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Trois actes, trois âges, une personne : Ana. Petite, elle évolue dans un climat morbide et sulfureux qui bouleversera à jamais sa vie. Adolescente, le monde extérieur et ses désirs s'offrent à elle. Adulte, elle revient dans sa maison natale. Mais un tueur rôde... Dans la course au cinéma référentiel, Amer est sans aucun doute le spécimen le plus excitant jamais porté sur un écran français. Mieux encore, ce ne sont plus les références habituelles dont on nous abreuve (le survival avant toute chose) dont il est question, mais un regard passionné sur un sous-genre purement européen : le giallo. De la fraîcheur, des soupirs...et des vertiges.



Voilà des années que le duo Cattet/Forzani rend hommage aux pervers gantés de noir et adeptes du coupe-chou à travers de nombreux courts-métrages expérimentaux aux titres évocateurs : Chambre Jaune, Santos Palace, La fin de notre amour ou encore L'étrange portrait de la femme en jaune. Expérimental...le mot est lâché ! Car si certains pensaient trouver en Amer un simple thriller nostalgique émaillé de meurtres sanglants, beaucoup vont déchanter... Il vaut mieux se tourner davantage vers des délires cinématographiques plus abstraits, piochant du côté de réalisateurs comme Buñuel, Franco ou Argento pour mieux capter toute la singularité de l'objet. Les détracteurs de ce courant et les spectateurs lambda (c'est à dire, pas mal de monde) auront vite fait de lâcher prise.

Car il faudra bel et bien souligner le "problème" majeur de l'œuvre : en se faisant plaisir, Cattet & Forzani se mettent à dos une partie importante du public, plus assoiffée de sang neuf que de déambulation tordue. La réception au festival de Gérardmer fut alors fidèle au titre du film : amère... Par bonheur, ceux qui se laisseront prendre par la main franchiront une porte vers un monde interdit, baroque et d'une sensualité exacerbée.

Amer se découpe alors en trois courts distincts, plus semblables dans leurs thèmes que dans leurs situations : les dialogues sont réduits à leur strict minimum (le film aurait même pu rester muet) et le scénario fait profil bas pour laisser une place conséquente à l'image et au son, envahissants aussi bien l'un que l'autre.



Dès le générique martelé d'une musique empruntée à Bruno Nicolaï (comme tout le reste du score, comprenant du Morricone et du Cipriani entre autre) et morcelé en tant de points de vue différents, on frôle l'extase. Car ce que certains qualifieront de "clippesque" (= déblayer le contenu pour se focaliser sur la forme) reste tout de même d'une maestria jamais vue dans l'Hexagone : grain d'époque, importance des couleurs, gros plans obsédants, images fulgurantes...

De simples gestes raisonnent comme des menaces, des actes se retrouvent amplifiés jusqu'au tournis et l'on perd pied sans prévenir. Ces mosaïques de la terreur poussent à leur paroxysme la liberté formelle d'un "Inferno", plus préoccupé par ses tableaux horrifiques et ses meurtres filmés comme tant de rituels barbares et nécessaires que par son histoire plutôt vaine, jusqu'à se heurter à une certaine incohérence. Le principe ici, est le même.

La demeure traversant Amer fait office de personnage à part entière, véritable antre des ombres qu'on croirait arrachée aux Frissons de l'angoisse. Dans le premier segment, la petite Ana y croisera, le temps d'une nuit, les silhouettes d'Eros et Thanatos dans un fracas d'épouvante évoquant le Bava des Trois visages de la peur, avec son spectre flétri et cette bonne sournoise filmée comme une des trois mères. Le cinéma gothique s'élance à la gorge d'un cinéma plus fou encore, avec une séquence digne du Clouzot des sixties (remember les trips de L'enfer ou de La prisonnière). Saisissant.



Délaissant l'horreur, le second segment fait clairement office de pause, renvoi (involontaire ?) à un cinéma italien plus léger, mais tout aussi sulfureux. Une manière d'érotiser une bonne fois pour toute l'héroïne (incarnée par le sosie de Béatrice Dalle jeune !) et d'ancrer le métrage dans une atmosphère profondément méditerranéenne, à la fois solaire et inquiétante, révélatrice de désirs et de pulsions.

Le clou final dérive définitivement avec délice vers l'imagerie dont il s'abreuve, dans un portrait de femme prête à se noyer dans ses propres fantasmes (au sens propre comme au figuré), où le spectateur se retrouve à nouveau à ne plus distinguer réalité et fantasmagorie. Tout comme dans Chambre Jaune, le meurtre "giallesque" se réclame à la fois du fantasme du fétichisme et de l'inconnu, et de l'extase mortelle, laissant le temps de faire couler le sang et les larmes dans une séquence de mise à mort hallucinante, entre la crudité gore de "L'éventreur de New-York" et la grâce sauvage de "Suspiria".



Empruntant la voie d'un cinéma sensitif inauguré par Gaspar Noé et sa compagne Lucile Hadzihalilovic, Bruno Forzani et Hélène Cattet risquent de faire tourner les têtes dans leur sillage. On peut en être fier...








Surprenant !


4.02

Véritable expérience sensorielle, j'ai pourtant failli lâcher prise jusqu'à ce que débute le second segment qui a fait grandir mon intérêt pour ce film singulier à voir car unique en son genre et surtout dans le cinéma hexagonal !