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Malgré son dynamisme, Cheng Lai-sheung a le regard ailleurs...ou plus exactement sur cet immeuble résidentiel surplombant la mer : une vue exceptionnelle qu'elle s'est jurée de retrouver depuis sa tendre enfance, en hommage à son défunt grand-père. Accumulant les jobs, elle se heurte à une spéculation immobilière impitoyable, qui ne cesse de faire grimper les prix. Son cri de haine va alors prendre la forme d'un carnage méthodique et sans pitié...



Un Cat III comme à la belle époque sur grand écran ? On se demande si l'on pouvait imaginer cela encore aujourd'hui : sexe & violence étaient les mamelles d'un cinéma sans limite, continuation affolante d'un empire cinématographique qui faisait de l'œil au trash au milieu des années 70's. La recette – remise au goût du jour – a un nouveau parfum décidément très alléchant.

Malin, Dream Home puise son concept dans le gigantesque chaos immobilier moderne, celui qui vous loge et vous déloge en un claquement de doigt, et vous picote allégrement le portefeuille : qui n'a jamais eu envie de prendre les armes et d'aller casser la bouche à ceux qui se la coulent douces dans leurs beaux lofts alors que l'on croupit dans un 10 m² ?
Dream Home s'en charge, et bien plus encore...



Loin des psychopathes dégénérés ayant fait les choux gras du Cat III à l'ancienne, Josie Ho se mue en vengeresse impassible mais motivée, plus humaine que n'importe quel psycho en herbe : l'angoisse économique est palpable et l'horreur urbaine s'insinue (l'incroyable générique et ses amoncellements d'immeubles infinis et monstrueux) de malaises en déceptions. Malgré les actes abominables qu'elle commet, le personnage de Cheng Lai-sheung est plus chair que glaçon poisseux ; on participe au massacre, malgré tout.

Primé d'un ours d'or pour son Isabella, Pang Ho-cheung fait preuve d'une grande souplesse stylistique en accordant autant d'importance aux débordements graphiques qu'au discours social et à l'émotion : au milieu de cette orgie de barbaque, des souvenirs refont surface, justifiant et aiguillant l'épopée de l'héroïne avec une nostalgie quelque peu amère. Des ruptures de ton servies avec beaucoup de fluidité, surtout pour un film évoquant tout de même les grandes heures du cinéma gore.




En bon slasher de ville, Dream Home n'y va d'ailleurs pas avec le dos de la cuillère, cultivant l'effroi de la souffrance et la jouissance morbide : une sodomie sauvage et sanguinolente par-ci, un œil écrasé par-là, des tripes à l'air là-bas. Même la sacro sainte femme enceinte y passe, dans le meurtre le plus fou et le plus glaçant du film : et pas question de taper dans le hors-champ !

Le tout est filmé avec un panache (voire l'hallucinant "ballet" où quatre personnages passent l'arme à gauche) se situant quelque part entre Argento et Miike : même la première mise à mort laissera les plus blasés blancs comme des linges.



Pang Ho-cheung, sans doute conscient de l'héritage Cat III, grossit le trait de temps à autre : un personnage masculin aussi réussi que celui du père de Cheng cohabite avec des machos moins reluisants, régulièrement infidèles ou queutards (les indispensables teens fumeurs de weeds qui amplifient l'aspect slasher), sans parler d'une touche paillarde savoureusement gratuite. Dream Home épouse à la perfection le moule du Cat III, ce temple cinématographique de la frénésie et de l'immoralité. On déguste.








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