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Bienvenue chez les Hamiltons, une famille composée de David, des jumeaux Wendell et Darlene, ainsi que de Francis. Aux yeux du voisinage, ils figurent de braves jeunes gens a priori bien sous tous rapports qui viennent d'emménager dans une petite bourgade du nord de la Californie, depuis la mort de leurs parents. Si David, l'aîné a pris le rôle du père de substitution, Darlene et Wendell, les deux jumeaux, se montrent de plus en plus agressifs envers les jeunes filles de passage à la maison, alors que Francis filme tout ce beau monde avec le caméscope familial. Rien d'inquiétant jusque là, si ce n'est que d'étranges râles semblent provenir de leur cave…



Dans ce métrage des Butcher Brothers (pseudonyme derrière lequel se cachent Mitchell Altieri et Phil Flores), le ton est vite donné puisque dès le pré-générique, une jeune fille se réveille dans une cave le visage tuméfié et commence à hurler dès lors qu'elle voit quelques crochets suspendus aux murs. Et là, on se dit illico presto qu'on a affaire à un énième torture-porn movie mâtiné de survival, ersatz lointain du trop copié mais jamais égalé "Massacre à la tronçonneuse". Pourtant, passé le générique, on assiste à un tout autre film. On a sous les yeux ni plus ni moins qu'un long-métrage d'auteur brossant le portrait d'une famille singulière, les Hamiltons, trois frères et une sœur vivant ensemble après avoir perdu récemment leurs parents. Et l'on suit tout particulièrement la vie du benjamin Francis, adolescent tourmenté, à travers les films qu'il réalise à l'aide de sa caméra mini DV. Comme bien des ados de son âge, il est mal dans sa peau. Seulement voilà, lui c'est différent, s'il est troublé, c'est à cause du terrible secret pesant au sein de sa famille et qui amène certains de ses membres à kidnapper des jeunes filles, enfermées ensuite dans la cave où ils se passent des choses bien étranges…



Ainsi, passées les premières minutes, l'atmosphère est plantée : l'ambiance est lourde, perverse et aucun écart comique ne sera toléré. Mais voilà, les Butcher Brothers en bons artisans et fans de films de genre qu'ils sont, jouent avec les codes et au lieu de nous montrer pléthore de scènes gore et faire de leur long-métrage un énième torture-porn movie insipide, privilégient l'ellipse et la suggestion, diablement plus énigmatiques et terrifiantes. A l'heure de la surenchère visuelle, ils nous proposent autre chose : un film d'horreur "auteurisant" tourné en DV pour moitié et adoptant la lenteur d'un temps presque réel. Tout ceci confère au film l'aspect d'un journal intime "live", façon "Moi zombie : chronique de la douleur". The Hamiltons, brosse finalement le portrait d'une famille de marginaux et surtout, évoque les difficultés d'identité d'un adolescent tiraillé entre son envie d'émancipation et son attachement à la cellule familiale, pour laquelle il tait d'horribles secrets. Bref, il s'agit là d'un ado presque comme tous les autres en définitive ! Mais celui-ci filme au caméscope sa souffrance à travers sa vie de famille quotidienne afin de faire sa thérapie. Cette mise en abîmes sur un foyer dysfonctionnel, nous montre, par ses nombreuses influences (qui vont de "Massacre à la tronçonneuse" à "Festen", en passant par l'univers de David Lynch), que les Etats-Unis, pays où tout est possible, recèle moult dégénérés et autres déviants que l'on ne voit que dans les films indépendants par peur de "choquer le bourgeois". Ce qui est bien dommage, car cette "Amérique là" existe aussi. Ces marginaux ce sont parfois les voisins parfaits en apparence que l'on trouve dans les petits pavillons uniformisés des bourgades étatsuniennes, ce qui, avouons-le, n'est pas très rassurant !

Petit direct-to-video à micro-budget, The Hamiltons, se voit également doté d'une bande-son plus qu'honorable, faisant ressentir l'impression d'être face à un film d'auteur introspectif façon Gus Van Sant, cinéaste très porté sur les turpitudes adolescentes s'il en est. Ce qui en soit est un sacré gage de qualité, si l'on en juge la carrière et les récompenses de prestige du lascar susmentionné. On notera surtout "What I'm running from" de Pete Johnson qui vient clore le film et qui, à l'instar de la musique finale de "Donnie Darko", est hypnotique tellement elle fait corps avec ce que l'on a à l'écran et restera dans vos têtes longtemps encore après le visionnage.



Pour ce qui est du casting, les acteurs sans être incroyables, jouent relativement juste. Ce ne sont certes pas des amateurs, mais Cory Knauf (également coscénariste et acteur dans "Godspeed", tout comme Joseph McKelheer), Samuel Child (présent dans "Piranha 3D") et Joe Egender cachetonnent dans pas mal de films des Butcher Brothers, (ça ne vous rappelle pas quelqu'un ?), si bien qu'à part ça, il n'y a quand même pas grand-chose d'exceptionnel sur leur carte de visite. C'est ainsi que la plupart font notamment partie du remake de "Week-end de terreur", sorti en 2008 sous le titre "Avril sanglant". Concernant The Hamiltons, on retiendra surtout la performance de Cory Knauf dans la peau de Francis, le jeune homme torturé par les affres de l'adolescence et par ce lourd secret familial qui repose sur ses frêles épaules et dont il aimerait s'affranchir, mais également celle de Mackenzie Firgens, la jumelle Darlene aussi vicieuse que sexy à la fois. Vous adorerez ses jeux sadiques, bande de petits pervers !

Parlons maintenant des choses qui fâchent : les petits bémols de The Hamiltons. Je vous rassure tout de suite, ils ne sont pas légion. On notera juste un ou deux effets de mise en scène faciles, des clichés concernant les personnages (la gothique insupportable et fan de sévices, l'homosexuel refoulé qui n'a toujours pas fait son coming out et l'adolescent mal dans sa peau) et également une fin assez bonne mais un peu attendue quand même si on est un "aficionado" des longs-métrages chroniqués sur Horreur.com.



Ce petit film nous montrant une des faces cachées de l'Amérique, ne cesse de nous mener là où nous ne l'attendons pas. Récompensé dans de nombreux festivals, il a aussi le mérite de proposer quelque chose de différent pour un film de genre, si bien que l'utilisation de la caméra DV lui donne un côté métrage d'auteur. La mise en scène est également convaincante, le jeu d'acteur plutôt soigné, ce qui ne gâche en rien notre plaisir d'autant que celui-ci est sublimé par une musique et une ambiance très "Lynchéennes" que ne renieraient pas tous les amateurs de déviances. Alors on attend de voir la suite prévue pour bientôt par les Butcher Brothers et devant s'intituler : "The Thompsons : The Hamiltons 2". Espérons que l'on n'y perde pas en qualité ! Pour patienter, si vous en avez assez des remakes et autres métrages insipides mâtinés de tortures dont on oublie le titre après visionnage et que vous voulez quelque chose de singulier dans le "Landerneau du film d'horreur", c'est que vous être prêt à rencontrer les Hamiltons, une famille pas tout à fait comme les autres.








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VIOLENT KIND - THE
THOMPSONS - THE