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Vous ne vous êtes jamais demandé ce qu'il passait par la tête de ces gens qui retitrent un film pour son exploitation en France, et ne trouvent rien de mieux qu'un titre... en anglais !? Dans le cas de Make out with violence (que l'on peut traduire par "Rouler une pelle à la violence" ou "Rouler une pelle avec violence"), non seulement le nouveau titre est toujours en anglais ("Zombie lover"), mais en plus il ne représente absolument pas le contenu du film ; pas plus que l'image choisie pour la jaquette soit dit en passant. Make out with violence dépeint un été dans une banlieue américaine. Un de ces étés où le soleil accroit l'insouciance des lycéens qui s'apprêtent à rentrer à la fac. En somme, un de ces étés qui sont l'immanquable transition entre l'innocente insouciance de l'adolescence et le début de la vie d'adulte. Le film se penche sur une bande d'amis, au sortir du Lycée, qui se retrouve à faire face à la disparition d'une amie proche : la sémillante Wendy Heart. Le deuil se traine en longueur puisqu'aucun corps n'a été retrouvé. Parmi les amis, Carol et Patrick, deux jumeaux accompagnés de leur petit frère (Beetle, le narrateur de l'histoire) s'épaulent tant bien que mal. Patrick est partagé entre son rôle d'ainé responsable, et son amour pour Wendy. Au sortir de la cérémonie funéraire, substitut d'obsèques de la disparue, les amis rentrent chez eux, chacun de leur côté. Mais Carol et Beetle coupent à travers champs pour profiter de la chaleur estivale. C'est là qu'ils découvrent Wendy. Pas tout à fait morte, pas tout à fait vivante.



Ne vous méprenez pas, je trouve ça très positif qu'un éditeur s'intéresse (enfin) à de bons films indépendants. Ca change des pelletés de Torture Porn. Mais vendre une comédie dramatique, légèrement matinée de fantastique comme une série Z potache, il y a de quoi se poser des questions. Car si Make out with violence traite effectivement d'amour, il n'y est JAMAIS question de zombie. Quelques références sont faites aux films de morts vivants, mais cela ne va guère plus loin. Même les spécificités des zombies ne sont qu'effleurées (cannibalisme, perte d'identité, etc.) voire occultées (il n'est pas question d'infection ou de transmission de maladies par morsure, même si les protagonistes prennent bien soin de ne pas se faire mordre). Dans ces conditions, difficile de parler d'un film de zombie, même si l'élément clé de l'intrigue est un mort-vivant au sens littéral du terme.

Il s'agit plutôt d'une comédie dramatique prenant quelques libertés sur la réalité, quitte à aller lorgner sévèrement vers le fantastique pour accroître la pertinence de son propos.



Make out with violence traite donc de la fin de l'adolescence, des amours lycéennes et de la difficulté de faire le deuil de disparus. Une ambition sacrément élevée, tant les films sur la question sont légions, pour le meilleur mais surtout pour le pire.
Avec un budget plus que restreint et une équipe de passionnés, les frères Deagol [1] réussissent leur pari haut la main. Bien que souffrant de quelques longueurs (le film fait malgré tout pas loin de deux heures), Make out with violence reproduit avec une étonnante authenticité, ces fins d'étés où le soleil semble baigner d'insouciance les amours adolescentes. Pour rendre cette ambiance si particulière, un superbe travail a été fait sur la lumière. C'est là que le métrage montre tout le talent de son équipe : il fait voler en éclats la barrière formelle qui sépare les super productions des films indépendants à micro-budget. Un tel professionnalisme permet d'oublier sans problème les quelques faiblesses de rythme du métrage qui sont malgré tout justifiées puisqu'elles illustrent l'oisiveté des protagonistes.



Au-delà de l'image, la plus grande réussite de Make out with violence est sa bande originale. En effet, comment illustrer l'adolescence sans la musique qui l'accompagne continuellement ?
Là encore, la claque est magistrale, et Make out with violence regorge de titres d'une immense qualité (ça change du métal en midi des productions fauchées que j'aime tant). C'est The Non-Commissionned Officers (entre autres) qui se charge d'illustrer musicalement le petit chef d'œuvre des frères Deagol. Le groupe sert un superbe rock alternatif, oscillant entre l'énergie de l'insouciance et la douceur de la mélancolie. Les compositions semblent simples, mais déversent sur le film un flot de sentiments aussi variés que divers, proposant l'illustration parfaite de la fin de l'adolescence : coincé entre deux états, pas tout à fait défini et pas non plus exactement définissable.
(Pour les curieux, une partie de la bande originale signée des Non-Commissionned Officers est disponible sur la page Bandcamp associée).

Vous l'aurez compris (sauf si vous n'avez pas lu ce qui précède, auquel cas il est douteux que vous ne lisiez que cette phrase…) la direction artistique de Make out with violence est d'une rare qualité.



Dès la première vision, Make out with violence m'a totalement conquis. Le malaise qui se dégage de cette bande de jeunes adulescents qui hantent une banlieue tranquille, est complètement palpable. En assaisonnant leur histoire d'une légère pincée de fantastique, les frères Deagol immortalisent toute la complexité de la fin de l'adolescence. La présence d'un jeune narrateur (Beetle, le petit frère), qui apporte un recul naïf mais pertinent aux évènements, ne fait qu'accroitre la portée dramatique du film.

Make out with violence fait donc partie de ces films indépendants immensément touchant, situés à la croisé des genres et donc difficilement "marketable". Pourtant ce serait une grave erreur que de passer à côté en prenant Make out with violence pour une énième comédie avec des zombies.

Un film magnifique à ranger à côté du "Mantra" (malheureusement toujours inédit) de Brian Wimer. Pour que vive le cinéma indépendant !

[1] Les frères Deagol n'est pas le nom d'une fratrie biologique. C'est l'appellation que s'est donné le collectif d'artistes responsable de Make out with violence. De cette façon si l'un d'entre eux réussit, il pourra aisément entrainer tout le collectif dans son sillage. Un procédé qui présente les frères Deagol comme un collectif unis par des liens aussi solides que leur passion pour le septième art.

Disponible en Dvd et Blu-ray chez EMYLIA






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