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Etats-Unis, dans le ghetto de Dayton aux alentours de 2100, Will Salas, modeste ouvrier d'une usine locale, vit avec Rachel, sa mère, qui semble avoir le même âge que lui !? Comment se fait-il ? Eh bien tout simplement parce qu'à cette époque, le temps est devenu la seule unité monétaire universelle, servant à tout acheter et ce, depuis que l'Homme a été génétiquement modifié afin de ne plus vieillir après l'âge de 25 ans. En effet, à partir de cet âge charnière, un compteur intégré à l'avant-bras de chaque être humain vivant sur la planète, et crédité d'une année, se met en marche. On donc peut tout faire avec : régler n'importe quel achat et se faire payer par apposition du bras sur un appareil prévu à cet effet ou tout simplement en touchant un autre avant-bras. Seulement voilà, si le compteur d'un individu tombe à treize zéros, celui-ci meurt instantanément. Désormais, il faut gagner du temps pour rester en vie. Alors que les riches, habitant la zone de New Greenwich, sont jeunes pour l'éternité, possèdent de nombreux gardes du corps et accumulent le temps par centaines d'années, les autres, ceux habitant les ghettos, gagnent leur vie tant bien que mal, mendient ou volent les quelques heures qui leur permettront d'échapper à la mort dans un monde où c'est le chacun pour soi qui prime. Mais un jour Will, après avoir sauvé la vie d'Henry Hamilton, "hérite", après le suicide de ce dernier, de cent années à son compteur de vie. Cadeau empoisonné, puisque peu de temps après, les événements de mauvaise fortune s'enchaînent et notre néo-centenaire, accusé injustement de meurtre, doit, après avoir enlevé la fille d'un milliardaire, fuir les gardiens du temps à toutes jambes et trouver un moyen de faire rétablir la vérité. Aura-t-il assez de temps pour y arriver ?



Comme dans la plupart des longs-métrages écrits et réalisés par Andrew Niccol ("Bienvenue à Gattaca", "Simone", "The Truman show"), Time Out passe la société de consommation à la moulinette à travers le prisme de l'anticipation. Avec son dernier film de science-fiction dystopique (récit proposant, au contraire de l'utopie, un futur des plus sombres à la "Brazil"), Niccol propose ici une métaphore ambitieuse sur le temps et l'argent : le temps est devenu de l'argent et la vie ne se résume plus qu'à la quête de cette nouvelle unité monétaire. Dans cette société, seuls les plus riches survivent au détriment des plus pauvres. Le contraste est éclatant entre les nécessiteux vivant au jour le jour dans le ghetto où une semaine fait de quelqu'un une personne riche et la zone huppée de New Greenwich, où les millionnaires et autres milliardaires devenus quasi "immortels" (car indécemment trop aisés) dépensent des siècles lors de parties de poker dans des casinos prestigieux et roulent en voitures de sport ostentatoires hors de prix. Le film proposant ainsi un discours anticapitaliste criant fait également cruellement résonance avec la crise économique mondiale actuelle. La morale veut que pour que le système tourne, il faut énormément de miséreux qui souffrent pour que des fortunés le deviennent encore plus. Aussi, afin de préserver "l'harmonie" du système en place, l'Etat omniprésent à la Big Brother a mis à disposition (des plus nantis surtout) les gardiens du temps, une sorte de milice spécifique dirigée de main de maître par Raymond Leon, un être impassible et incorruptible. Toutefois, le moindre grain de sable dans cet équilibre et c'est le chaos. Le grain de sable ici, c'est Will Salas, un homme accusé à tort de meurtre, qui prend la fuite avec Sylvia Weis, une otage fille de milliardaire (ironie du sort, puisque son géniteur est l'un des plus gros banquiers du temps !) qui deviendra son alliée dans sa recherche de la vérité et son envie de partager le temps équitablement entre riches et pauvres.

Voilà en gros ce qu'on peut dire sur le fond, qui est assez fourni. Voyons voir maintenant si on peut en dire autant sur la forme, autrement dit la mise en pratique d'un scénario a priori enthousiasmant…

Désolé de vous l'apprendre de cette façon, mais pour la forme, on repassera car la mise en scène n'est pas exempte de reproches et autres ellipses malhabiles. Tout d'abord, l'introduction est pour le moins abrupte : on est catapulté en 2161 à une époque où le temps a remplacé l'argent et est devenu la seule devise mondiale convoitée par tous, s'échangeant ou se distribuant via des compteurs greffés sur le bras. Sur le papier c'est une idée plutôt intéressante qui aurait mérité une mise en place initiale beaucoup plus fouillée afin de mettre le spectateur dans l'ambiance un peu moins brutalement et d'expliquer certains enjeux plus en détail. En effet, tout spectateur lambda normalement constitué est en droit de se demander pourquoi avoir choisi l'âge de 25 ans plutôt qu'un autre ? Quand et comment exactement les Hommes ont-ils décidé d'incorporer à leur avant-bras un compteur de vie lié au temps qui passe ? Qui a pris cette décision pour le moins révolutionnaire ? De plus, on pourrait ajouter que malgré un script d'anticipation plutôt séduisant, Time Out constitue un énième film Hollywoodien dont les rebondissements scénaristiques sont extrêmement mal maitrisés. On en veut pour exemples les plus frappants : les attaques de banques de nos "Bonnie & Clyde" en herbe trop faciles ou encore les apparitions miraculeuses des "méchants" curieusement toujours là au bon moment ! On pourrait également noircir le tableau en parlant de la psychologie des personnages qui est très superficielle. Aucun des protagonistes n'a de réel passé, que ce soit le héros Will ou sa mère Rachel, le milliardaire Philippe Weis ou sa fille Sylvia ou encore Raymond Leon, le chef des gardiens du temps. C'est triste car finalement seul le personnage d'Henry Hamilton semble avoir un background expliquant qui il est. Dommage alors de ne le voir qu'environ 10 minutes à l'écran…
Quant aux scènes supposées apporter un tant soit peu une once d'émotion, je n'oserai en parler par décence et respect envers nos chers lecteurs, je mentionnerai juste celle où Will retrouve sa mère qui a loupé son bus…simplement affligeante !

Cela étant, même si cette œuvre repose sur un scénario fragilement mis en exergue, les acteurs principaux ont un jeu plus que correct. Que ce soit Amanda Seyfried (vue dans "Jennifer's body" et "Le chaperon rouge") en pauvre petite fille riche révoltée, Vincent Kartheiser (les séries "Mad men" et "Angel") en milliardaire ne sachant plus que faire de ses millénaires, Cillian Murphy ("28 jours plus tard", "Inception") en flic imperturbable ou encore le jeune Alex Pettyfer ("Alex Rider : stormbreaker", "Numéro 4") méconnaissable en bad guy insensible, ils sont tous très justes. Quant à Justin Timberlake, il confirme son talent de bon acteur polymorphe en devenir car il est aussi à l'aise dans des rôles comiques ("Bad teacher") que dramatiques ("Alpha dog", "The social network") et donc ici, d'action. Carrière à suivre donc…

Time Out constitue finalement un film d'anticipation assez moyen empruntant çà et là. "Brazil", "1984", "Robin des bois", "Bonnie & Clyde", "The Island" et "Soleil Vert" sont en effet indirectement cités avec plus ou moins de parcimonie et surtout de réussite. C'est dommage car ce long-métrage aurait facilement pu être absolument excellent avec une vingtaine de minutes supplémentaires, si le scénario avait été mieux exploité et la mise en scène plus fouillée. La scénarisation est tout simplement indigne du talent de son auteur/réalisateur. Le fond pourrait effectivement faire des miracles, mais il est trop souvent survolé pour s'attacher au plus simpliste et fait place à des scènes d'action/émotion éculées et maintes fois vues. Certes, les acteurs principaux sont au diapason, Andrew Niccol est relativement efficace derrière la caméra et c'est visuellement impeccable. Mais voilà, une fois la surprise d'un bon scénario passée, le film se perd un peu au bout d'une heure et nous aussi... dommage car il y avait du potentiel avec une telle trame. Time Out donne donc au final l'impression d'être un ersatz de "The Island" en beaucoup moins bien, déjà qu'il était lui-même une contrefaçon corrigée de "Bienvenue à Gattaca"…
Et en plus ils courent tout le temps !








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