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Dans les années 30, une famille de fermiers américains d'origine allemande reçoit un envoyé du gouvernement nazi, Richard Wirth, chargé de retrouver des runes magiques celtes, qui pourraient ainsi être utilisées pour que le IIIème Reich domine le monde. De nos jours, la famille Marshall a perdu un de ses membres, Victor, près d'un lac, et ils ont du mal à en faire le deuil d'autant plus que le corps n'a jamais été retrouvé. Jusqu'au jour où il réapparaît et demande de l'aide à son frère Evan. Sans aucune explication, celui ci le suit...



Joel Schumacher est un cas intéressant. Vilipendé par une partie de la presse et du public pour l'aspect fascisant d'un pan de son œuvre où il laisse cours à la vengeance comme élément de défouloir ("Chute libre", "Le droit de tuer ?", "8 mm") ou pour avoir sabordé l'univers de Batman ("Batman forever", "Batman & Robin"), l'homme jusqu'à présent s'est amusé à brouiller les pistes, évitant de tomber entièrement dans les travers que ses détracteurs lui reprochaient.

Hélas, avec ce Blood Creek (anciennement intitulé TownCreek) il compile tous les travers de l'ensemble de son œuvre. Si c'est la première fois que Schumacher s'attaque à un thème horrifique (l'occultisme), il est bon de rappeler qu'on lui doit le très réussi film fantastique "L'expérience interdite". Mais les temps ont changé, et au lieu d'acteurs appelés à être parmi les plus recherchés de leur génération (Julia Roberts, Kevin Bacon, Kiefer Sutherland), Schumacher se retrouve avec des comédiens-comment dire- moins cotés. Cela n'est pas forcement gênant lorsqu'on s'attaque à un film d'horreur, mais les deux frangins qui sont campés, l'un par Dominic Purcell (la série "Prison Break", "Blade: Trinity", "Primeval", le nullissime "The Gravedancers"), et l'autre par le beau gosse Henry Cavill (Charles Brandon dans la série "Les Tudors") se limitent à quelques expressions du visage. Pour interpréter le méchant Mr Wirth, nous retrouvons Michael Fassbender (vu entre autre dans "Eden Lake"), mais plutôt méconnaissable ici sous son accoutrement.



La fascination exercée par l'occultisme et le nazisme n'est plus à démontrer dans l'univers du 7ème Art qui a su récupérer à son compte cette thématique qui fait particulièrement froid dans le dos : on pense bien évidemment à "Indiana Jones" ou plus récemment "Hellboy". Mais les œuvres précitées versaient plus dans le côté entertainment. Avec Blood Creek le sujet est abordé avec un sérieux papal. C'est peut-être là que le bât blesse car Schumacher ne peut se défaire de ses thématiques droitières : patriotisme avec le drapeau américain sur une voiture, référence claire et sous-entendue en faveur de la guerre en Irak (Victor Marshall étant un vétéran de ce conflit. Le regard paternel semblant le préférer à son autre rejeton qui lui n'est pas allé se battre), l'aspect vigilante et vengeance gratuite, qui voit la mort gratuite d'un des habitants de la ferme. Mais, le pire du pire provient de la maladresse (pour les plus indulgents) qui voit accoler quasiment en même temps la croix gammée et le drapeau étoilé des États-Unis. Même dans un film de genre, le côté réactionnaire de son auteur ressort, mais cette fois-ci difficile de ne pas y prêter attention.



Mais d'autres problèmes viennent handicaper cette petite production tournée en Roumanie. Si l'introduction nous expose les enjeux avec un récit en noir et blanc se déroulant dans les années 30, on bascule de manière abrupte dans l'Amérique contemporaine, en suivant une journée vécue par Evan Marshall, secouriste, s'occupant de son vieux bougon de père. Rien que du très classique jusqu'au retour hirsute de son frangin, dont il n'avait plus de nouvelles depuis deux ans. Sans explication, il demande à Evan de le suivre, ce que celui-ci fait sans rien demander (sic !). On nage en plein scénario où la logique s'est faite la malle, sans s'embarrasser de demi-mesure, et c'est parti pour près d'une heure de courses poursuites dans une baraque. Et vas-y que je descends un escalier, et vas-y que je le remonte ! Tout cela avec un nombre de protagonistes particulièrement limité. Pendant ce temps, personne ne veut dire de quoi il retourne et il va falloir attendre que la bête -enfin Mr Wirth transformé par ses manipulations occultes-, veuille daigner surgir de la cave dans laquelle elle est enfermée. Comme si avec la force qu'elle avait, ça pouvait vraiment la retenir. De même que les signes cabalistiques sur les portes et les fenêtres ! Un peu vain, tout ça.

ATTENTION ! RISQUE DE SPOILERS

Manquant singulièrement d'imagination, notre scénariste a dû être profondément marqué par le Creepers car notre ami nazi en a l'allure et la gabardine. Une ressemblance qui est plus de l'ordre du plagiat que de l'hommage. Mais, fort heureusement, car cela donne à la créature une certaine allure iconique. La seule idée originale de ce film nous verra assister à un contrôle des équidés qui défonceront les portes et les fenêtres. Cela n'est pas sans faire penser à des chevaux surgis tout droit des Enfers. Mais sorti de cette scène dantesque, on assistera à un spectacle vaguement horrifique (mais sans scènes marquantes, donc n'attendez rien de spécial) rappelant de loin l'univers d'"Hellraiser", notamment lorsque Henry Cavill se verra taillader la peau pour que son sang serve à nourrir Richard Wirth. Ce dernier s'amusant lors d'une scène purement gratuite à s'enlever la peau qui le recouvre comme pour une nouvelle mue.

FIN SPOILERS



Si sur le papier, Blood Creek avait de quoi nous passionner, il en va autrement une fois le long-métrage visionné. A moins que d'assister à un spectacle faiblard, avec trois décors et une créature à cheval faisant le tour de la ferme en train de psalmodier une litanie occulte, vous suffise. Oubliant l'aspect horrifique et bénéficiant d'un script beaucoup trop simpliste, le moralisateur Schumacher, donne ici le bâton pour se faire battre. Les quelques séquences qui font mouche (les chevaux, la créature sortant de la pénombre) ont du mal à nous faire oublier le manque d'épaisseur de ses personnages.