RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 3.5
(2 votes)
Les parfums exquis qui planent au-dessus de la célèbre Carrie Chan ont plutôt tendance à inhaler le souffre derrière les rideaux de la gloire : amatrice de plaisirs Sm dont les participantes en sortent rarement vivantes, elle est la rivale d'une jolie française en quête d'une vente plus que juteuse ; celle d'un coffret inestimable, renfermant le poison le plus mystérieux et le plus violent de la dynastie chinoise...



On a pu le constater à travers des morceaux de folie filmique tel que "Martyrs", "Rubber", "Enter the void" ou "Amer" : le cinéma mad(e) in France fait tourner les têtes non seulement quand il va s'aventurer dans d'autres contrées (Canada, States et Belgique pour les exemples suscités) mais surtout quand il prend des risques monumentaux, quitte à laisser ses spectateurs sur le bas côté de la pellicule ou à jouer la carte de l'autisme barjo. On ne pourra pas leur reprocher une certaine redondance, au contraire de certains projets purement hexagonaux…



Parce que leur ciboulot a toujours été côté Hong-Kong plutôt que côté France, Julien Carbon et Laurent Courtiaud restent encore accrochés aux buildings hong-kongais : il était temps que l'occasion se présente pour eux d'appliquer leur savoir-faire, quitte à cultiver un sens de l'hybridité qui échappera à bon nombre de spectateurs.
Et parachuter laminuteblondesque Fréderique Bel au milieu d'un thriller baroque qui pique semblait déjà de trop pour certains, nous rappelant ces petites poupées fatales d'un cinéma bis d'un autre temps, celles du temps où les barbies vous crevaient un œil avec leur talon aiguille. En proie chasseuse mi-Hitchockienne mi-Melvillienne, elle se fond étonnement bien dans la masse.



On se laisse prendre au jeu d'une course au poison qui n'a décidément pas froid aux yeux, exaltant des couleurs et des sensations propres au cinéma de Mario Bava (la traversée d'un couloir garni de mannequins qu'on croirait surgit de "Six femmes pour l'assassin"), aux bandes sexy des sixties, et une imagerie pop et venimeuse comparable à celle des Fu-Manchu et autres Lézard noir. Un décorum de masques et de corps en plastique, de regards qui brillent, d'un saphisme qui ne se dit pas, de manipulation retorses et de sadisme qui se vante.

Elégance devient alors le maître mot d'une réalisation qui a en a oublié les caméras sous ecstasy, qui filme ses actrices et ses scènes de violence avec le même plaisir pervers. D'ailleurs parlons-en de la violence : les premières images annonçaient des débordements graphiques sans pitié, mais le résultat va jusqu'à flâner sous les auspices du torture-porn dans des mises en scènes sophistiquées et ébouriffantes de cruauté. Mais à y voir de plus près (comme le sort réservé au personnage de Bell), il est clair que c'est l'exercice de style qui préfère prendre largement le dessus, laissant son histoire se dérouler hélas un peu artificiellement (dommage pour le souffle tragique).



Prêtresse de la beauté de par le monde, mais prêtresse la souffrance dans ses quartiers intimes, le personnage de Carrie NG est la définition littérale du Sm glamour, celui-là même qui marie Sade à Chanel. Mais attention : quand la demoiselle déploie griffes et vinyle, ça ne rigole plus, et ça fait mal, très mal. On ne dévoilera pas les grands éclairs de violence du film sous peine d'en gâcher la teneur, mais on reste ébahi par la capacité des auteurs à élever le torture-porn vers des cimes inattendues, dévoilant un amour à la fois troublant et épatant pour la douleur qui fascine et le plaisir qui tue. Gageons que même Clive Barker pâlirait à la vue de ces barbaries raffinées.
Les nuits rouges du bourreau de Jade c'est aussi fou et séduisant qu'un Dry Martini préparé entre deux tortures : vous en prendrez bien un verre ?








Du même réalisateur :

LUMIèRE SUR