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Réalisation
Pedro Almodovar

Scénariste
Pedro Almodovar

Date de sortie
2011

Genre
insolite

Tagline


Cast
Antonio Banderas
Elena Anaya
Blanca Suarez
Jan Cornet
Marisa Paredes


Pays
Espagne

Production


Musique
Alberto Iglesias

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 5.5
(27 votes)
Depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d'une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau : sensible aux caresses, elle constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression, tant externe qu'interne, dont est victime l'organe le plus étendu de notre corps. Pour y parvenir, le chirurgien a recours aux possibilités qu'offre la thérapie cellulaire. Outre les années de recherche et d'expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. Les scrupules ne l'ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s'est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme cobaye…



Depuis le formidable En chair & en Os, on avait apparemment perdu l'Almodóvar de la Movida qui l'avait vu naître : l'ibérique extravagant ayant trouvé sa place dans les rangs Cannois, l'heure ne semblait plus à la folie et à la bousculade, versant dans une tripotée de virées intimistes et féminines. Même son joli La mauvaise éducation semblait être un écho difforme à La loi du désir. Bref, on se trouvait face à un cas de self-conscious qui ravissait les uns et en avait déjà lassé bien d'autres.

Mais voilà que son dernier film, présenté bien entendu à Cannes, ne fait pas plus grand bruit que cela : ironie du sort, tant la promo semble annoncer un film grave et insaisissable (en Espagne, le film est quasiment distribué comme un film d'horreur). Preuve qu'on est jamais à l'ombre d'une surprise.



Il doit être d'ailleurs ô combien difficile de vendre un film tel que La piel que habito, dont il vaut mieux se contenter de l'énigmatique (et malheureusement assez laide) affiche. Car tout le secret est là : La piel que habito est un film tordu, un film de l'inattendu, du bizarre. En voulant vendre le métrage sur ses bases les plus "divertissantes" (comme le honteux trailer anglais qui dévoile les parties les plus importantes de l'intrigue...ce qui ne veut pas dire que le trailer français n'est pas en reste), on en userait une partie de sa teneur ; au hasard d'un film comme Melancholia qui, lui, s'approprie le mécanisme d'une tragédie anticipée.

Il faudra évidemment accepter de se faire trimballer pendant près d'une demi-heure d'un élément à un autre sans élément de réponse, dans une foule de non-dits qui semblent grossir à vue d'oeil : un chirurgien travaillant sur une greffe de de peau révolutionnaire, une belle captive amoureuse, une bonne méfiante. Depuis Attache-Moi (qui abordait également le thème de la séquestration féminine), on avait pas revu Banderas retrouver son ex-réalisateur fétiche, preuve d'un retour aux sources évident, aussi bien pour l'un que pour l'autre. Là où Marisa Parades s'impose en figure incontournable n'ayant plus rien à prouver, Elena Anaya illumine l'écran de la première à la dernière apparition, dans un rôle déchirant, nébuleux, complexe. Julio Medem l'avait déjà sublimé dans ses fantastiques Lucia & le sexe et A Room in Rome, incarnation d'une féminité fraîche et émouvante, et même, bien plus que cela dans le cas présent...



C'est un Almodovar dérangé, violent (les étreintes brûlantes sont constamment interrompues et génèrent plus de mal que de bien) qu'on retrouve aux commandes de ce qui pourrait s'apparenter à un film de genre : on dérive vers le rape and vengeance de manière spectaculaire, sans céder totalement aux codes du genre (la vision de cet ado enchaîné au fond d'une cave suffirait à raviver des souvenirs de torture-porn pas si lointain) ; la sensibilité de l'auteur fait le reste et opère avec radicalité, sans qu'il n'abandonne jamais ses motifs récurrents (l'ambivalence des sexes, les relations hommes/femmes, le viol, l'omniprésence de la mère...).



Le propos renvoi indubitablement au Franju des Yeux sans visage (un chirurgien devenant fou à force de vouloir sauver la "peau" d'une proche), au Vertigo d'Hitchock (la contemplation de l'épouse qui n'est plus mais s'impose à nouveau) et plus loin à l'horreur clinique du Faux Semblants de Cronenberg, où l'organique mène la danse et finit par embuer les esprits. Des renvois subtiles pour un auteur ayant gardé tout son goût pour l'outrance (un homme tigre déchirant sauvagement un body, une partouze forestière troublant à peine le calme nocturne, une Vamp mutante à la Feuillade s'égorgeant dans un salon). Et au delà du plaisir de retrouver un Almodovar inspiré, c'est celui de voir enfin un vrai beau thriller qui prédomine, dont les surprises incessantes ne cessent de provoquer les identités et la chair des protagonistes.








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