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Sam, une jeune infirmière habitant dans la banlieue sud de Londres se fait racketter en soirée par une bande d'ados la délestant de son portefeuille et d'une bague de valeur. Soudain, comme tombée du ciel, une créature hideuse assaille Moses (Moïse en français) le leader du gang qui décide d'occire l'affreuse bestiole, ce qui provoque fortuitement la fuite de l'agressée nocturne. Le travail étant fait, les adolescents décident d'aller exhiber leur trophée à Hi-Hatz, caïd et dealer notoire du block, une barre d'immeubles du quartier où ils habitent tous. Mais c'est à partir de cet événement que notre bande va devoir faire face à une invasion de féroces extraterrestres, ce qui transformera leur cité en véritable terrain de chasse et bientôt leur immeuble en abri de fortune complètement assiégé. Ils devront alors se débrouiller par leurs propres moyens tout en évitant les rafles inopinées des forces de police locales. Survivront-ils à cette nuit d'enfer ?



Attack the block est, avant toute chose, un film référentiel. Le titre rappelle en effet la comédie coréenne "Attack the gas station" dans laquelle quatre petits voyous séquestrent le pompiste d'une station-service. Les plans de rues et autres immeubles filmés la nuit font quant à eux référence à "Les Guerriers de la nuit" de Walter Hill, influence revendiquée par Joe Cornish lui-même. Enfin, le personnage de Moïse a été imaginé comme une évocation de Snake Plissken, le héros interprété par Kurt Russell dans "New York 1997" et "Los Angeles 2013", deux fleurons d'anticipation devenus cultes signés John Carpenter. Mais est-ce suffisant pour faire de ce métrage un film OVNI marquant son époque ? Voyons voir cela de plus près.

Connu principalement Outre-manche pour la série comique cultissime "The Adam and Joe Show" et ses apparitions dans "Shaun of the Dead" puis "Hot Fuzz", le britannique Joe Cornish signe avec Attack the block, son premier long-métrage. Il change de registre et s'attèle ici à l'univers de la science-fiction avec pour intrigue principale une invasion extraterrestre en plein milieu urbain. Mais ce qui fait l'originalité de son film, c'est que l'histoire ne se déroule pas aux Etats-Unis (comme c'est souvent le cas pour ce type de productions) mais dans le sud de Londres, en plein cœur d'une cité HLM pour être plus précis. On y croise un groupe d'adolescents, petites frappes vivotant de menus larcins, de rackets et deals en tous genres qui tombent nez à nez avec une armada d'aliens débarqués sur Terre via des météorites.



Budgété à seulement 9 millions de £ (environs 10 millions d'euros), Attack the block apparaît de prime abord comme une série B limitée, mais très ancrée dans la réalité (vie dans les cités, contrôles des forces de l'ordre, discriminations, trafics divers, distinction des classes sociales, etc.) et dans le Londres d'aujourd'hui. Cela étant, après une analyse plus poussée, le manque de moyens n'est pas flagrant à l'écran, bien au contraire ! Le réalisateur et les producteurs ont été malins puisque le choix des scènes tournées dans la pénombre et la forme des envahisseurs leur ont permis de faire de grosses économies sur les effets spéciaux (des costumes tout simples d'aliens aux dents fluorescentes et puis c'est tout !) qui sont certes peu fréquents mais de qualité, c'est déjà ça ! En revanche, pour ce qui est du discours politique pseudo moralisateur, on repassera. Le film exalte la culture hip-hop (on vole, on fume, on deale en écoutant du rap qui décrédibilise la police) et n'évite pas les clichés surtout lorsqu'il s'essaie à une petite morale policière (tous nos actes ont des conséquences) ou qu'il dépeint de manière peu subtile les différentes classes de la société britannique (les racailles habitent toutes dans des cités, lieux sordides où tout le monde s'habille de façon pittoresque, parle verlan en insultant son prochain, quand il ne le dépouille pas !). A une époque où les gens vont mal à cause de la crise et de l'insécurité touchant les grandes nations européennes (cf. les récentes révoltes de jeunes en Angleterre en août 2011) il serait bien d'éviter toute stigmatisation des banlieues malvenue…



Côté casting, rien de notable à signaler, puisque que c'est une grande première pour les jeunes acteurs John Boyega, Paige Meade, Alex Esmail et Simon Howard, incarnant certains ados du film. Seuls Jumayn Hunter (vu dans "Eden lake") et Nick Frost, fidèle complice de Simon Pegg (dont le récent "Paul") incarnant Hi-Hatz et Ron alias le caïd et son dealer cool, ont un CV avec une expérience cinématographique véritable. Alors certes, faire un film avec des inconnus apporte un cachet d'authenticité, un certain naturel de la part des acteurs. Toutefois, pour capter l'attention du public, il faut un minimum d'empathie, d'identification aux personnages. Et en ce domaine, le bât blesse carrément. Les protagonistes ne sont pas du tout sympathiques, ils sont juste infects et agaçants. On n'a qu'une seule envie en les voyant : qu'ils se fassent bouffer tous tout cru par les bêbêtes intergalactiques en transhumance sur la belle bleue !

En ce qui concerne le score, qui entre nous est très bon, on a à la manœuvre Steven Price, ayant déjà travaillé sur la musique des deuxième et troisième volets de "Le seigneur des anneaux" ainsi que sur celle de "Batman Begins", autrement dit ce n'est pas un manchot. Mais on trouve également des morceaux connus empruntés çà et là. On pense notamment au générique de fin signé Basement Jaxx et surtout au formidable Sound Of Da Police de KRS-One. Mais si, c'est ce tube de hip-hop fabuleux qui fait : "Ouh ouh, that's the sound of da police, ouh ouh that's the sound of da beast", remixé également par Cut Killer chez nous en France !



Alors oui c'est vrai, ce métrage est empli de défauts qu'on mettra sur le dos de la première œuvre, mais il y a deux, trois trucs à sauver quand même. Attack the block est énergique (les scènes d'action s'enchaînent de manière ininterrompue), doté de SFX satisfaisants dans la mesure où Joe Cornish (le réalisateur) nous offre le spectacle d'une SF débridée légèrement gore. Et en cela, on ne peut que le féliciter : il déploie une certaine énergie de sale gosse qu'on ne peut que souligner. Il a du talent, et parvient avec trois fois rien à faire un film qui ressemble à quelque chose. Mais faire passer des racailles au rang de héros sacrificiels était l'erreur du métrage : ce choix était mauvais, on a juste envie de les voir se prendre une bonne raclée et puis c'est tout ! Le discours politique sous-jacent est également lamentable puisque par trop réducteur. Alors pour ton prochain long-métrage Joe, tu travailleras davantage les domaines suivants : évite les personnages superficiels voire caricaturaux et de faire de la philosophie de comptoir sur des thèmes de société sujets à controverses et que tu ne maîtrises pas, ça ne te va pas du tout et vient plomber tout l'ensemble de ton œuvre. Rassure-toi cependant, ton film est sans temps mort, contient de bonnes séquences (voir le final notamment), un bon score et constitue finalement un divertissement simpliste certes, mais relativement efficace quand on n'est pas trop difficile. Alors attention la prochaine fois, car tu seras attendu au tournant !








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