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Javier, orphelin depuis que son père fut tué pendant la Guerre d'Espagne, intègre un cirque pour devenir le clown triste de la troupe, comme le veut la tradition familiale. Il fait la connaissance d'un panel de personnages atypiques, dont la belle Natalia, femme de Sergio, le clown auguste, alcoolique et violent. Mais en tombant sous le charme de la jeune femme, Javier ne se doute pas des ennuis que cette dernière va lui attirer.



Après un "Crime à Oxford" d'excellente facture (si tous les thrillers venus des USA étaient de cette qualité...), mais bien loin de son univers, Alex de la Iglesias revient en quelque sorte à ses amours avec un film que l'on peut considérer comme un film somme de son oeuvre.
Un de ces long-métrages qui nous réconcilient avec un certain type de cinéma , celui de l'outrance, de l'originalité, de l'intelligence, de la démesure et de l'humour noir comme un morceau de charbon.

Le pitch est insensé, la manière de le mettre en images est excessif, déraisonnable, extravagant. Le mélange des genres y culmine à un niveau rarement atteint, drame, humour acide, horreur, une touche de fantastique, un arrière-plan historique. Tout cela se brassant avec la gouleyante virtuosité des meilleurs assemblages de cépages vinicoles.



Par son parti pris même, "Balada Triste" aurait pu être un foutoir dénué de sens, une cacophonie inaudible ; c'est sans compter sur la fougue, quasiment frénétique, de De La Iglesias pour faire accroire à son extravagante histoire.
Quel rythme ! Quelle jubilation !

"Balada Triste" c'est un indubitable amour des petites gens, des moches, des sans-grade, des freaks, de ceux dont la vie semble écrite pour être, de bout en bout, un long chemin de croix. Un terrible besoin de reconnaissance, d'amour, un besoin inexorablement anéanti par la bêtise, l'absence d'empathie des autres. Le réalisateur déroulant son pessimisme habituel en le cachant derrière un cynisme et un humour noir jubilatoire tout aussi habituels dans sa filmographie, mais portés à un échelon supérieur.



Si les références abondent, elles sont passées à la moulinette de la vision du réalisateur. On pense au "Freaks" de Tod Browning, au "Labyrinthe de Pan" par son arrière plan Franquiste, schisme de l'histoire et de la population espagnole dont il semble bien que ce soit encore un passé qui ne passe toujours pas. On pense aussi fortement à un autre frappé du bulbe cinématographique, le dénommé Alejandro Jodorowsky et notamment "Santa Sangre", film se passant aussi dans l'univers du cirque. On pense enfin et surtout que De la Iglesias tutoie une certaine forme de maestria dans son art avec cet oeuvre à nulle autre pareille.

Cependant, à n'en pas douter, "Balada Triste" trouvera ses contradicteurs. Ceux que le style, la pagaille organisée du réalisateur ont déjà dérangés dans ses précédents opus. Ceux là feront certainement grise mine, ils se trouveront confortés dans leur opinion. Trop de tout, de choses survolées, peu de synthétisation de l'action, de l'intrigue et des ellipses plus grosses que des sumotoris atteints d'hypertrophie glandulaire.
Les autres seront, a priori, aux anges et suivront avec délices les pérégrinations des personnages, comme l'on suit l'enterrement d'un vieil ennemi occis par un virus purulent : avec jouissance.



Quand un film parvient à nous tenir en haleine, à nous faire passer par des émotions aussi contradictoires que la joie et la peine, le rire et les pleurs, que la réalisation est maîtrisée, que les acteurs sont excellents, que l'on ne voit pas passer le temps, qu'une fois sortis de la projection on garde des images dans son esprit et son coeur pendant un bon moment. Quand il y a tout cela, c'est que l'on est en présence d'une de ces oeuvres singulières qui marque le cinéphage assoiffé de différences, que l'on est devant un grand film.

M.De la Iglesias, vite un autre !

"Balada triste de trompeta
por un pasado que murio
y que llora
y que gime
como llooooooraaaaa"