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A Manhattan, Brad Cairn, brillant agent de change et sa femme, Abby, célèbrent la naissance de Lily, leur deuxième enfant, dans leur nouvel appartement luxueux. Sont également de la fête : Hazel, la mère de Brad, Ned Davidoff, le frère d'Abby et accessoirement artiste célèbre, mais aussi Joshua, le premier enfant du couple âgé de neuf ans. Ce dernier, très intelligent et précoce pour son âge, par peur de se sentir délaissé par sa famille, ne voit pas la venue d'une petite sœur d'un très bon œil. Pourtant, c'est à partir de l'événement a priori joyeux que représente l'arrivée d'un nouveau-né, que la vie de famille des Cairn et leur existence de rêve vont peu à peu se fissurer. C'est ainsi que la petite Lily commence à pleurer toutes les nuits de façon inexplicable, qu'Abby nous couve une dépression postnatale monstrueuse, que le chien de la famille vient de rendre l'âme et que des travaux de rénovation dans leur immeuble ne sont pas faits pour arranger les choses ou tout du moins rendre la vie des Cairn plus calme. Afin de s'occuper davantage de ses deux enfants mais aussi pour délester sa femme de ses obligations maternelles le temps qu'elle recouvre tous ses moyens, Brad demande alors quelques jours de congé à son patron. Mais c'est sans compter sur Joshua, qui a d'autres plans en tête…



Joshua est typiquement le film dont je n'attendais pas grand chose. Il est certains soirs comme ça où, avachi dans mon canapé devant une grosse pile de DVD, je me demande ce que je vais bien pouvoir insérer dans mon lecteur, allez avouez, cela vous est déjà arrivé ! Dans ces cas-là, je procède généralement par élimination : "Non, pas celui-là, je ne suis pas d'humeur. Non, celui-ci non plus, il dépasse les deux heures et je me lève tôt demain. Ah non, surtout pas un film en V.O. ce soir, je n'arriverai pas à me concentrer. Ah, celui-là non plus, je ne me sens pas en assez bon état psychologique pour pouvoir le visionner, il va me déprimer. Pouh, celui-ci doit-être fatigant, ce soir il me faut plutôt un film tranquille, voire un petit nanar, je n'ai surtout pas envie de réfléchir !". Mon regard s'arrête finalement sur un DVD en bas de la pile, et à propos duquel je me demandais justement si j'avais bien fait de l'acheter, mais bon, je l'ai eu d'occasion et puis, pour cette soirée, ça devrait bien faire l'affaire. "Allez, hop je me mate Joshua, un film avec un gamin malfaisant, c'est tout à fait ce qu'il me faut !". Un petit métrage avec un morveux dangereux qui persécute son entourage, ça ne se refuse pas ! Il sent à des lieues le petit navet, cet énième "enfant-tueur-movie" auquel je ne demande que de me divertir pendant 1h30. C'est bien à ça que le cinéma sert finalement : nous vider le cerveau en nous sortant de notre quotidien parfois des plus ordinaires ! Et puis qui sait, ça pourrait être une assez bonne surprise ? On ne sait jamais, ça arrive de temps à autre ! Eh bien figurez-vous que Joshua en est une, du moins en ce qui me concerne.

Soyons clair dès le début : le long-métrage de George Ratliff à qui l'on ne doit rien de notable jusqu'alors, n'est pas un pur film d'horreur, enfin pas vraiment, puisqu'il joue avec les genres autant qu'avec les nerfs des spectateurs, remettant systématiquement en question ce qu'ils croient établi. Tantôt film dramatique, tantôt thriller, Joshua se dénoue autour d'un drame passé (lié à Joshua, le fils aîné) et autour d'une tragédie à venir (liée quant à elle à Lily, la petite sœur). Et c'est cette épée de Damoclès que chaque personnage a au-dessus de la tête en permanence qui fait de chaque minute de la première moitié du film un véritable supplice de tension. Celle-ci commence d'ailleurs dès que Joshua, l'enfant prodige, entre en scène…

Aussi, pour mieux comprendre de qui l'on parle, une présentation du lascar susnommé s'impose. Qui est ce rejeton au prénom d'origine hébraïque signifiant "sauvé" ? Joshua Cairn est un petit garçon de neuf ans, surdoué et grand amateur de piano dont il joue à la perfection. La plupart du temps silencieux et calme, il devient inquiétant voire suspect dès lors que sa petite sœur débarque à la maison avec ses parents. En plus de son penchant pour le port de costumes, le chérubin adore faire du mal aux animaux, étriper ses peluches, épier les gens dans l'obscurité (en les filmant parfois au caméscope) et jeter des pierres aux sans-abri. Bref le portrait typique du futur sociopathe ! Mais c'est bien plus subtil que cela. Joshua, aux yeux de son entourage, paraît, bien que spécial, relativement normal et seules la jalousie et sa rivalité avec Lily animent son instabilité, laquelle va s'insinuer au sein de sa vie de famille entre un père essayant de tout faire pour rattraper les errements d'une mère dépressive et une petite sœur jugée envahissante car venue casser l'équilibre du quotidien.

Toutefois, tout ce petit monde ne serait pas sur le point de vaciller si le lieu où se déroule l'action n'avait pas été présenté comme un endroit invivable. En effet, Joshua y voit ou prétend y voir des fantômes (afin d'attirer l'attention de ses parents plutôt focalisés sur la benjamine ?), Abby, sa mère entend ou invente (selon sa dose de médicaments ingurgités ?) des bruits de travaux dans l'appartement du dessus et Lily commence à avoir des crises de larmes toutes les nuits (maladie de nourrisson véritable ou frangin vicieux ?). C'est alors qu'arrive la fameuse scène de cache-cache mettant aux prises la mère et son fils, tandis que le bébé dort dans son berceau sans surveillance. C'est à ce moment précis que la machination se met en place…. et va faire éclater la cellule familiale désunie par la naissance d'un second enfant, tout en dévoilant tour à tour des bribes de son passé et de son futur. En un mot : brillant ! Peut-être même un peu trop, car après cette première moitié formidable de suspense et de scènes stressantes, la seconde partie du film devient un peu longue et les ressorts théâtraux semblent s'essouffler. Dommage.

Pour ce qui est de l'ambiance musicale, celle-ci est superbe et vraiment en accord avec tout le reste. Parfois moderne, elle est très souvent classique avec les morceaux joués par Joshua sur son grand piano et qui font écho à son caractère : glacials mais parfaitement structurés !

Néanmoins, le film ne tiendrait pas la corde sans une direction d'acteurs et un casting aux petits oignons. Dans le rôle du papa qui fait ce qu'il peut pour que la famille n'explose pas telle une cocotte-minute sous pression, Sam Rockwell ("Le guide galactique", "Iron man 2") est magistral. Vera Farmiga ensuite, (qui remettra le couvert dans "Esther" !) est très troublante en mère rongée par la dépression. Les personnages secondaires sont également très bien travaillés et attachants (Celia Weston et Dallas Roberts en tête, incarnant respectivement la mère de Brad et le frère d'Abby) mais il y a surtout Jacob Cogan, l'interprète du petit Joshua. Il se révèle être, à l'instar de son personnage, un acteur surdoué pour un rôle lui demandant une totale absence d'expression tout en se montrant inquiétant et détestable. Un véritable fait d'armes mené de main de maître par un tout jeune acteur. A suivre donc !

Contrairement à d'autres films de genre contemporains, Joshua n'a donc pas besoin de se répandre en effets spéciaux pharamineux, en tripailles et effusions de sang par trop gore pour être efficace et faire froid dans le dos. Le pitch du film est simple mais ingénieux et son idée principale constitue le pire cauchemar de tout parent : que se passerait-il si votre enfant de neuf ans ne vous aimait pas ? Dans une société qui place nos chères têtes blondes sur un piédestal, met en exergue la moindre de leurs potentialités, présente leur innocence sous un jour romantique et qui sacrifie tout pour leur amour inconditionnel, est-ce qu'un parent peut admettre que sa progéniture ne veuille pas de son affection ? Non, cela paraît insensé et pourtant, Joshua, le fils aîné d'une famille aisée américaine qui vient d'avoir un second enfant, est une coquille vidée de toute émotion et le résultat à l'écran fait frissonner. Comme pour Hannibal Lecter, le méchant de l'histoire est un curieux paradoxe : charmant, talentueux, précoce mais incapable d'avoir la moindre once d'empathie pour tout être humain, sauf peut-être pour…à moins que…

On a très souvent entendu par-ci, par-là que Joshua s'apparentait à "La malédiction" et à "Rosemary's baby", pourtant, il se rapprocherait beaucoup plus, de par son côté non surnaturel et la tension psychologique qu'il génère via son inquiétant personnage principal, de "La mauvaise graine", un classique du genre de 1956, qui (tout comme le film objet de cette critique) est encore trop méconnu chez nous, mais ô combien précurseur du genre.

Ainsi, Joshua est magnifiquement réalisé par George Ratliff, un gars qui s'y connaît pour manœuvrer son public en dirigeant le film entre suspense et émotion, pour nous achever par une fin des plus troublantes et suscitant des interrogations. Le tout est magnifié par une photographie très léchée pour laquelle le long-métrage a été récompensé au festival de Sundance en 1997. Les acteurs formidables d'émotion et la musique lancinante sont également au diapason. Seuls bémols (pour rester dans le champ lexical musical) : une première moitié peut-être trop parfaite qui a tendance à rendre la suite un peu longuette et une réputation encore à faire devant trop de films du même genre ayant bénéficié d'une meilleure publicité (on pense notamment à "Esther"). Mais si vous en avez assez des produits formatés made in America, procurez-le vous, il en vaut vraiment la peine, parole de scout !








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