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Une somptueuse réception a lieu dans un immense château à l'occasion du mariage de Justine et de Michael. La mariée - qui arrive déjà en retard - semble ne pas être dans un état normal et la soirée ne se déroule pas comme prévue, les invités semblant tous préoccupés chacun par leurs intérêts, ce qui peut sembler cocasse lorsqu'une planète, Melancholia, se rapproche dangereusement de la Terre...



Il faut oublier et laisser de côté la stupide polémique cannoise sur les propos du réalisateur de "Antichrist" et se laisser porter par une œuvre particulièrement aboutie et dont les parties en apparence languissantes ne sont pas de l'ennui, mais concourent à nous plonger dans un film baignant dans une ambiance de fin du monde. Et tant pis si Lars Von Trier grille ses cartouches en nous spoilant son final lors des cinq premières minutes ressemblant à un melting-pot de tableaux et de séquences où les protagonistes (on y voit déjà Justine en robe de mariée) se retrouvent empêtrés dans des ronces et prisonniers d'un Temps qui ne semble plus s'écouler sur le bon tempo. Portée par la musique de Wagner, cette introduction peut dérouter mais résume en quelques images et sons ce qui va suivre. Au détriment du suspense mais ce dernier est placé ailleurs (dans les réactions des différents protagonistes notamment).



Le réalisateur danois scinde ensuite son long-métrage en deux parties représentant les deux sœurs, Justine et Claire. En apparence elles sont très différentes l'une de l'autre. Justine (Kirsten Dunst : "Spider-Man", "Marie-Antoinette") est la plus fragile des deux, passant par des émotions différentes qui la font alterner entre la joie et une mélancolie extrême; et Claire (Charlotte Gainsbourg : "Antichrist") sa grande sœur plus protectrice mais inquiète des dérives de sa cadette. Pourtant leurs images respectives vont s'interchanger lors du deuxième acte.

Mais débutons par la première partie, "Claire", qui explique à elle seule pourquoi Kirsten Dunst a fort justement remporté le prix d'interprétation féminine. Dans un rôle entre la joie, la déprime mais aussi finalement c'est elle qui a le plus le pied dans la réalité du monde car elle se refuse à faire l'autruche et se comporte comme si tout allait bien. On la voit fascinée par l'étrange planète au point d'aller gambader avec sa robe de mariée sur le green, ou de se donner à un inconnu rencontré lors de la réception. Comme si rester entouré par toute une sarabande d'invités ne la concernait pas (ou plus), elle prend son temps allant jusqu'à prendre un long bain. Une manière de dire que tout cela est bien inutile finalement.



Cette première partie comporte un nombre d'acteurs cinq étoiles impressionnants au mètre carré. Une partie chorale (qui détonnera avec celle de "Claire" plus sobre et où le temps glisse plus lentement) où la liesse et la folie participent à une ambiance délétère comme si le mariage en soi était une catastrophe. Un choix pas si innocent que ça de la part du réalisateur ? Les amateurs s'en donneront à cœur joie pour reconnaître des acteurs connus : Charlotte Rampling ("Orca", "Angel Heart","Swimming Pool", "Basic Instinct 2" & John Hurt ("Alien, le huitième passager", "Hellboy", "V pour vendetta") en parents vivant chacun séparément leur vie maritale, Kiefer Sutherland ("L'expérience interdite", "Dark City", "Mirrors") remis visiblement de son long rôle dans "24 heures chrono", Stellan Skarsgard ("Peur Bleue","L'exorciste, au commencement", "Beowulf") et son fils Alexandre Skarsgard (Eric Northman dans la série "True Blood" et prochainement dans le remake des "Chiens de Paille"), Udo Kier ("Chair pour Frankenstein", "Du sang pour Dracula", "Halloween 2007", "La troisième Mère").



Après la fête vient le moment plus calme d'une seconde partie où les rôles s'inversent entre les deux sœurs. Claire plus en osmose avec la Nature sent les choses et a une sorte de prescience de ce qui va arriver comme Cassandre dans la Mythologie grecque, et sait que l'inéluctable doit arriver. Face à elle sa sœur panique de plus en plus pendant que les certitudes scientifiques de son beau-frère s'effritent inexorablement. Étrangement, ce n'est pas la peur qui nous habite mais une sorte de paix intérieure et extérieure (les chevaux eux même cessent de s'agiter) qui nous habite. Claire maîtrise alors bien mieux son destin que sa sœur et le contraste entre la dégringolade de l'une pendant que l'autre se met en harmonie avec le Cosmos est de plus en plus marquant. Jusqu'à un final hypnotique et qui laisse pantois. Comme seule réponse, la salle répondit par un long moment de silence comme frappée de stupéfaction. Melancholia œuvre crépusculaire et poétique est de ses films qui imprègnent le cœur et l'âme des spectateurs prêt à la recevoir. Mais d'autres passeront à côté et peuvent s'y ennuyer.








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