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Depuis sa tendre enfance, Alice voit son sommeil agité par le pays des merveilles. Chimère ou réalité, voilà son fardeau. Maintenant âgée d'une vingtaine de printemps, la jeune fille est forcée par sa famille à accepter une demande en mariage ; confuse, la blondinette s'enfuit et tombe à nouveau dans le légendaire terrier...



Il n'a jamais été aisé de retranscrire toute la démesure de l'oeuvre de Lewis Carroll et pourtant cette chère Alice s'est vue parachutée sur le grand tout comme le petit écran durant des années, alimentant plus d'un esprit surréalisant. De l'adaptation littérale à la transposition métamorphosée, voire pervertie, il n'y a eu qu'un pas, avec des titres comme "Valerie au pays des merveilles", Morgane et ses nymphes, Alice ou Dreamchild. Le pays des merveilles n'a pas encore livré tous ses secrets semble t-il...



Plus "self-conscious" que jamais (et le voir annoncer une adaptation de La famille Addams ne fait que confirmer cet état de fait), Tim Burton s'en va jeter son dévolu sur l'héroïne de Lewis Caroll, accueilli alors à bras ouvert par les studios Disney, ceux là même qui l'avaient jeté quelques décennies auparavant pour ses débordements de sale gosse dépressif. Quelle ironie...
C'est donc un Burton apaisé, conscient et accepté qui prend les rennes du projet : son Sweeney Todd avait pourtant confirmé qu'une petite flamme brûlait toujours, malgré des scories évidents : son audace brusque et sanguinolente l'avait miraculeusement élevé.



Malin malgré tout, le petit génie de Burbank n'adapte ni Alice au pays des merveilles ni sa suite A travers le miroir mais offre une nouvelle aventure à Alice, dont l'esprit perturbé a pourtant annihilé tout voyage onirique (ou pas). Une méthode qui avait fait ses preuves auparavant avec Hook , où Peter Pan, devenu adulte, foulait à nouveau les terres du pays imaginaire, ou Retour à Oz, qui emmenait la petite Dorothy sur un chemin de briques jaunes en ruine.
Incomprise, solitaire, en bonne héroïne burtonniene, Alice s'évade de la société victorienne débordante d'hypocrisie et retrouve malgré elle le chemin des flacons magiques et de l'heure du thé. Au milieu de ce capharnaüm animal, elle est chargée de mettre à fin à la bataille opposant la Reine Blanche à la Reine de Coeur en tuant le Jabberwock, dragon hybride et accessoirement chouchou de la méchante reine.



Tout ce beau monde prend joliment vie en live avouons-le, plutôt aidée par une 3D très en forme (lances crevant l'écran, vol de tasse, chute vertigineuse, profondeur de champ incroyable et palais gigantesques) et animé par un casting énergique mais formellement pas toujours convaincant : on plussoie donc un Chat de Cheshire onctueux, un lièvre de Mars hilarant ou une Helena Bonham Carter fracassante, et moins une Alice un peu indolore (c'est sans doute le but avoué me soufflera t-on, puisqu'elle n'est que candeur et innocence), un Crispin Glover un poil décevant, une chenille irrésistible (Alan Rickman !) mais globalement inutile et un Johnny Depp peu à peu usé par son image de bouffon de pellicule. Toute l'angoisse absurde et l'ambiguïté de la première monture de Disney s'efface (sauf peut-être le temps d'une idée : celle, hallucinante, de la rivière de têtes tranchées) au profit d'un manichéisme prudent, qui oublie par là même l'aspect insaisissable de Wonderland et des diverses représentations visuelles qu'on a pu lui donner. L'ampleur du score d'Elfman est cependant, plus qu'appréciable.

Spectacle grand public ou pas, les tenants et aboutissants du récit s'essoufflent rapidement (combattre ce satané dragon - doublé par Sir Christopher Lee - et discerner la réalité du rêve) face à un déroulement agréable mais convenu. La ballade onirique laisse place d'ailleurs à l'Heroic Fantasy, donnant au film des airs de Monde de Narnia bis plutôt inattendu, en bien comme en mal. Mais en ces temps de revival fantasy où l'on croise des œuvres aussi surprenantes que Le secret de Terabitia, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, "The fall" ou Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, ce Burton là semble arriver curieusement trop tard.






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