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Sa mission humanitaire dans les Balkans touchant à sa fin, Carole rentre en France par voie terrestre en compagnie de deux co-équipiers. Mais sur le chemin du retour, ils sont attaqués et enlevés par un commando armé. Les motivations de leurs ravisseurs vont se révéler être pires que leurs pires cauchemars...



Avant toute chose, je dois me confesser : le cinéma de genre français de ces dernières années est tout sauf ma tasse de thé. Ni "Frontière(s)", ni "A l'intérieur", ni "Mutants" et encore moins "Lady Blood", entre autres, ne trouvent grâce à mes yeux. Si je concède à quelques uns une certaine efficacité, comme pour "Martyrs" ou le final de "La Horde" le principal reproche que je fais à la plupart de ces films est un manque certain d'originalité et une tendance à s'étouffer sous les références. Aussi, quand "Captifs" est sorti au cinéma, avec en plus son synopsis hyper classique et la mention "inspiré de faits rééls", c'est sans en attendre grand chose que je suis allé le voir. Force est de constater qu'il est parfois bon de ne pas se fier à ses préjugés.

"Captifs" relate donc l'histoire d'un trio, Carole (la magnifique Zoé Félix, bien loin de La Beuze ou de Bienvenue chez les Ch'tis), Samir (Arié Elmaleh, le frêre de...) et Mathias (le très bon Eric Savin), qui va être capturé par un duo de ravisseurs en ex-Yougoslavie. Un sujet extrêmement classique que Yann Gozlan, dont c'est le premier long métrage, va traiter sans jamais nous surprendre...ni nous décevoir. En effet, ce "Captifs", qui porte décidément très bien son nom, ne va jamais chercher à faire autre chose que ce qu'on attend de lui, de façon parfois un peu maladroite mais souvent très efficace. Le film commence en nous présentant un trauma d'enfance subi par Carole, lorsqu'attaquée par un chien, sa meilleure amie meurt sous ses yeux. Un épisode qui aura évidemment son importance dans les épreuves que subira la jeune femme. Après une rapide présentation des trois personnages arrive alors l'enlèvement, alors que le trio a emprunté un chemin annexe afin de contourner un barrage routier. Une scène de capture d'ailleurs particulièrement réussie.

La suite retrace donc la captivité du petit groupe, et va occuper la majorité du film. Enfermés dans des cellules exigües, avec pour seul confort un vieux matelas, les prisonniers se rendent rapidement compte que leurs geôliers souhaitent les garder en vie pour des raisons qui leur sont inconnues. En effet, ils sont nourris et soignés, Mathias, blessé pendant la capture, étant notamment suivi régulièrement par ce qui semble être un médecin. Si les détenus ne comprennent d'abord pas pourquoi ils sont enfermés, envisageant plusieurs hypothèses comme la demande d'une rançon, le spectateur devinera quant à lui assez rapidement les raisons de l'enlèvement, dont je ne dirais rien ici, et c'est avec horreur que les personnages vont le découvrir. D'une manière toujours classique, certains prisonniers réussiront à s'évader, pour une dernière partie placée sous le sceau du survival.

Une des choses les plus marquantes de ce "Captifs", c'est qu'on suit vraiment tout le film, à quelques rares exceptions, à travers le point de vue des prisonniers, et principalement celui de Zoé Félix, dont on partagera également les cauchemars. Comme eux, nous ne verrons donc pendant une grande majorité du film que le couloir de détention et serons soumis à l'emploi du temps aménagé par leurs gardiens. Yann Gozlan laisse d'ailleurs le temps s'écouler et ne se précipite pas, n'hésitant pas à donner un rythme plutôt lent au film sans pour autant faire naître l'ennui. Un procédé qui va permettre de s'attacher aux victimes, ce qui n'était pourtant pas gagné tant ils étaient ternes dans la première partie. Aussi, quand le premier personnage succombe, c'est un peu dans l'indifférence, alors que les événements suivants nous marqueront plus, l'empathie pour les victimes allant grandissant.

On notera d'ailleurs ici un autre très bon point : le film ne cède pas à la mode du torture-porn, et va au contraire nous en donner un minimum au niveau de l'horreur visuelle. Aussi, n'espérez pas voir de tortures sanguinolentes ni de débordements gores, le film ne mise absolument pas là-dessus, et c'est franchement tant mieux. "Captifs" va au contraire privilégier l'ambiance, notamment par le biais d'un élément particulièrement soigné : le son. En effet, à de nombreuses reprises, le film met l'accent sur ce qu'entendent les personnages, allant même jusqu'à nous priver de la vue lors de l'enlèvement, alors que les victimes sont plongées dans une obscurité totale. Une utilisation rendue d'autant plus pertinente que, comme je l'ai dit plus haut, le film adopte le point de vue des prisonniers qui, ne pouvant rien voir au delà de leurs cellules, ne peuvent se fier qu'à leur ouïe pour imaginer ce qui les attend dehors, que ce soient les aboiements des chiens ou le moteur d'un véhicule approchant de leur lieu de détention. D'ailleurs, le film basculera vraiment dans l'horreur à la suite d'une sonnerie de téléphone, qui deviendra dès lors un signal funeste. Enfin, un détail sonore qui a son importance : les personnages français sont enfermés en ex-Yougoslavie, et ne comprennent donc absolument rien de ce que leur disent leurs geôliers, de même que nous puisque Yann Gozlan prend le parti de ne jamais sous-titrer leurs dialogues.

Mais comme je l'ai dit plus haut, le film est parfois maladroit. Evidemment, on reprochera, comme souvent dans ce genre de film, quelques étrangetés dans le comportement des prisonniers. Aussi, lorsqu'ils s'échappent, on s'étonnera de voir que les détenus ne prennent aucune arme alors qu'ils en ont de nombreuses à disposition. De même, certains dialogues sonnent régulièrement faux, la faute à des personnages finalement un peu trop lisses. J'avoue également ne pas avoir trouvé spécialement pertinent le retour régulier au trauma d'enfance du personnage de Carole, ces passages n'apportant finalement pas grand chose à ses réactions.

Ainsi, s'il ne surprend pas, suivant tête baissée son synopsis classique, ce "Captifs" reste pourtant une de mes très bonnes surprises. S'il se contente de nous présenter exactement ce qu'on l'on attend, il le fait de façon remarquable, retraçant cette captivité de façon intelligente en privilégiant l'ambiance sur l'horreur jusqu'à une dernière partie remarquable de tension. Même s'il n'évite pas certains défauts, notamment au niveau scénaristique, voilà un premier long métrage de qualité et, en ce qui me concerne, un des films français de genre les plus intéressants de ces dernières années.








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Assez efficace niveau tension mais...


3

...pas original pour deux sous, la faute à un scénario sans surprise, dommage.