RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 3.9
(14 votes)
Milos est un ancien acteur porno. Il vit une vie banale avec sa femme Maria et son jeune fils Stefan. Cependant, leur situation financière n'est pas au beau fixe. Un jour, une de ses anciennes acolytes dans le milieu du porno lui annonce qu'un certain Vukmir voudrait l'engager pour tourner dans des films X d'un nouveau genre et que pour cela il est prêt à lui donner une fortune qui le mettrait, lui et sa famille, à l'abri du besoin. Cependant, Milos devra accepter dans son contrat une clause ne lui permettant pas de savoir ce qu'il va tourner avant d'être sur le plateau. Ne connaissant donc rien du scénario, il va être embarqué dans ce que Vukmir nomme le snuff-movie artistique.



Bien difficile et délicat de chroniquer un tel film tant il s'aventure dans des domaines extrêmes qui caractérisent une des tendances du cinéma d'horreur actuelle. Toujours plus loin dans ce qui semble non montrable sur un écran, toujours plus loin dans le déviant, le glauque et le sulfureux. Repoussant dans une poignée de scènes un des tabous les plus prégnant de notre société, A Serbian Film est un long-métrage qui heurtera violemment la morale de la plupart des gens, il a été fait pour cela. La question de savoir, si ou non, cela peut se justifier par une démarche artistique ou si cela s'avère d'une quelconque manière nécessaire, ce sera à chacun d'en juger.
Si, à l'évidence, il existe des films underground bien plus éprouvants que celui-ci, la qualité technique de ce dernier renforce ô combien la portée des images et de sons que l'on imposent aux spectateurs.
L'auteur de ces lignes n'a pas pour mission de se transformer en censeur, en moralisateur ou en donneur de leçons, mais que le lecteur putatif sache tout de même que deux des séquences du film lui resteront longtemps en travers de la gorge, alors qu'en matière de film extrême il en a pourtant vu d'autres.

Si le cinéma "respectable" s'est parfois penché sur le délicat sujet du snuff-movie, avec notamment des oeuvres comme "Hardcore" en 1979, "Tésis" en 1996, "Motel" en 2007 et bien entendu le chef d'oeuvre de la nouvelle chaire Cronenbergienne "Vidéodrome" en 1983, c'est surtout du côté du cinéma indépendant, fauché et d'une qualité technique toute relative que l'on peut trouver le sujet du snuff traité de manière frontale avec tout ce que cela implique de graveleux et de morbide. De manière non exhaustive, on peut citer certains opus de la série japonaises des "Guinéa Pig", la saga des "August underground" de l'américain Fred Vogel, "Ostermontag" de l'allemand d'Heiko Fipper, "Snuff 102" de l'argentin Mariano Peralta ou "I love snuff" du français Jean-Louis Costes.



La grosse différence entre ces métrages et A Serbian Film se situe dans la qualité technique évidente de ce dernier. La réalisation est carrée, les acteurs excellents, le montage est structuré et pensé, la musique "métallique" est en adéquation avec les images. L'intrigue en elle-même fait graduellement monter la pression et arrive à rendre chaque nouvelle scène choc encore pire que la précédente. L'impression d'être en présence d'une histoire proche de la réalité est pour le moins déstabilisant. Une plongée dans les pires tréfonds de l'âme humaine impeccablement réussit, pas de doute là-dessus.

Mais puisque ce film est définitivement hors norme, cette chronique le sera aussi. Une fois n'étant pas coutume, on va s'ingénier ici, et donc à spoiler, quelques-unes des séquences que va devoir tourner notre sympathique ex star du porno. Prenez une feuille et un stylo ou alors ouvrez votre BlackBerry et notez :
La toute première scène que propose le long-métrage donne d'ailleurs le ton. Un passage particulièrement malsain où l'on voit un enfant en train de regarder un film X, mettant apparemment en scène son propre père culbutant férocement, dans une rue sombre, une blonde à forte poitrine. Ce ne sera que la mise en bouche, si l'on ose dire.
Par la suite, Milos aura la bonne grâce de recevoir une fellation d'une madame, tout en ayant l'obligation de regarder les images d'une fillette mangeant une glace (bonjour le symbolisme !).
Puis, une autre fellation plus pénible pour notre Milos, avec morsure du pénis, le tout s'achevant par une éjaculation faciale en gros plan sur une pauvre femme que l'on force à cette pratique.
In petto, on assiste à une sodomie que l'on qualifiera de "à sec" sur une femelle attachée sur un lit sordide, suivi de la décapitation de celle-ci, alors que le monsieur continue encore et encore son ouvrage.
Enfin, un "deep-throat" tellement profond que la victime mourra étouffée, les dents de cette dernière ayant été auparavant opportunément arrachées avec une pince afin d'éviter toutes morsures intempestives.



Et puis surtout, deux scènes qui frisent (et peut-être même plus) l'ignominie et la pédophilie avec la sodomie (hors champs et heureusement ! sic !) d'un nouveau né à peine arraché du ventre maternelle, la maman a d'ailleurs l'air d'être très contente de "donner" ainsi son bébé en trophée à un homme qui apparaît comme un héros de guerre…sans commentaire.
Et enfin, une autre sodomie (décidemment !) pratiquée par le père Milos sur son fils, pendant que son meilleur ami besogne sa femme juste à côté. Cela aussi est hors champ mais on peut vous assurer que la séquence fait très mal et provoque la nausée, ne serait-ce que par la force de la réalisation couplée à une bande son stridente. Si cela n'est pas le cas, on pourra utilement vous conseiller de consulter…


"La violence montrée à l'écran est nécessaire pour traduire l'histoire du pays et les troubles qu'il traverse.". Le directeur de Film Serbia Center.
"Ce film est dérangeant, il comporte des scènes chocs difficilement soutenables. Mais il faut remettre cela dans le contexte. Il s'agit d'une métaphore, celle de la Serbie et de son peuple face aux événements tragiques qui l'ont récemment déchiré
Nous ne voulions pas provoquer pour provoquer, nous voulions juste mesurer notre liberté en allant le plus loin possible" dixit le réalisateur.



Etonnament produit par l'Etat Serbe lui-même, par le biais du pendant français du CNC, le Film Serbia Center, et nanti d'un budget plus que correct pour ce genre de productions, on a la désagréable sensation que les auteurs tentent de justifier leurs forfaits par une avalanche de déclarations plus ou moins intellectuelles que l'on ressent difficilement à l'écran.
Que l'oeuvre soit sans concessions, on ne peut le nier, que cela soit une métaphore de la situation du peuple Serbe, on peut sérieusement en douter. Les Serbes ont certes vécus des années épouvantables, mais ils sont aussi (du moins leurs dirigeants) les principaux responsables de la guerre dans les Balkans et de la mise hors-jeu diplomatique de leur pays.
Les auteurs auraient pu faire de leur film une mise en abîme de la psyché serbe, entre regrets, douleurs et remise en question du passé. Ils ne l'ont apparemment pas voulus. Les interrogations sociales et politiques que cela aurait pu engendrer sont noyées dans une provocation frontale qui frise à certains moments le mensonge intellectuel. N'est pas Pasolini qui veut.

En l'état et si l'on fait abstraction de la soi-disante allégorie qui sous tendrait le long-métrage, ainsi que des deux séquences nauséabondes décrites ci-dessus, A Serbian Film est une œuvre déviante, énergique, éminemment forte et ce jusqu'à l'outrance. Extrême ? Sans aucun doute. Extrémiste ? On pourra se poser la question.








Du même réalisateur :