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Chaque année à Noël, l'agent de Police Jesus Juarez incarne le rôle du Diable dans la pastourelle de la paroisse, un spectacle populaire mettant en scène divers personnages de la Bible. Un rôle qui lui tient terriblement à cœur et pour lequel il s'entraîne toute l'année afin d'offrir à son public le meilleur de lui-même. Mais, peu de temps avant Noël, le curé de la paroisse décède d'une crise cardiaque au cours d'une petite partie de jambes en l'air avec l'une des bonnes-sœurs. Et voilà qu'un nouveau curé, bien plus spécialisé dans les exorcismes que dans la gestion d'une paroisse, arrive pour remplacer le défunt homme d'Eglise. A la différence de l'ancien curé, le Père Mundo refuse catégoriquement que l'on choisisse bêtement, sans nul vote et comme chaque année, les mêmes personnes pour jouer dans la pastourelle. D'autant plus que cette année a lieu un grand concours qui récompensera le meilleur spectacle d'un voyage balnéaire et d'une somme d'argent conséquente pour la paroisse rattachée à la pastourelle vainqueur. Et ce que redoutait Jesus Juarez arriva : le rôle du Diable n'est plus pour lui cette année et a été donné à l'un de ses amis. Mais notre agent de police n'a pas dit son dernier mot et fera tout pour récupérer ce rôle qui lui a toujours appartenu, même s'il doit utiliser la manière forte…



Jusque là inconnu dans nos contrées, il a fallu attendre principalement la 19ème édition du festival du film fantastique de Gérardmer pour commencer à entendre parler de ce fameux "pastorela". Second film en compétition à être présenté dans la petite ville touristique des Vosges, ce dernier a été réalisé et écrit par un certain Emilio Portes, un cinéaste mexicain de 35 ans dont "pastorela" est le second long-métrage après un certain "conozca la cabeza de Juan Perez", sorti trois ans plus tôt.
A la manière de nombreux films d'Alex De La Iglesia ("le jour de la bête", "mes chers voisins", "balada triste", "le crime farpait"…), le film d'Emilio Portes est un savoureux mélange d'humour noire et de fantastique (même si ce second ingrédient, pourtant important pour que la recette fonctionne, demeure moins présent) comme les hispaniques savent si bien le faire.



Rythmé (que d'action et de courses-poursuites!), drôle et souvent bien décalé, "pastorela" se démarque principalement par cet humour noir et parfois grinçant quasi omniprésent tout au long du film. Irrévérencieux vis-à-vis de l'Eglise, s'amusant des institutions religieuses en les ridiculisant dans des passages parfois excessifs et grand-guignolesques, Emilio Portes n'hésite pas à se moquer sans tabou des personnages religieux de sa fiction qui sont tous pris pour cibles durant les 88 minutes que durent le montage final. Entre le curé foudroyé d'une crise cardiaque lors d'une levrette avec une bonne-sœur en passant par le prêtre exorciste (nous aurons droit d'ailleurs à une scène d'exorcisme déjantée, véritable parodie du film culte de William Friedkin) vulgaire, grossier et vénal qui n'hésiterait pas à en venir aux mains si on l'emmerde de trop, on ne peut s'empêcher de rire devant ce politiquement incorrect! Un côté irrévérencieux d'autant plus osé pour Emilio Portes quand on sait que, malgré toutes les magouilles en tout genre et autres crimes qui ont lieu dans son pays natal, le Mexique demeure très pieux.

Justement, en parlant de magouilles et crimes en tous genres, Emilio Portes ne se moque pas uniquement de la Religion mais livre, avec "pastorela", une critique de la société mexicaine en général. En effet, par le biais de son acteur principal Joaquin Cosio à deux facettes (l'agent de Police dans la vie de tous les jours et le Diable de la pastourelle), le réalisateur s'en donne à cœur joie pour se moquer "gentiment" de l'Eglise d'une part mais aussi des forces de Police et de la corruption qui sévit au Mexique d'autre part (on apprend dans le film que notre cher agent de police assermenté fréquente les voyous de la ville et travaille même avec eux… Salaud!).

Un scénario osé, drôle, souvent non respectueux des institutions et allant parfois vers le grand-guignolesque et le grand n'importe quoi, mais toujours de manière intelligente, raisonnée et maîtrisée (la Police qui, après avoir arrêté et enfermé tous les gens déguisés en diables, se déguise à son tour en anges pour faire régner la Justice! Quelle belle métaphore qu'utilise là Emilio Portes). Certes, certaines scènes un brin farfelues n'ont comme seuls buts de faire rire le public et critiquer tel ou tels organismes ou institutions mais nombreuses bêtises ou débilités mises sous pellicule par notre réalisateur mexicain sont également rattachées à quelque chose de rationnel, de réfléchi. Alors que certains pourront peut-être voir l'œuvre d'Emilio Portes comme "un grand festival de tout et n'importe quoi", d'autres au contraire y verront de nombreux messages et métaphores parsemés par-ci par-là dans le film.



Mais que serait "pastorela" sans ces acteurs? Aucun ne fait défaut au film il faut bien le reconnaitre, à commencer par notre cher Joaquin Cosio sur qui quasi tout le film repose. Dans son rôle de l'agent de police Jesus Juarez (surnommé Chucho), il est tout simplement brillant. Drôle, inventif, fou-fou et parfois carrément sadique, notre cher Jesus ferait n'importe quoi pour s'approprier cette année encore le rôle du Diable (Jésus qui joue le Diable... Encore un exemple des petites subtilités "cachées" dans le film). Car oui, le véritable Diable dans le film, c'est bien lui : comme possédé par cette entité diabolique (qui lui conférera d'ailleurs des supers-pouvoirs par la suite, d'où le côté fantastique de "pastorela"), Chucho va tout faire pour "éliminer" du spectacle de la paroisse son ami ayant eu le rôle du Diable. Et pour avoir ce rôle tant convoité, tout est bon à prendre : magouilles et deals avec des délinquants, idées farfelues et saloperies en tous genres parfois proches du sadisme (il l'enferme dans un coffre, lui balance ses collègues de la Police au cul, engage des voyous pour s'en débarrasser, et corrompt même un médecin pour qu'il le garde à l'hôpital et lui fasse un lavement pour ne pas qu'il puisse aller à la pastourelle…). Du grand délire, un pur défouloir!

Et n'oublions pas également le très bon Carlos Cobos dans le rôle du prêtre exorciste devenu curé de la bonne vieille paroisse de Jesus Juarez! Là aussi, ce personnage du Père Mundo vaut le détour : vulgaire ("va te faire foutre" et autres grossièretés sont monnaie courante chez cet homme d'Eglise), bagarreur et vénal, ce dernier apparait même parfois dans ses agissements aussi pire que l'agent de Police Juarez lui-même (charmant pour un curé…)! Avec Jesus Juarez, c'est un peu une représentation humaine du Bien contre le Mal, des rôles qui vont même s'inverser dans la suite des évènements (mais chut je n'en dis pas plus…).



Petite comédie mêlant humour noire et fantastique, "pastorela" est une réussite. Rythmé, drôle et irrévérencieux, le film d'Emilio Portes gagne à être connu. Véritable défouloir où tous les coups et magouilles semblent être permis dans cette lutte que l'on pourrait qualifier de "Bien contre le Mal", la critique de la société mexicaine est reine ici et on rit de bon cœur devant tant de conneries hautement maîtrisées par le réalisateur.

Si vous aimez le cinéma d'Alex De La Iglesia (notamment "le jour de la bête"), alors laissez-vous tenter par ce "pastorela" qui fut, pour moi, une vraie bénédiction lors de mon passage au festival Fantastic'Arts cette année!

Film en compétition au Festival Fantastic'Arts 2012 (19ème édition) à Gérardmer.






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