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Réalisation
Willard Huyck

Scénariste
Willard Huyck, Gloria Katz

Date de sortie
1973

Genre
diable et démons

Tagline


Cast
Marianna Hill
Michael Greer
Anitra Ford
Joy Bang
Elisha Cook Jr


Pays
Etats-Unis

Production


Musique
Phillan Bishop

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 5.4
(3 votes)
Une jeune femme répondant au doux nom d'Arletty décide de retourner voir son père qu'elle n'a pas vu depuis longtemps. Celui-ci est un peintre renommé dans la petite ville côtière de Point Dune où réside un grand nombre d'artistes. C'est à la suite d'une lettre bizarre et qui donne à penser que son géniteur n'a plus toute sa raison qu'elle décide du voyage. Juste avant d'entrer en ville, elle s'arrête dans une station-service, là elle assiste à une étrange scène où un noir albinos vide son chargeur sur une cible invisible et où le pompiste lui dit de fuir après avoir jeté un oeil au chargement morbide d'un camion. Arrivée chez son père, elle constate que la maison est déserte et qu'elle est remplie de peintures inquiétantes représentant des personnages au regard vide. Sa rencontre avec un vieil ivrogne aux histoires curieuses, d'un trio composé d'un dandy et de ses deux maîtresses voulant découvrir les secrets de cette petite ville, la lecture effrayante du journal de son père et les rencontres avec des habitants développant une étrange maladie entre cannibalisme et "morts-vivantismes" (c) vont la faire plonger en plein cauchemar...



Il est de ces films qui, sortant presque de nulle part, sont à peine connus d'un petit nombre d'ultra-spécialistes, et qui s'avèrent pourtant être des œuvres remarquables dans leurs domaines spécifiques. A n'en pas douter "Messiah of evil" est une de ces petites pépites du fantastique sorties tout droit des 70's. Jusqu'ici totalement inédit en France (hormis quelques très rares projections dans des festivals), ce long métrage de 1973 a acquis depuis quelques années un statut d'œuvre culte de l'autre côté de l'Atlantique et à sa vision, on comprend rapidement pourquoi.

Il est donc de ces films dont on pressent, dès les premières images, qu'il va être différent des autres et qui accroche le spectateur réceptif à son ambiance, pour ne plus le lâcher jusqu'à ce que le générique de fin s'inscrive sur l'écran noir de nos nuits blanches.

Emporté, non pas par la foule, mais par l'atmosphère, les sons, les images, une lenteur salutaire et une poignée de scènes mémorables faisant grimper la tension de manière tangible, Messiah of evil continue à imprégner la rétine bien après sa vision.



Film d'auteur fantastique renvoyant immanquablement à des oeuvres de la même époque, tel que "Carnival of souls", "Let's scare jessica to death" (autre pellicule scandaleusement inédite en France ) mais aussi certaines oeuvres de Mario Bava, "la nuit des morts-vivants" et qui influencera grandement David Lynch par certains de ses aspects, ainsi que le "Réincarnations" de 1981 . Messiah of evil est en même temps une oeuvre singulière ancrée dans sa volonté Lovecraftienne de faire monter la tension grâce à une indicible présence. Jamais montrée de manière frontale, mais toujours présente en arrière plan, la venue de l'homme en noir sortant des profondeurs de l'océan tout proche pour semer la mort et la destruction, reproduit les concepts de base de la nouvelle "La couleur tombée du ciel", l'arrivée des quelques personnages dans une ville déserte, étrange et soumise à un grand ancien méphitique donne à penser que les auteurs ont lu "Dagon" et qu'ils ont bien fait.

En mettant en valeur des décors sublimes d'étrangetés (ah! ces tableaux !), en magnifiant le cadre par l'utilisation de filtres rouges et bleus à la manière d'un Argento grande époque, d'une pléiade de seconds rôles tous plus inquiétants les uns que les autres et d'un quatuor d'acteurs peu connus, mais néanmoins subtiles dans leurs jeux, une musique au diapason et une bande-son qui en permanence (ou presque) donne à entendre le bruit des vagues de l'océan comme un rappel à ce qui va tôt ou tard en sortir (un peu comme dans "Eraserhead", le bruit des machines en arrière-fond sonore). Du grand art !



A cela s'ajoute au moins deux séquences instantanément mythiques, l'une dans un supermarché et l'autre dans un cinéma où le mot effroi prendra tout son sens.
Le réalisateur parvient à rendre crédible son histoire et l'on se plait à plonger avec lui dans le piège traumatique qui se referme inexorablement sur les protagonistes. En plein onirisme surnaturel, on attend avec eux la venue du mal absolu sous une lune rouge sanguinolente.

Pour la petite histoire, on notera la présence au générique de trois superbes femmes. Marianna Hill que l'on rencontre dans une flopée de séries télévisuelles américaines des années 70, mais aussi en Deanne Corleone dans "Le parrain 2" et dans des deux bisseries horrifiques des années 80 : "Schizoid" et le redoutable "La plage sanglante".
Joy (Gang ?) Bang à la courte carrière, mais que l'on peut admirer dans le film de rock-star drogué "Cisco Pike" en 1972.
Enfin, la féline et splendide Anitra Ford, connue des amateurs de W.I.P. pour son rôle dans "The big bird cage" de Jack Hill (la brune incendiaire au côté de Pam Grier, c'est elle).

Le rôle de Thom est tenu par un certain Michael Greer dont la courte carrière mérite de rester dans l'ombre et ce malgré un visage ressemblant à celui de Dario Argento jeune (si, si). Notons enfin la présence de Elisha Cook Jr, un de ces visages que l'on connaît, mais dont on n'arrive jamais à mettre un nom dessus, malgré sa monumentale filmographie("La nuit de tous les mystères", "Rosemary‘s baby", "La malédiction d'Arkham", "Voodo Island").



Le réalisateur, quant à lui, connaîtra la gloire et la déchéance. Scénariste des films "American graffiti" et "Indiana Jones et le temple maudit", il sera le metteur en scène d'un des plus gros fours de l'histoire du cinéma avec "Howard the duck". Triste sort, sûrement dû à la malédiction de Point Dune, à n'en pas douter.

Tourné pour une somme dérisoire, on parle de 80 000 dollars de l'époque, avec peu de personnages, Messiah of evil procure une délicieuse sensation de mal-être. Macabre jusqu'au bout des ongles, réalisé avec un soin méticuleux, il mérite cent fois de sortir de l'ombre afin que le plus grand nombre puisse goûter aux joies de l'indicible.

Les amateurs de fantastique d'ambiance viscérale seront aux anges, les autres devraient peut-être lâcher un tantinet leurs torture-porn, leurs slashers et leurs films de super-héros pour se laisser tenter. Ouvrez votre esprit, votre coeur et vos oreilles et laissez-vous séduire, ces films-là sont rares !








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