RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 1
(1 vote)
Espagne, les années 70. Anna, une gynécologue réputée accueille Gloria, une belle infirmière célibataire, et sa fille Vicky dans sa maison en échange de l'aide de la jeune femme. En effet, Anna pratique également chez elle, où elle a installé un cabinet privé, et avait besoin d'une infirmière pouvant également joué le rôle de secrétaire les après-midis. C'est ainsi que Gloria et sa fillette s'installent dans la vieille bâtisse d'Anna. Mais ce que la jeune infirmière ignorait jusqu'à présent, c'est que son hôte pratique des avortements illégaux dans son cabinet privé. Rapidement, Gloria participe à ces opérations clandestines jusqu'au jour où cette dernière va à nouveau tomber enceinte… A ce moment, rien ne sera plus comme avant…



Tout le monde connait la fameuse série des "Masters of horror", cette compilation de métrages réalisés par les plus grands maîtres de l'horreur, mais connaissez-vous la série des "Peliculas para no dormir"? Hé bien il s'agit tout simplement de l' "équivalent" ibérique des "masters of horror", une saga de six petits films (seulement) réunissant des réalisateurs espagnols réputés dans le cinéma de genre.
On retrouve donc le prodige Jaume Balaguero (et son très bon "à louer"), le farfelu et génial Alex de la Iglesia ("la chambre du fils"), le grand Narciso Ibanez Serrador ("la faute") mais également Mateo Gil ("spectre"), Enrique Urbizu ("un vrai ami") et enfin Paco Plaza ("conte de Noël").

C'est aujourd'hui le film "la faute" que nous allons rapidement décortiquer. Réalisé par Narciso Ibanez Serrador, l'homme qui a inspiré et suscité l'éveil de nombreux cinéastes espagnols grâce à des films tels que le très bon et culte "quién puede matar a un nino?" (plus connu en France sous le stupide titre "les révoltés de l'an 2000") ou encore "la résidence", "la faute" est un film d'environ une soixantaine de minutes dans lequel notre cinéaste retourne bras tendus au cœur des années 70, sa décennie de gloire.



La première chose qui frappe quand on visionne le film de Narciso Ibanez Serrador, c'est ce manque de gaieté, cette tristesse omniprésente et cette ambiance lourde qui semble peser sur la population et principalement sur les épaules de nos deux héroïnes, Gloria et Anna. N'oublions pas que le réalisateur nous plonge là en pleine Espagne franquiste, période de grands tabous où la vie sociale n'est pas rose tous les jours pour le peuple espagnol.

Sous fond de critique sociale, Narciso Ibanez Serrador veut par le biais de "la faute" revenir sur différents sujets tabous pour cette époque afin de créer une certaine tension et susciter un certain mal-être. Ainsi, dans son métrage, le cinéaste espagnol aborde les thèmes du saphisme mais également celui de l'avortement et les place dans un environnement fragilisé par des contextes sociaux tout d'abord d'origine politique (l'Espagne franquiste et ses tabous) et personnel (la vie parsemée d'embûches de nos deux héroïnes).

On suit en effet la vie peu plaisante et au futur incertain de deux femmes que le destin se fait se rencontrer alors que chacune broyait du noir de son côté.
La première, Gloria, est une jeune maman célibataire qui décide de repartir du bon pied dans la vie avec sa fille, sa seule véritable attache avec le monde qui l'entoure, celle qui lui donne encore l'envie de réussir malgré des difficultés financières bien réelles (élever seule un enfant n'est pas chose facile, d'autant plus quand la jeune femme a vent d'une rumeur de plan social et de possibles licenciements dans l'hôpital où elle travaille).
Face à elle, nous avons Anna, une éminente gynécologue dont beaucoup de femmes souhaiteraient la vie. Et pourtant, derrière cette image de femme aisée, attentionnée, pleine de bonne volonté et de sagesse, se cache une femme terrassée par une vie sentimentale aux nombreuses déceptions amoureuses dues notamment à cette attirance qu'elle a uniquement pour des jeunes femmes peu réceptives à ses avances. Anna tente d' "acheter" ces jeunes femmes en leur offrant un toit, en les aidant financièrement… autant de flatteries et de dépenses finalement vouées à l'échec. Un comportement pathétique de la part d'une femme si sage et si distinguée qui montre bien que l'argent ne fait pas le bonheur (mais y contribue un peu tout de même car son compte en banque lui permet de fréquenter de bien belles jeunes femmes financièrement fragilisées).

Un climat donc des plus larmoyants que nous peint là Narciso Ibanez Serrador et qui nous pousse à croire que nous avons affaire là à un drame social, bien plus qu'à un film d'horreur.



C'est d'ailleurs dans cet aspect trop "critique sociale" que le film "la faute" se noie. Alors qu'un film comme le génial (et culte à mes yeux) "May" de Lucky McKee réussissait à progressivement monter crescendo dans l'horreur, le film de Narciso Ibanez Serrador peine à décoller et se perd dans des dialogues longs et parfois dispensables. Un manque d'action qui rend le film bien longuet (le comble pour ce dernier qui ne dure pourtant que 60 minutes environ!) et pousse le spectateur qui n'aurait vu que ce segment à se demander si le véritable nom de la série espagnole ne serait pas plutôt "Peliculas para dormir"…

Certes, certains éléments perturbant le quotidien de Gloria tentent également d'inquiéter le spectateur (cette fameuse porte qui claque et donne sur l'appartement d'à côté, cette mystérieuse voisine un brin cinglée et semblant vouer sa vie à l'Eglise, ces craquements au grenier…) mais l'horreur ne parvient pas à se faire une place dans les trois premiers quarts du film, la faute à une tension pas assez palpable, une caméra pas assez curieuse (et que l'on aurait à la rigueur préféré voir se promener dans les endroits les plus lugubres de la maison) et, surtout, cette insistance du réalisateur à vouloir constamment revenir sur des dialogues longs et banals entre ses deux héroïnes.

Quand l'aspect horrifique du film semble enfin vouloir se mettre en place (avec la disparition d'un fœtus après un avortement), la tension menée à cet instant retombe illico dans le néant, le réalisateur ne réussissant manifestement pas à nous tenir en haleine plus de 2 minutes devant notre écran (quand on pense au culte "quién puede matar a un nino?" et son ambiance stressante par moments, on se dit que l'on a pas affaire au même homme, c'est impossible…).



En fait, c'est même assez dommage de voir ce résultat au final très décevant tellement il y avait de bonnes idées dans ce petit film. Des personnages inquiétants (notre gynécologue pratiquant des avortements clandestins, l'étrange voisine…), des fausses pistes plutôt bien menées, un contexte idéal pour ancrer cette histoire mêlant drame social et horreur, une belle image (les films de genre espagnols ont souvent une photographie très soignée reconnaissons-le) et une musique douce et sinistre à la fois forment pourtant une liste d'ingrédients qui aurait dû donner une recette des plus réussies…

On regrette surtout que Narciso Ibanez Serrador balance de bonnes idées mais ne les développe pas suffisamment. Deux tabous sont mis en avant pour choquer et provoquer un mal-être dans cette Espagne des années 70 : l'homosexualité et l'avortement. Pour le premier cas, l'homosexualité dans le film se limite à quelques rapides caresses main contre main, à deux-trois bisous sur la joue et à quelques doux sourires : c'est bien peu pour choquer et créer une inquiétude chez le personnage de Gloria. Et pour ce qui est de l'avortement, le spectateur Lambda regrettera peut-être de ne pas voir de scènes plus chocs, tout étant montré hors plan et sous anesthésie de la patiente (nous sommes bien loin du film asiatique "nouvelle cuisine" dans lequel les scènes d'accouchement sont parfois loin d'être softs). Une tension et une horreur graphique pas assez poussées qui pousseront le spectateur à rapidement oublier ce film mineur de Narciso Ibanez Serrador… (Et je ne parle pas de cette fin qui est prévisible plusieurs minutes avant que la vérité ne soit dévoilée…)

Au final, "la faute" n'est pas le segment qui fera la fierté de la série espagnole "Peliculas para no dormir". En fait, la faute c'est Narciso Ibanez Serrador qui l'a commise en étant bien trop ambitieux, en voulant jongler avec bien trop de facteurs sans jamais en développer un seul suffisamment (sauf peut-être l'aspect "drame social" du film…).
Une tension absente, une lenteur bien trop pesante et une fin décevante empêchent le film de se hisser dans les meilleurs segments de la série ("la chambre du fils" d'Alex de la Iglesia et "à louer" de Jaume Balaguero notamment). Autant de bonnes idées gâchées en si peu de temps, c'est vraiment regrettable…