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L'action prend place à Poughkeepsie, une petite ville à une centaine de kilomètres au nord de New York. Là, dans une maison abandonnée, des centaines de bandes vidéo montrant tortures, meurtres et autres atrocités en tous genres sont retrouvées. Celles-ci sont l'œuvre d'un tueur en série filmant lui-même ses méfaits et sévissant dans la région depuis les années 90. Après la découverte par le FBI de ces quelques 240 heures d'enregistrement, le parcours horrifique du tueur fait l'objet d'un documentaire qui comprend des témoignages de divers agents du FBI (enquêteurs, instructeurs, spécialistes médicaux tous azimuts…), des entretiens avec des victimes, leurs proches mais aussi et c'est le plus effroyable, des extraits des bandes filmées par le serial killer himself. Accrochez-vous donc à vos accoudoirs et bienvenue dans l'horreur réelle, vous visionnez The Poughkeepsie tapes



Film fonctionnant sur le même principe que "Cannibal Holocaust" et "Le Projet Blair Witch", deux "mockumentaries" ou "documenteurs" célèbres pour avoir fait croire que certaines scènes réalisées et montrées étaient réelles, The Poughkeepsie tapes est à l'origine d'une véritable polémique à sa sortie en salles sur le territoire américain. Il faut dire que l'équipe de tournage avait dans un premier temps laissé planer le doute sur l'authenticité des vidéos des meurtres dont il est question dans le film en prétendant qu'il s'agissait de véritables documents d'archives. Alors autant dissiper tout de suite tout malentendu : ce long-métrage, malgré les apparences, n'est pas un snuff movie. Il faut dire que la confusion a savamment été entretenue, le film s'inspirant pour partie de Kendall François, un tueur en série avéré, qui aurait commis ses actes près de Poughkeepsie dans l'état de New-York dans les années 1990. Mais celui-ci ne filmait pas ses assassinats, il "aurait juste" entre 1997 et 1998, tué huit prostituées avant d'être arrêté et incarcéré par la police. Il semblerait également que John Erick Dowdle, le réalisateur à qui l'on doit notamment "En quarantaine", le remake américain de "REC", se soit inspiré de plusieurs serial killers pour créer son personnage. Parmi eux on trouve : Edmund Kemper et Ted Bundy, tueurs en série authentiques mais aussi deux couples meurtriers issus de la rubrique des faits divers dont le premier filmait tous ses crimes et le second avait kidnappé une jeune fille de 19 ans pour en faire une esclave durant six années.

Film présenté au Tribeca Film Festival (créé par Robert De Niro afin de célébrer la ville de New-York), The Poughkeepsie tapes est donc un faux documentaire. L'histoire est toute simple et tient en quelques lignes : après avoir découvert des centaines de cassettes vidéo contenant des meurtres, le FBI décide de monter un reportage retraçant le parcours sanglant du serial killer sévissant dans la ville de Poughkeepsie et auteur de ces VHS. Ce reportage, c'est le film que nous visionnons. Tout comme le formidable "C'est arrivé près de chez vous" mais l'humour noir en moins, on assiste aux activités du tueur via certains extraits de ses cassettes (faisant pas mal penser aux vidéos de la chaîne pirate dans "Videodrome" de Cronenberg), entrecoupés par des témoignages et des explications d'individus tels que la mère d'une des victimes, un médecin légiste, des profileurs du FBI et beaucoup d'autres personnages visant à rendre le documentaire le plus crédible et authentique possible. Et ça fonctionne ! Pour qu'une telle entreprise tienne la route, John Erick Dowdle fait appel à un casting de parfaits inconnus (pour l'anecdote, Stacy Chbosky, l'héroïne du film, est aussi la femme du réalisateur), un accompagnement sonore qui alterne entre sons étouffés et caverneux, et l'absence de thèmes (hormis le générique du début assez stressant) allant de paire avec le caractère cru et violent de certaines scènes, une image (celle des films du tueur) crasseuse mais étant en parfaite harmonie avec l'ambiance glauque générale construite par le cinéaste. Du grand œuvre !

Mais pourquoi est-ce si dérangeant ? Premièrement, le tueur est insaisissable ce qui frustre encore plus le spectateur qui le regarde déambuler en toute impunité. Choisissant ses victimes aléatoirement et sans modus operandi défini, il trouble tous les pronostics des profilers, ceux-ci rendant des rapports tous contradictoires. On suit donc l'affaire tantôt par le prisme des interviews de spécialistes et autres témoins collatéraux, tantôt via le point de vue du tueur, grâce à de nombreuses séquences où soit l'assassin arpente les rues, caméra à la main, à la recherche de futures victimes, soit il se livre à de multiples tortures sur les proies qu'il a choisies. Toutefois, au fur et à mesure de l'enquête, nous en saurons un peu plus sur ce tueur. Il se dévoilera progressivement. Ainsi, on passera d'une voix off à un visage masqué surmonté d'un bec d'oiseau (comme ceux de la commedia dell'arte). Mais c'est tout, on n'en saura pas plus, sauf en ce qui concerne son esprit dérangé en contemplant ses actes, tous plus macabres les uns que les autres.

Deuxièmement, le film est complètement malsain. La première victime du film sera d'ailleurs une fillette. Le spectateur est donc prévenu : il ne sera pas moralement ménagé. On ne voit rien du meurtre en lui-même (comme pour une majorité des homicides du long-métrage), tout se déroulant en hors-champ, mais quand même ! Non content de s'attaquer à une gamine d'une huitaine d'années, le meurtrier s'en prendra à d'autres fillettes, mais aussi à des couples, des jeunes femmes de tous âges. Bref il n'est pas sélectif et choisit ses victimes sans logique précise, ce qui fait encore plus froid dans le dos avouons-le !

Troisièmement, le métrage fait montre d'un cynisme absolu. Le serial killer séquestrera notamment pendant des années une de ses victimes qu'il transformera en esclave à qui il fera subir les pires tortures physiques et sévices moraux. Le cynisme est d'ailleurs quasi omniprésent dans le film (cf. la scène où il va témoigner toute sa compassion à la mère d'une de ses victimes ou bien celle où quelqu'un d'autre est pris et exécuté à sa place !).

Pour toutes les raisons précitées, The Poughkeepsie tapes n'est pas un film à mettre devant n'importe quels yeux : il est totalement amoral et sans tabou aucun, tout en étant filmé froidement. La mise en scène, plutôt futée, ne fait pas étalage de scènes gore, la suggestion ou le hors-champ étant la plupart du temps utilisés, ce qui dérangera beaucoup plus. Le réalisateur sait également entretenir la tension, en alternant scènes de meurtres hors écran, interviews de criminologues divers, séances de tortures montrées à l'écran ou bien encore témoignages de proches de victimes, ce qui met mal à l'aise quoi que l'on ait à se mettre sous les yeux. Subtilement, l'ambiance devient lourde et le tueur de plus en plus confiant et entreprenant au fur et à mesure qu'il reste impuni. L'escalade vers la violence va alors crescendo, ce qui est parfois à la limite du supportable.

Aussi captivante et irrégulière soit-elle, la vie du chroniqueur de films d'horreur est parfois envahie par la lassitude devant le trop-plein de navets engloutis qui se suivent et se ressemblent sans qu'on puisse seulement se rappeler du moindre titre. Pesant, rythmé et sans concession, The Poughkeepsie tapes balaie d'un revers de la main toutes les purges insipides ingurgitées jusqu'alors. Cette œuvre atypique nous bouscule sans cesse et nous plonge, grâce à son approche documentaire, dans l'univers d'un tueur sans état d'âme. On ne peut donc sortir indemne d'un tel déferlement de violences aussi bien morales que physiques si bien orchestré. Pour peu qu'on rentre dedans complètement – ce qui fut mon cas – ce long-métrage est un pur OVNI qui ne peut laisser sans réaction. Pour les plus exigeants, il constituera néanmoins un "documenteur" très bien ciselé, même si un léger parfum de déjà-vu pourrait se faire sentir...








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