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Réalisation
Kim Jee-woon

Scénariste
Park Hoon-Jung

Date de sortie
2010

Genre
tueurs fous

Tagline


Cast
Lee Byung-Hun
Choi Min-sik
Kim Yoon-seok
Oh San-ha
Ho-jin Jeon


Pays
Corée du Sud

Production


Musique
Mowg

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 4.3
(15 votes)
En panne sur route perdue, un joli brin de fille se réconforte comme elle peut au téléphone en attendant la dépanneuse. Tournure tragique : un serial-killer passant par là y trouve son compte et la massacre à coups de marteau avant d'embarquer le corps dans son antre. Quelques heures plus tard, le corps de la belle est retrouvé en morceau, laissant son compagnon Soo-Hyun totalement désemparé. Agent secret expérimenté, il n'ira pas par quatre chemins pour retrouver le psychopathe, déjà à l'affut de nouvelles victimes...



Rien ne pourrait distinguer J'ai rencontré le diable de la vague assez conséquente de thrillers coréens pullulant depuis la dernière décennie, partagée entre psycho-killers de tous poils et films de vengeance implacables. Si le langage cinématographique ne semble avoir aucun secret pour ces produits de plus en plus répandus, on pourrait craindre une certaine redondance.

Ayant déjà participé au courant avec son A Bittersweet Life, Kim Jee-Woon ne semble pas avoir fini de nous étonner après un western parodique de haute volée : inutile de dire que son regard sur la vengeance allait sortir tout naturellement de l'ordinaire.



Première alerte et pas des moindres : les foudres avec la censure coréenne. Plutôt étonnant vu la violence déjà prégnante des thrillers ayant précédé J'ai rencontré le diable, de "Old Boy" en passant par "La sixième victime" : Kim Jee-Woon devra sucrer plusieurs fois son film sous peine de le voir interdit de diffusion au cinéma, évinçant une petite poignée de minutes (les sources révèlent cinq à sept minutes). En attendant de découvrir ce director's cut, le résultat reste déjà particulièrement corsé !

Avec cet autre revival du film de vigilante et de vengeance, J'ai rencontré le diable se pose à peine en héritier novateur ; tout réside dans la fameuse tirade de Nietzsche "Si tu regardes au fond de l'abîme, l'abîme aussi regarde au fond de toi" résumant à la perfection la spirale meurtrière dans lequel le vengeur se retrouve englouti. Déjà vu, déjà fait, nous dira-t-on.

Du haut de ses 2h20 (!!), J'ai rencontré le diable inquiète franchement : dès la première demi-heure, le héros supprime déjà les suspects gênants au titre de tueur de l'année, et s'empare de sa bête noire en peu de temps ; comment meubler tout ce qui va suivre sans tomber dans le syndrome de l'étirement artificiel et vain ? En y apportant, non sans sadisme, un nouveau genre de jeu du chat et de la souris, où le vengeur ne se contente pas d'annihiler définitivement le psychopathe, mais de prendre le contrôle de sa quête sanguinaire, en allant jusqu'à le suivre à la trace. Et faire souffrir, sans cesse, sournoisement, violemment, sans remord. Mais Soo-Hyun, malgré les avertissements de ses proches, sait-il vraiment qui il traque ?



Déjà époustouflant dans "Old Boy" et "Lady Vengeance" (où il était déjà le bouc-émissaire de ses victimes), Choi Min-Sik affiche une mine débonnaire trompeuse, rapidement ravagé par des spasmes de douleurs, burinée par une rage incompréhensible et démente : peu désiré de ces demoiselles il en tire une agressivité et une libido incontrôlable, faisant de lui le croisement de Frank Zito et du Anthony Wong période Herman-Yau, dont il semble parfois être le sosie parfait le temps de quelques plans. Plus maléfique que pathétique au fil de cette course poursuite où on brise la chair autant qu'on l'a remodèle...pour à nouveau la déchirer.
Cette "course à la souffrance" a quelque chose du cartoon pour adultes dans ses aspects les plus élastiques et les plus excessifs : combats dantesques et mutilations à gogo (joue crevée par un tournevis, mâchoire brisée, tête fracassée, tendon d'Achille déchiqueté...) pour un jeu interdit où le sadisme se refile comme un ballon, jusqu'à l'irréparable. Il y a quelque chose de jouissif et de proprement vertigineux à devenir le témoin de cet échange dégénéré : l'effet d'un sourire qui vous déchire les lèvres.



Il semble que la Corée dépeinte tout au long du métrage git elle aussi dans la même flaque de sang que les victimes de l'effroyable Kyung-Chul : lors d'une séquence affolante, celui-ci croise en effet "la concurrence" (on n'en dira pas plus), aboutissant au travelling circulaire le plus sauvage jamais vu encore. Et les amis proches du dément ne sont pas mieux lotis, dégustant quelques plâtrées de chair humaine dans un manoir forestier. Un regard assez peu touristique...
Barbare et haletant, J'ai rencontré le diable fait plus office de coup de rasoir que de coup de poing, achevant sa course folle dans un épilogue impitoyable, qui résume en un plan toute l'abîme de douleur et la détresse d'un homme perdu à jamais. Et le spectateur avec.








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