu’elle renverrait "Maniac" à la niche et "Hostel" au panier ?

En attendant le miracle, et si vous avez le cœur un tant soit peu bien accroché, ruez-vous sur Broken pour prendre la claque que vous attendiez depuis quelques temps déjà. Ouf, ça fait du bien et ça remet les idées en place !








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