RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 3.6
(21 votes)
L'action prend lieu et place en Allemagne, à notre époque. Là, le Docteur Heiter, professionnel émérite de la chirurgie séparatrice des siamois, décide de faire évoluer sa spécialité en suturant des êtres vivants entre eux. Il débute d'abord avec des rottweilers, mais l'expérience étant un fiasco car se soldant par la mort des molosses, le médecin se tourne vers des sujets de premier choix : les hommes. Son objectif final : créer un mille-pattes humain (d'où le "Human centipede" du titre) avec un seul système digestif. Comment ? En effectuant une intervention chirurgicale périlleuse sur trois personnes en cousant la bouche de l'une sur l'anus de la précédente et ce, deux fois de suite. Pour mener à bien son projet morbide, le Docteur Heiter erre dans des lieux déserts, carabine chargée de tranquillisants à la main, à la recherche de cobayes involontaires. Mais il n'est pas chose aisée que de trouver des sujets compatibles entre eux. Sa chance arrivera néanmoins lorsque toqueront à sa porte, Lindsay et Jenny, deux jeunes américaines voyageant à travers l'Europe et s'étant malheureusement égarées en allant en boîte de nuit…



Comment une idée aussi déjantée a pu germer dans l'esprit de quelqu'un (d'ailleurs entre nous ce quelqu'un doit être sacrément frappadingue !) ? Comment encore une fois a-t-on pu mettre ce fantasme de cinéphile pervers sur pellicule ? Eh bien la genèse du film est partie d'une simple blague de son réalisateur Tom Six, qui n'hésitait pas à dire à ses amis que les pédophiles devraient avoir la bouche cousue au cul de gros camionneurs comme suprême châtiment ! Le bougre ajoutait même, lors de discussions enflammées qu'on imagine sûrement avinées, que l'on devrait suturer la bouche des politiciens à leur anus comme ça ils pourraient avaler leur propre merde toute la journée ! Une fois les boutades lancées, ses potes ont tous eu la même réaction: c'est tellement dément et répugnant que ça ferait une super idée de film d'horreur ! Il n'en faut pas plus pour que notre ami Tom, jeune réalisateur hollandais de son état n'ayant pas fait grand-chose jusque-là, se jette corps et âme dans ce projet insensé. Dans un premier temps, il s'est d'abord demandé comment il était possible de représenter cette forme d'avilissement au cinéma. Rapidement, l'idée d'un "mille-pattes humain" engendré par un chirurgien dégénéré lui vint à l'esprit. Il suffit pour cela de prendre trois cobayes, de coudre ensuite l'anus de la première personne à la bouche de la deuxième et l'anus de la seconde à la bouche de la troisième, afin de réunir les trois tubes digestifs en un seul. Il se demande dans un second temps, si l'expérience peut réellement être accomplie, chirurgicalement parlant. Afin de tester la viabilité de cette opération, Tom Six a demandé conseil à un spécialiste qui lui a confirmé que c'était totalement faisable. Le film pouvait donc être réalisé, il ne restait plus qu'à peaufiner la trame, planter le décorum et présenter les protagonistes.

Côté script, c'est très simple et tout a déjà été dit précédemment. Il n'y a pas vraiment d'intrigue alambiquée, tout est assez linéaire et aucune réelle explication quant aux motivations du médecin fou n'est donnée, ce qui renforce son côté inquiétant. Tout juste nous noterons que Tom Six a eu l'idée de l'opération chirurgicale en se documentant sur lds expérimentations contre-nature menées par les nazis sur les juifs et celles commises par les Japonais pendant la guerre sino-japonaise, le Docteur Heiter semblant d'ailleurs être un ancien SS. De même, les trois personnages qui composent le mille-pattes ne sont pas présentés plus que ça mais sont juste bonnement enlevés et/ou séquestrés et un seul peut parler mais en japonais, ce qui lui donne un aspect on ne peut plus tordu et empêche l'empathie !

Pour les décors maintenant, on a bien évidemment le sempiternel laboratoire secret situé dans le sous-sol de la maison, ce dernier allant généralement de paire avec le savant fou. La demeure, quant à elle, est vraiment gigantesque (avec jardin et piscine intérieure), immaculée avec une dominante de blanc, lui conférant un style très Feng Shui alors qu'à l'intérieur il s'y passe des choses horribles. Sacré contraste ! Elle constituera pour les trois quarts du métrage, le lieu principal, donnant alors au film un aspect propre aux huis-clos.

Mais rendons maintenant un vif hommage aux acteurs du film. Etre prêts à être aussi proches et ce, de manière si intime, relève franchement du sacerdoce si bien que tous les composants du mille-pattes devraient recevoir un Oscar pour leur performance, notamment Ashley C. Williams, qui occupe la pire place : celle du milieu ! Celle-ci a quand même sa bouche suturée à un anus alors que le sien est cousu à la bouche d'une tierce personne ! Quant au chirurgien aliéné, interprété par Dieter Laser, modeste acteur teuton, on peut dire qu'il ne ménage pas ses efforts pour rendre son personnage plus que crédible. Grâce à lui, que ce soit par sa mine sinistre de vieux nazi SS, son regard pénétrant ou bien encore ses expressions et réactions plus qu'inquiétantes, le film gagne une dose supplémentaire d'ambiguïté. Sérieusement, parfois j'ai vraiment cru que ce mec voulait créer un "mille-pattes humain" ! Certes, d'aucuns pourraient reprocher au cinéaste de ne pas avoir plus fouillé la psychologie de ce personnage en donnant très peu d'informations sur son background, mais c'est justement ce qui fait la force de ce psychopathe qui tel un démiurge distant par rapport à la douleur de ses victimes, s'amuse avec les corps humains pour son plaisir personnel. Comme dans "Salò ou les 120 journées de Sodome", mettant en images la dégradation de l'homme par l'homme, The human centipede (First sequence) est la représentation du sadisme à l'état pur d'un savant fou exploitant son phénomène de foire dans son salon !

La force du métrage, c'est que de manière clinique, Tom Six pose les jalons de son chef-d'œuvre d'abjection pièce par pièce. Il commence par jouer avec les nerfs des trois futures victimes (ce qui ne va pas sans rappeler le cinéma de Haneke, dans "Funny games" notamment) qu'il nous présente vaguement, il nous explique ensuite le principe de cette opération difficile à travers la bouche du chirurgien (grosso modo il va couper les nerfs des jambes de ses sujets pour qu'ils ne puissent pas marcher et surtout coudre l'anus du premier à la bouche du deuxième et l'anus de ce dernier à la bouche d'un troisième) et savoure ensuite à voir vadrouiller sa création dans son living ou bien dans son jardin. C'est sûr, ce n'est pas très ragoûtant, c'est même plutôt inquiétant et tordu. Toutefois, le tour de force de notre compère Tom est de ne pas tomber dans la facilité. Plutôt que de nous montrer des atrocités chirurgicales en gros plan pendant une heure et demie, il sait ménager la tension efficacement pendant une première partie avant de passer à la vitesse supérieure par la suite. Le métrage sert juste à nous troubler, nous faire nous sentir mal à l'aise. Et juste une scène de coprophagie (pratique consistant, pour un animal, ou un homme, à se nourrir des excréments des autres animaux) très suggérée viendra effleurer nos pupilles. Cependant Dieu merci, tout plan montrant de la matière fécale a été évité. Ce qui ne sera apparemment pas le cas de la séquelle "The human centipede II (Full sequence)", devant être plus graphique et supposée montrer une chaîne de quinze victimes dont les bouches sont cousues aux arrière-trains des autres ! Il paraîtrait même que Six compte faire une trilogie, mais attendons de voir…

Et la musique dans tout ça ? Eh bien figurez-vous que pendant le visionnage, je n'avais même pas remarqué qu'il y en avait, néanmoins en vérifiant le générique, j'ai vu que Patrick Savage & Holeg Spies (qui sont pour vous comme pour moi deux parfaits inconnus) étaient crédités à la musique. Alors bon, que penser de tout ça ? Tout simplement qu'ici, ce n'est pas ce qui prime et que l'ambiance n'a pas besoin d'un score sophistiqué pour pouvoir être posée et nous tenir en haleine.

Alors certes, le film est rempli de clichés (le savant fou nazi qui opère dans son labo secret, les filles perdues qui ne frappent pas à la bonne porte…) et très peu d'atrocités sont montrées à l'écran ce qui peut être très frustrant pour certains, mais l'idée principale du scénario est tellement novatrice, le suspense tellement bien ménagé, et surtout le métrage est sans morale et complaisance, autrement dit il ne nous prend pas pour des cruches influençables, qu'il contient tous les atouts pour devenir culte. Et je ne vous parlerai pas de la fin qui, même si elle n'a rien d'original, fait froid dans le dos et donne tout son sens au mot "solitude"…
Avec The human centipede (First sequence), Tom Six a rempli la gageure de faire de son film avec une idée de malade, un métrage novateur et extrêmement perturbant s'inscrivant tout droit dans la lignée des Cronenberg, Stuart Gordon et autres Brian Yuzna, amoureux de la chair s'il en est. Auraient-ils fait mieux ? Rien n'est moins sûr. En tout cas, j'attends la suite avec impatience même si j'ai un peu peur de la surenchère !