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Malgré sa paralysie, Jake Sully, un ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant, est resté un combattant au plus profond de son être. Il est recruté pour se rendre à des années-lumière de la Terre, sur Pandora, où de puissants groupes industriels exploitent un minerai rarissime destiné à résoudre la crise énergétique sur Terre. Parce que l'atmosphère de Pandora est toxique pour les humains, ceux-ci ont créé le Programme Avatar, qui permet à des " pilotes " humains de lier leur esprit à un avatar, un corps biologique commandé à distance, capable de survivre dans cette atmosphère létale. Ces avatars sont des hybrides créés génétiquement en croisant l'ADN humain avec celui des Na'vi, les autochtones de Pandora...



Douze ans. Douze ans depuis que James Cameron n'avait pas réalisé de long-métrage. Depuis titanic, récompensé de 11 Oscars, dont ceux du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur, et devenu un des plus gros succès de l'Histoire du cinéma. Douze ans durant lesquels il s'est concentré sur des documentaires comme "Expédition : Bismarck", "Les Fantômes du Titanic" ou "Aliens of the deep". Evidemment, une telle absence après un tel succès n'est pas sans provoquer une attente certaine. Notamment chez les fans de science fiction, genre dans lequel Cameron n'a plus officié depuis 1991 et "Terminator 2 : Le Jugement dernier". Il faut dire qu'en quelques films, il s'est imposé comme un des maîtres du cinéma d'action de science fiction, avec des œuvres aussi réussies que "Terminator" ou "Aliens le retour". Alors quand en plus les chiffres les plus astronomiques sont évoqués, "Avatar" devient logiquement le film le plus attendu depuis fort longtemps.



La genèse du film, on la connaît presque tous : autour de 1995, James Cameron rédige un scénario d'une centaine de pages pour un long métrage destiné à être produit dans la foulée du succès de "Titanic". Mais sa vision demande des progrès techniques tels que le film est alors inenvisageable. Le projet va alors dormir quelques années, jusqu'à ce que Cameron tombe sur "Les Deux Tours", le deuxième volet de la saga du Seigneur des anneaux de Peter Jackson. Selon Cameron, c'est lors du monologue de Gollum que la possibilité d'enfin tourner son œuvre lui paraît possible. Mais pour cela, il doit néanmoins innover. Et l'innovation, ça coûte cher, d'autant que le réalisateur veut provoquer une nouvelle avancée de l'image avec la 3D. En effet, depuis "Jurassic Park" et "Terminator 2" qui ont banalisé l'utilisation du numérique, les progrès sont restés assez faibles. Pour cette "révolution", il va notamment créer sa propre caméra à double objectif avec un système permettant de reproduire fidèlement l'œil humain. Il va également se servir des derniers progrès de la technologie numérique (comme la "performance capture" de Zemeckis) pour réussir à capter la moindre subtilité des visages : l'équipe de Cameron met au point un système de caméra qu'ils fixent sur le crâne des acteurs, pour un système baptisé "E-Motion Capture", laissant un maximum de liberté d'action aux acteurs tout en permettant au réalisateur de voir les effets spéciaux finis sur le moniteur au tournage alors que les comédiens sont sur fond vert. Tout cela a un prix, et la facture s'avère rapidement salée : on parle du film le plus cher de l'Histoire du cinéma, et d'un budget dépassant les 300 millions de dollars, voire même les 500 millions !

Une démesure au service d'une histoire assez simple, voire même simpliste : en 2154, Jake Sully (incarné par l'australien Sam Worthington, l'acteur que l'on a pu voir dans "Solitaire" de Greg McLean, et qui a le vent en poupe en ce moment à Hollywood, entre "terminator Renaissance" et le remake du "Choc des Titans") est envoyé sur la planète Pandora, dans le système stellaire d'Alpha Centauri, pour remplacer son frère jumeau décédé dans le programme avatar. Le programme est destiné à envisager une solution pacifique à un conflit né de la volonté des humains d'exploiter un minéral rarissime, l'unobtanium, se trouvant sur le territoire d'un peuple autochtone : les Na'vi. Ces créatures humanoïdes, de couleur bleue, mesurent environ trois mètres de haut, et vivent en tribus sur Pandora, en symbiose avec la nature et l'esprit de la planète, Eywa. Le projet avatar permet de transférer l'esprit humain dans un corps hybride, facilitant ainsi les déplacements sur la planète, où l'homme ne peut respirer sans masque, tout en tenter d'apaiser la méfiance des Na'vi. En parallèle de ce projet, des militaires, emmenés par le Colonel Miles Quaritch (Stephen Lang), se tiennent prêt à intervenir en cas d'échec des négociations. Lors de sa première mission dans la forêt de Pandora, Jake Sully se perd, et rencontre alors une autochtone, Neytiri (Zoë Saldaña). Interprétant les signes de Eywa, elle décide de le ramener à son village, au sein d'un arbre gigantesque. Rapidement, Jake Sully doit se faire accepter par la tribu Omaticaya, tout en rapportant ses observations aux scientifiques du projet avatar...ainsi que le Col. Quaritch, qui a bien compris l'intérêt d'avoir un homme infiltré chez ce qu'il considère comme un peuple inférieur et un ennemi potentiel. Rapidement, les doutes de Jake naissent, en même temps que ses sentiments pour Neytiri et sa reconnaissance par la tribu.



Lorsque l'on découvre le scénario, on ne peut s'empêcher de penser à plusieurs épisodes historiques. Si on peut penser à la guerre du Golfe, avec cette course permanente au minéral, le plus flagrant est sans doute celui du génocide des Indiens, auxquels les Na'vi empruntent beaucoup de traits : le respect de la nature, la fierté, la connaissance parfaite de leur environnement, les rites mystiques et même certains éléments vestimentaires et certaines pratiques quotidiennes. Les Na'vi chassent à l'arc, se déplacent à dos de créatures, interprètent les signes de la nature par le biais d'une chamane. Ce n'est sans doute pas un hasard si le film de Cameron ressemble tant sur le fond à la légende de Pocahontas, jusque dans l'histoire d'amour entre deux représentants d'ethnies différentes. Une histoire qui ne brillera donc jamais par son originalité, ni dans celle de sa symbolique, riche de stéréotypes et d'archétypes. Dans avatar, les scientifiques sont les gentils, et n'aiment pas les militaires, qui sont les méchants et son juste là pour dégommer l'innocent peuple autochtone, opposant des missiles à leurs flèches. Evidemment, le concept même de l'avatar renvoi à Internet, avec cette possibilité de revêtir une autre identité, de faire des choses qu'on ne pourrait faire dans le monde réel...jusqu'à risquer une identification abusive à l'avatar, ou préférer être dans ce monde virtuel. Ainsi, sous sa forme d'avatar, Jake Sully peut enfin remarcher, et en éprouve rapidement une immense euphorie. Rapidement, ce nouveau corps lui offre une liberté qu'il ne peut plus ressentir dans son fauteuil, voire même qu'il n'a jamais ressentie. Là encore, la symbolique n'est pas des plus subtiles, mais franchement : est-ce vraiment pour ça qu'on va voir avatar ? Car heureusement, ce manichéisme un peu désuet et ce scénario un peu simplet ne pèse pas bien lourd face à ce pour quoi le film a été conçu : en foutre plein la tronche.

Avouons que pendant 30 minutes, Cameron prend surtout soin de nous habituer à son procédé en 3D, qui ressemble pendant cette introduction à un gadget friqué plus qu'à autre chose. On nous présente les personnages, de la scientifique un peu rigide incarnée par Sigourney Weaver à la bidasse au grand cœur incarnée par Michelle Rodriguez (dont la moitié de la présence à l'écran se fera dans des plans de 2 secondes où elle se contente de sourire, et dont je perçois difficilement la pertinence). Puis enfin, nous arrivons dans la forêt de Pandora. Le film bascule alors d'un univers classique de base militaire et scientifique à un environnement complètement inédit, créé par l'esprit de James Cameron. Et là, la magie opère. L'ensemble grouille de vie, les créatures les plus étonnantes se côtoient au milieu d'une végétation luxuriante, les insectes passent devant nous tandis qu'au second plan, un animal titanesque se déplace. Le spectacle visuel est éblouissant, la flore réagissant même au contact des personnages. Les paysages sont grandioses, de l'arbre foyer de la tribu Omaticaya aux montagnes suspendues dans les airs, des vallées de Pandora aux sanctuaires Na'vi. Cameron tire complètement partie de son univers, réservant des scènes à couper le souffle (le premier vol de Jake Sully) dans un univers parfaitement cohérent et représenté. Au milieu de cette faune et de cette flore, les avatars et les Na'vi sont également parfaitement recrées et intégrés. Ayant chacun leurs caractéristiques propres, ils sont reconnaissables au premier coup d'œil...surtout si l'on connaît l'acteur incarnant la créature. Et force est de constater que Sam Worthington, Joel Moore et surtout Sigourney Weaver sont instantanément reconnaissables dans leur immense corps bleu et, plus fort encore, on reconnaît leurs expressions particulières d'acteurs, et le résultat est vraiment bluffant : ce sont vraiment eux qui jouent leurs (doubles) rôles, et ils le font sans surprise de façon parfaite. Evidemment, le film sera principalement centré sur Jake Sully, de son parcours initiatique pour adopter les mœurs Na'vi, et de son dilemme : doit-il fournir les informations qu'il détient sur eux, contre la promesse d'enfin récupérer l'usage de ses jambes, ou rester fidèle au peuple qui l'a adopté et où il a trouvé l'amour...et des jambes ? Evidemment, pas vraiment de suspense, mais le "choix" du personnage sera la conclusion d'un portrait très bien défini et d'une évolution crédible, ce qu'il faut saluer. Ce choix sera l'élément central du film, jusqu'à l'inéluctable guerre qui se profilera entre les deux peuples pendant la dernière partie du film.



Une dernière partie décrite par James Cameron comme "la mère de toutes les batailles" : il nous emmène directement au cœur de l'affrontement, opposant la technologie avancée des humains aux moyens traditionnels de Na'vi. Que ce soit sur terre ou dans les airs, à distance ou au corps à corps, sur des machines ou sur des créatures, les deux peuples se battent, et on aura rarement eu une impression si forte d'assister à une véritable guerre. Les victimes sont nombreuses, les personnages principaux loin d'être épargnés et surtout, on voit vraiment ce qu'il s'y passe. Parce que Cameron ne cède pas à la mode de la réalisation clipesque ou épileptique, l'action est d'une lisibilité totale et d'une fluidité remarquable. Peut-être même parfois trop : par moments, il se passe tellement de choses à l'écran qu'on est un peu "agressé" par tant d'informations ; sentiment d'ailleurs renforcé par la 3D, avec le besoin, heureusement rare, qu'a parfois notre œil de réaliser une mise au point forcée sur un élément passant devant l'objectif.

avatar était donc le film de toutes les promesses, et forcément de toutes les craintes. Surtout après avoir vu comment Emmerich avait dépensé son budget pour "2012". Mais Cameron n'est pas le réalisateur allemand, et renvoi nos doutes au placard au bout d'une demi-heure, quand il nous offre sa vision de Pandora. Dès lors, il va, entre de multiples références, de "Gunnm" (que Cameron devrait lui-même adapter au cinéma) au "Magicien d'Oz" ("vous n'êtes plus au Kansas"), de son "Aliens le retour" à son "Titanic", nous submerger d'émotions diverses, nous développer une histoire simple mais terriblement efficace, et nous imprimer sur la rétine un univers inédit, d'une beauté confondante. Les 2h40 du film semblent en faire 50 minutes de moins, et le cinéma semble alors revenir à sa fonction première : avatar, c'est tout simplement de la magie. Reste dès lors à se laisser emporter, à passer outre un fond assez naïf, pour apprécier pleinement le film. Une revolution cinématographique ? Il est encore bien trop tôt pour le dire, même si des réalisateurs comme Steven Spielberg ou Peter Jackson semblent bien décidés à emboîter le pas à Cameron. Mais assurément un film qui fera date, si vous voulez mon Na'vi.