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Bangkok est le théâtre d'une série de meurtres terrifiants, dont les victimes sont à chaque fois retrouvées dans des valises rouges. La police, impuissante, décide alors d'engager un ex-tueur à gages aujourd'hui emprisonné pour retrouver l'auteur de ces crimes. Entre l'ancien assassin professionnel et le tueur en série, le face-à-face va devenir inévitable…



Si peu de films de genre thaïlandais déboulent dans les bacs de DVD, et encore moins au cinéma, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un des cinémas les plus productifs au monde à l'heure actuelle. Pour rester dans le type de cinéma qui nous intéresse ici, on ne passera pas sous silence les intéressants et parfois remarquables réussites que sont "Alone", "The eye", "Le pensionnat", "Trois histoires de l'au-delà", "Sars Wars", "4Bia" ou encore "Shutter" et son final traumatique.

C'est donc avec intérêt que l'on enfourne le DVD de ce "Slice", dont la réputation de thriller urbain ultra-violent a traversé les continents.
Réalisé par un certain Kongkiat Komesiri co-réalisateur des gores mais pas franchement innovants et totalement gratuits "Art of the devil 2" et "Art of the devil 3", Slice prend place dans la mégalopole capitale Bangkok.
Une série de meurtres ignominieux y sont perpétrés par un serial-killer local. Le modus operandi du fou furieux, vêtu d'une grande cape rouge, étant de démembrer ses victimes, de les émasculer puis de placer ce qui reste des corps dans une valise rouge.
La police piétine et ce n'est que lorsque le fils d'un ministre est retrouvé assassiné que l'inspecteur chargé de l'enquête se tourne vers un voyou travaillant en sous-main pour les poulets locaux qui purge une peine de prison. Ce dernier serait en effet un ex-ami d'enfance de "l'émasculateur de Bangkok" ( il n' y a pas de sots métiers, dit-on ).



Au bout d'une trentaine de minutes marquées par un montage cut, cut, cut typique de la mode actuelle (et franchement assez pénible) mais aussi par une sauvagerie certaine (tout autant à la mode, par ailleurs) avec en ouverture deux meurtres filmés frontalement et sans détours, puis une séquence graphiquement remarquable de tuerie dans une boite de nuit où la partouze semble être érigée en coutume locale. Notre primesautier serial-killer s'en donnant à coeur joie en massacrant tout ce qui bouge à l'intérieur d'autres personnes. Sa cape rouge ondoyante n'étant pas sans rappeler une certaine meurtrière italienne des années 70 issue de l'imagination d'Emilio Miraglia ( "La dame rouge tua sept fois" ).

Au bout d'une trentaine de minutes, l'impression de se retrouver devant une énième variation de "Seven" fait plus que pointer le bout de son nez. Même climat délétère, même ambiance glauque, même sauvagerie dans les meurtres, même police incapable de résoudre les crimes (le talent de David Fincher en moins, c'est une évidence).



Contre toute attente, et de manière heureuse, Slice part alors dans une toute autre direction.
Si l'on assiste forcément au déroulement de l'enquête, déroulement qui bon an mal an, malgré quelques failles scénaristiques et des personnages trop caricaturaux (les policiers sont de sombres crétins, les politiciens sont tous des pourris, quoique finalement en y réfléchissant...) nous approche petit à petit de la vérité au coeur de la mégalopole.
Ce sont les nombreux flash-backs sur l'enfance du traqueur (Tai) et celle du traqué (Nut) qui apporte une touche singulière à Slice.
La dichotomie entre la vie bouillonnante de Bangkok pleine de cris et de fureur et la simplicité de celle de la campagne thaïlandaise saute aux yeux.

C'est dans cette atmosphère, a priori apaisée, que l'on suit le trauma enfantin du pauvre Nut.
Battu et violé par son père, aux soins d'une grand-mère atteinte d'une épouvantable maladie, il semble ne survivre que pour et par l'amitié folle qui le lie à Tai. Une amitié ambivalente du côté de ce dernier, puisqu'il refuse de la montrer aux autres enfants du village organisés en une sorte de gang.



Ils finiront par s'enfuir de leur village, suite à une rixe qui tourne mal, pour rejoindre Bangkok sans le sou ; l'on va être témoin d'une des pratiques les plus repoussantes de cette région du monde. Tai va vendre Nut à un réseau de pédophile à destination de riches blancs venus des pays riches ( bonjour à Frédéric Mitterrand, s'il nous lit) . Ces passages sont durs, crus et sans concessions, même si heureusement, le réalisateur prône la suggestion en évitant ainsi tout voyeurisme de mauvais aloi.

Un mot sur l'obligatoire (?) twist final qui imprègne la quasi-totalité des thrillers violents depuis une grosse décennie. Il s'avère tout à la fois étonnant (même si on risque de le voir arriver dès le milieu du métrage) et peu crédible en soi. Il fait aussi un rapprochement entre homosexualité et pédophilie qui pourra faire crisser quelques dents. Il n'en demeure pas moins perturbant, pathétique et émouvant.



Slice ne manque à l'évidence pas de défauts, notamment dans sa gestion de l'intrigue contemporaine, mais les séquences de l'enfance donnent une plus-value suffisamment salutaire pour sortir le métrage des sentiers balisés. Pas la grosse baffe proclamée ici ou là, mais une oeuvre, parfois singulière, qui devrait largement satisfaire les amateurs du genre.

Disponible chez WILD SIDE






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