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En terminale dans un lycée parisien, Sid, un ado fan de heavy-metal et de skate est loin d'être la star de son bahut. Maltraité par Virgile et sa bande, il aimerait conquérir le cœur de la belle Angie, fraîchement débarquée de New York. Il passe ainsi le plus clair de son temps avec Pierre, son ami d'enfance, aussi looser et maladroit avec les filles que lui, à la boutique des skateurs branchés au vendeur antipathique et au fastfood dans lequel il travaille sous le joug d'un patron esclavagiste. Seulement voilà, un beau jour, le téléphone portable dont il a fait l'acquisition dans un curieux bazar chinois, se révèle avoir d'étranges prédispositions lui permettant de modifier son quotidien. Toutefois, le cellulaire devient progressivement incontrôlable et les crimes en tous genres s'amoncellent autour de Sid ayant de plus en plus de mal à s'en séparer. Son amitié avec Pierre et son amour pour Angie sauront-ils alors résister à la relation quasi passionnelle entre l'adolescent et son téléphone ?



Postérieurement au relatif succès de "Brice de Nice", James Huth se lançait là dans le teen-movie façon série B à tendance fantastique avec son humour bien déjanté qui le caractérise. Malgré la filmographie inégale du lascar (cf. le récent "Lucky Luke"), j'étais malgré tout assez confiant avant de voir ce Hellphone. Pourquoi ? Eh bien parce que je me disais qu'il nous montrerait autre chose que de la comédie grand public et que le réalisateur était bien plus dans son élément : l'humour référentiel décalé mais aussi parce que ce film a eu un petit succès d'estime auprès du public. Alors ai-je eu raison ?

Le scénario est simple certes, mais jubilatoire : un adolescent un peu tête de turc de son bahut, acquiert un téléphone portable démoniaque qui est capable d'exaucer les vœux. Et cette idée somme toute assez banale et éculée est en fait une véritable mine d'or à idées. Ce type de téléphone avec ses propres pouvoirs, sorte de lampe d'Aladin du vingt et unième siècle, devient, dans la main d'un adolescent, une arme redoutable. Le portable est effectivement l'objet le plus intime des ados : ils ne s'en séparent jamais, l'éteignent rarement, l'ont très souvent à portée de main, et avec l'ordinateur, il constitue l'objet au cœur des premiers échanges, qu'ils soient amoureux ou amicaux, via l'envoi de SMS. Tous ces éléments ne pouvaient laisser notre James Huth indifférent, lui qui pouvait laisser libre court à son imagination débordante en termes de scènes débridées. Alors, pari rempli ?

Ainsi, après une introduction simpliste, les situations s'enchainent au fil des minutes et deviennent de plus en plus "mortelles", c'est le cas de le dire. Les morts qui nous sont proposées à l'écran sont en effet très violentes, sans être gore cependant, comme celle du cuisinier de fastfood qui plonge la tête dans l'huile bouillante ou bien encore celle de la fille qui se plante moult couteaux dans le poitrail. La mise en scène est dans l'ensemble inventive par ses nombreux plans zoomés et référentielle, même si c'est parfois un peu trop brouillon.

Côté acteurs, Jean-Baptiste Maunier en adolescent à peine pubère et skater fan d'AC/DC réussit à nous faire oublier son image de "petit chanteur propre sur lui" vu dans "Les choristes" et ce, à la surprise générale. Même si je ne suis pas son plus grand admirateur, je dois reconnaître qu'il campe vraiment bien le petit lycéen parisien un peu molesté par les autres car incompris. Pour ce qui est des autres interprètes, ils ne s'en sortent pas trop mal, notamment Benjamin Jungers, le meilleur ami de Sid et Jennifer Decker, la sexy skateuse Angie. Mais la véritable révélation du métrage, c'est Vladimir Consigny, le "méchant", jouant ici un petit playboy narcissique apportant beaucoup au film parce qu'il constitue une nouvelle sorte de bad guy et surtout parce qu'il faut voir la scène où totalement envouté par le téléphone diabolique, il effectue un strip-tease sur "Daddy cool" de Boney M., debout sur les tables de la cantine du lycée en finissant en apothéose, mais je n'en dévoilerai pas plus…

Ajoutons également que Hellphone bénéficie des caméos sympathiques de Bruno Salomone, incarnant Hervé Temmam, le vendeur détestable de la boutique street-wear à la mode ou encore Jean Dujardin, le warrior de la cave et de la boue, autrement dit un égoutier un peu perché ; mais aussi dispose d'une galerie de personnages loufoques et hauts en couleurs, on pense au skater retraité, au boss de fastfood blagueur mais asservisseur et à la maman hindouiste prise de nymphomanie intempestive. Bref, que du lourd !

Notons que pour la musique de Hellphone, James Huth a fait appel à Bruno Coulais, un compositeur avec lequel il a déjà collaboré et qui a su insuffler au film une touche de mystère dès le thème du générique d'entrée. La bande-originale se compose également de sept chansons d'un jeune groupe de rock français, Les Elderberries. Mais attention hein, je n'ai jamais dit que tout cela était bien, je dirai juste que ça passe compte tenu que le score n'est pas ce qui prime dans ce type de production, d'autant plus lorsque ce sont des français à la manœuvre…

Par ailleurs, Hellphone remixe assez habilement les références et autres clins d'œil à des œuvres illustres. "Gremlins", "Les dents de la mer", "Le seigneur des anneaux", "Retour vers le futur", "Les oiseaux", "Sueurs froides" et "Christine" sont ainsi évoqués sans jamais être pervertis mais plutôt dépoussiérés et remis au goût du jour. A vous alors de repérer les allusions à ces chefs-d'œuvre du patrimoine cinématographique de genre…

Bon, passons maintenant au gros défaut de Hellphone, parce qu'on n'est pas là non plus pour rigoler. La poilade, justement parlons-en. Le métrage de James Huth qui selon le cinéaste lui-même se veut être "une parabole sur les dangers du paraître" (c'est un peu raté, en ce qui me concerne) à force de flirter avec les genres (la comédie noire, le fantastique et le teen-movie) ne tient pas la promesse d'être un film amusant. Certes, nous avons un téléphone d'enfer (et un jeu de mots facile, un !) qui a le pouvoir de contrôler tous les pauvres malheureux qui décrocheraient leur mobile, mais les gags sont tellement naïfs qu'ils en deviennent faciles, tellement appuyés et vite expédiés, qu'on dirait que le long-métrage n'est qu'un énorme prétexte pour nous sortir une énième comédie française sans réelle saveur. Et j'insiste, car ce n'est pas drôle du tout, à part deux ou trois scènes, ce qui est peu pour ce genre de métrage avouons-le. Subjectivement, c'est du moins ce que j'ai ressenti, je dois être trop vieux ou alors c'est un humour que je ne perçois pas, tellement c'est avant-gardiste ! Objectivement, la plupart du temps vous sourirez d'accord, mais ne rirez pas à gorge déployée. Dommage, oui vraiment, car il y avait là du potentiel.

Ainsi, Hellphone est un teen-movie mélangeant la comédie de mœurs adolescentes à la française à une réalisation clippesque façon MTV et mâtiné de fantastique à l'instar des "Scream", "Destination finale" ou encore "La main qui tue" auquel il ressemble beaucoup par son esprit potache et sa petite réputation d'estime acquise au gré d'un bouche à oreille efficace. Certes, James Huth a un certain savoir-faire dans l'art du rebondissement et maîtrise grosso modo tous les codes du cinéma. Seulement voilà, le film n'est pas exempt de maladresses et défauts gênants comme les gags tombant à plat. Ne faisons cependant pas notre fine bouche face à une comédie fantastique qui ose, et française de surcroit ! Ce long-métrage touchant à tous les genres qui font le sel du paysage cinématographique actuel reste avant tout une petite folie purement adolescente à la fois singulière et surprenante, qu'il faut voir au second degré en ayant oublié son cerveau et surtout son sens critique.








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