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37 après J-C, l'empereur Tibère se meurt. Le vieil empereur convie alors son seul héritier adulte en passe de lui succèder à Capri. Il s'agit de Caligula, son petit-neveu. Grâce au préfet du prétoire, Macron, le jeune homme accède sans difficulté au trône impérial. Débute alors un règne marqué par la folie et les excentricités les plus sanguinaires.



Il y a des films hors normes qui sortent des sentiers battus et du politiquement correct. Dans cette catégorie trop peu étoffée, l'on trouve cette biographie de la vie de l'empereur le plus décrié de l'Empire romain : Caligula. Destiné à l'origine à venir rejoindre la kyrielle des péplums "classiques", le projet Caligula va vite déraper vers d'autres horizons. C'est le scénariste de l'histoire originale, Gore Vidal, qui a collaboré aux scénarios de "Ben Hur" (encore un film portant que l'Antiquité) et au sublime "Soudain l'été dernier" avec Liz Taylor, qui a du être le premier surpris de la tournure résolument orientée sexe de l'adaptation finale. Peu étonnant puisque le producteur du film n'est autre que Bob Guccione, le patron de Penthouse.
Une fois le tournage achevé par Tinto Brass, Guccione est déçu par la version du réalisateur, et tourne des scènes additionnelles, en compagnie de Giancarlo Lui. Ce sont ces scènes qui vaudront à "Caligula" de connaître les joies de deux montages différents : l'une interdit aux moins de 16 ans et l'autre carrément X.
Tinto Brass ne décoléra pas du remontage de "son" film et reniera ce "Caligula". Il ne sera pas le seul à faire état de son choc après le visionnage du film, comme ce malheureux Peter O'Toole, outré d'avoir participé à ce projet aussi décadent.



Bien renseigné sur le règne court de l'empereur Caligula (37-41), Gore Vidal a tracé les grandes lignes de sa vie, du moins selon la vision de Suétone, la seule source qui nous permet de nous faire une idée du troisième imperator romain. Suétone, collaborateur proche de la dynastie des Antonins, avait tout intérêt à brosser un portrait des plus sombres des Julio-Claudiens (les descendants de Jules César), qui deviennent les symboles de la tyrannie même. A part Auguste (31 av J-C à 14 apr.J-C), relativement épargné, l'on trouve ainsi un Tibère (14-37), vieillard luxurieux et cruel, un Caligula (37-41) en proie à la folie, un Claude (41-54) sous l'influence de ses femmes, et un Néron (54-68) plus préoccupé de ses plaisirs personnels que du destin de Rome. Il va de soi que les informations de ce membre de l'ordre sénatorial sont sujets à caution, étant donné que les sénateurs sont ceux qui ont le plus été victimes des persécutions des premiers empereurs.

Si l'on s'en tient aux propos de "La vie des douze Césars", le film de Brass respecte une certaine réalité historique. Ici, pas de bons sentiments tel que nos amis américains peuvent parsemer leurs péplums (dont "Gladiator" en est le parfait exemple) et qui ne correspondent pas aux mentalités de l'époque préchrétienne. L'interprétation bluffante de Malcom McDowell est pour beaucoup dans la réussite de l'entreprise. Il est physiquement Caligula jusque dans l'expression d'un regard halluciné. Il va même jusqu'à théâtraliser son rôle en marchant au pas cadencé tout nu sous l'orage.



Au-delà du parfum de souffre qui a beaucoup fait pour sa renommée, "Caligula", nous dépeint une époque cruelle et barbare : le suicide de Nerva dans son bain, la mort "aidée" de Tibère, les mises à mort des proches de Caligula (mention spéciale à la scène avec la faucheuse de têtes dans une arène ou encore un soldat émasculé). Tinto Brass adapte son petit Suétone illustré jusqu'à l'évocation du cheval de Caligula promu Consul. Une scène symbolisant la volonté d'un homme de rabaisser la morgue d'une élite, trop prompte à se coucher devant celui qui sera le plus fort, quitte à y perdre sa liberté. Ce qui donne au film une connotation symbolique non négligeable.
Les décors participent à la réussite inespérée de ce film malade de ses excès. Tinto Brass s'entoure d'une équipe réputée pour reconstituer le règne du successeur de Tibère : le chef opérateur Silvano Ippoliti, et Danilo Donati, directeur artistique sur des œuvres telles "Satyricon" et "Salo ou les 120 journées de Sodome". Le palais de Capri prend alors entre de telles mains des accents surréalistes et baroques. Tout y est accentué pour mieux faire comprendre la folie d'une époque éloignée de nos critères petits bourgeois christianisés. Entourant Malcom McDowell, on trouve une pléiade d'acteurs britanniques venus du théâtre shakespearien : Peter O'Toole (dans la peau de Tibère), la magnifique Helen Mirren ou encore John Gielguld. Du beau linge pour venir donner de la respectabilité au film.



Fou et décadent, "Caligula" a le mérite d'être un péplum intelligent et adulte. Tout juste, pourra-t-on lui reprocher ses inserts hards voulus par un producteur soucieux de caser ses playmates dans des scènes pornographiques (l'orgie dans le bateau). A signaler d'existence d'un film aussi démesuré, connu sous le nom de "Caligula 2" ou "Caligula, la véritable histoire" de l'ami Joe D'Amato. Une autre bisserie que l'on doit encore à un Italien. Comme si de par son sujet, certains gros studios américains préféraient se tenir éloignés, de peur de se brûler les ailes.

Biographie succincte de Caligula :


31 août 12 après JC : naissance de Caligula, fils de Germanicus et d'Agrippine
19 août 14 : mort d'Auguste. Tibère devient empereur.
10 octobre 19 : Germanicus meurt probablement empoisonné. Les soupçons se portent (sans preuve) sur Tibère.
23 : Drusus, le fils de Tibère, meurt empoisonné par son épouse, alors maîtresse du préfet du Prétoire (Garde personnelle de l'empereur), Séjan.
27 : Tibère quitte Rome pour Capri.
31 : Chute de Séjan qui est exécuté. Macron nouveau préfet du prétoire.
Entre 31 et 33 : Agrippine et les deux frères de Caligula sont exilés ou emprisonnés. Ils meurent tous dans d'étranges circonstances.
16 mars 37 : Mort de Tibère. Caligula lui succède.
Automne 38 : grave maladie de Caligula, qui aurait altéré sa santé mentale.
38 : mort de Drusilla, la sœur maîtresse de Caligula, qui la fait diviniser. Macron est mis à mort.
Octobre 39 : Agrippine la Jeune, sœur de Caligula, est exilée.
Pendant ce temps, Caligula se marie avec Caesonia.
24 janvier 41 : un complot aboutit à l'assassinat de Caligula, de Caesonia et de leur fille en bas âge. C'est Claude, son oncle que les Prétoriens acclament comme Imperator.






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