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Un groupe d'étudiants se décide à faire l'étude de la peur. Pour ce faire, il prend comme objets d'études leurs petits camarades qui doivent divulguer leurs peurs les plus profondes. Mais le risque n'est-il pas de faire remonter à la surface des névroses enfouies ?



L'univers de Clive Barker est particulièrement hors norme mais dans le bon sens du terme puisqu'on y retrouve tout un univers peuplé de freaks, que ce soit des créatures infernales (les Cénobites d' "Hellraiser", les monstres de "Cabal" ou encore le mythe urbain représenté par "Candyman"). Un univers bien moins lisse que celui de son concurrent direct au rayon littérature d'épouvante contemporaine, Stephen King. Ce qui explique que si les œuvres de l'écrivain du Maine ont été souvent adaptées au cinéma ou au format télévisuel, les écrits de Barker ont suscité moins d'engouement. Barker lui même s'était retiré de l'univers du cinéma depuis les démêlés engendrés par le pourtant excellent "Le maître des illusions" sur lequel la censure s'était abattue. Il faudra plus d'une décennie pour que Barker sorte de sa retraite- non pas en tant que réalisateur- mais de producteur. On assiste actuellement à un retour en force de son univers et il était grand temps lorsqu'on voit des films comme "Midnight meat train" et "Livre de sang" (annoncé en DVD et Blu ray chez Metropolitan en janvier 2011).



Dread (littéralementterreur, redouter) bien que ne comportant pas d'éléments surnaturels stricto sensu va s'appliquer à nous faire pénétrer dans les tréfonds de l'âme humaine. Et
celle-ci est d'une grande noirceur. Tous les thèmes de prédilection de Barker y sont : personnages solitaires et sans attache qui passent à côté des autres sans les remarquer (comme l'avoue Cheryl à Stephen lors de leur premier repas alors que ça fait des années qu'ils fréquentent les mêmes cours), la freak du film en la personne d'Abby [une difformité fait que son corps est recouvert d'une énorme tache de naissance. On remarquera la grande habileté à nous faire passer d'un sentiment de dégoût à celui de la fascination, d'autant plus que lui échoit une étonnante scène torride]. Les personnages dits normaux n'intéressent pas Barker qui leur préfère les marginaux et les paumés.

Et ce n'est pas ce qui manque ici, en plus des personnages principaux, marqués par des traumatismes d'enfance : une famille tuée à coups de hache, un frère tué dans un accident de voiture, et le témoignage le plus émouvant étant celui d'Abby qui dit être restée prisonnière de ses cinq ans quand pour la première fois on lui a fait remarquer sa difformité et que cela n'a jamais cessé depuis...

Parmi les autres handicapés de la vie, on trouve un garçon qui a été emprisonné dans le monde du silence pendant trois ans avant de recouvrer l'audition. La terreur pour lui étant de la reperdre. C'est donc en disséquant les autres et eux-mêmes aussi que Stephen, Quaid, Cheryl et Abby vont se retrouver piégés par leurs peurs. Car, qu'y a-t-il de bon à tenter une catharsis salutaire? Visiblement rien de bon ne peut en sortir selon la vision nihiliste de ce film. Là où notre société conformiste pousse tout un chacun à aller s'asseoir dans les cabinets d'un psy au moindre problème, Dread tente à démontrer la perversité de cet engrenage infernal.



A la réalisation, c'est le premier film d'Anthony DiBlasi, mais qui a dans son CV l'avantage de bien connaître l'univers de Clive Barker puisqu'il a produit ses dernières adaptations. Et, il est assez efficace, composant avec justesse un univers décrépit où même les corps vivants sont déjà objets de mort (Cf. la strip-teaseuse). En cohérence avec son sujet, même les couloirs de l'université sont loin du clinquant de la jeunesse dorée du côté de Beverly Hills. On sera d'autant plus surpris de retrouver devant la caméra des acteurs plus habitués à des productions lisses et qui font ainsi leurs premiers pas dans l'univers de l'horreur- y a un début à tout- : Jackson Rathbone (Jasper dans l'insupportable saga "Twilight"), Shaun Evans ("Cashback"), Laura Donnelly (la série TV "Hex"). Des acteurs auxquels on adhère, ce qui est important pour l'implication du spectateur.



Si le film garde une certaine retenue, l'ambiance se fait de plus en plus décrépite pendant que la folie s'empare de l'un des participants de l'expérience. Dread ne fait pas peur véritablement mais dégage un profond sentiment de malaise surtout lorsqu'on en vient à jouer avec les peurs de certains des participants. La scène de la viande avariée risque d'en rebuter plus d'un. Pas d'échappatoire possible et une fois ouverte la boîte de Pandore, on s'aperçoit que la bête la plus redoutable n'est pas d'origine surnaturelle mais est humaine. Film transgressif sur bien des aspects, Dread peut mettre mal à l'aise et déranger. N'est-ce pas l'un des buts du cinéma d'horreur? Si la réponse est affirmative, alors le pari du film d'Anthony DiBlasi est relevé haut la main.








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