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Alors qu'elles prenaient le train direction le Sud, deux amies tombent nez-à-nez avec un homme au visage rongé par une sorte d'infection cutanée. Comme fou, l'homme se jette sur l'une des filles et l'assassine, tandis que sa copine, terrassée, s'enfuit du train et s'enfonce dans la campagne environnante pour y trouver refuge, espérant ensuite rejoindre son petit ami travaillant non loin de là dans une exploitation agricole. Mais la jeune femme va se retrouver piégée dans un petit village où les habitants semblent eux aussi infectés par ce mystérieux virus les rendant tous complètement fous et sanguinaires…



Une critique d'un film de Jean Rollin, cela ne se refuse pas! Il faut bien le reconnaitre, notre réalisateur français nous en a concoctés des films de genre : même si son thème de prédilection demeure le vampirisme ("le viol du vampire", "la vampire nue", "le frisson des vampires", "vierges et vampires", "les deux orphelines vampires", "requiem pour un vampire"…), Jean Rollin nous a également fait part de quelques films d'un contexte différent de celui des suceurs de sang (que l'on pourrait qualifier pour certains de classiques, voire même de cultes) : "le lac des morts-vivants" (extraordinaire nanar que tout passionné de cinéma de genre se doit d'avoir dans sa collection), "la morte vivante", "phantasmes", "la nuit des horloges" ou encore ce fameux "les raisins de la mort" dont il est question ici.

Sorti en 1978, alors que les films de zombies sont devenus une denrée fortement appréciée ("la nuit des morts-vivants", dix ans plus tôt, a donné de nombreux petits), "les raisins de la mort" tente de surfer sur cette vague horrifique en s'inspirant du film de George A.Romero, mais également de classiques tels que "the crazies" (alias "la nuit des fous vivants") du même réalisateur pour ce côté infection / contaminés (et non des morts-vivants) ou encore le très bon "le massacre des morts-vivants" (alias "let sleeping corpses lie") de Jorge Grau pour le contexte campagnard et agricole, saupoudré d'une petite touche d'écologie.

Bon, je vous préviens d'emblée : séchez vos babines car le film de Jean Rollin n'arrive à la cheville d'aucun des trois films cités dans le paragraphe précédent. Quelques explications dans les lignes qui suivent…



Partant d'un scénario fort basique (une malheureuse jeune femme perdue dans la campagne se retrouve nez-à-nez avec des gens contaminés par un virus les ayant rendus fous et violents), "les raisins de la mort" n'est pas le genre de film que l'on recommanderait à quelqu'un cherchant un film sortant des sentiers battus (surtout que depuis le début du 21ème siècle, nous ne comptons plus le nombre de films d'infection produits : presque autant que des films de morts-vivants, c'est pour dire le commerce qu'il y a derrière cette catégorie du cinéma de genre et le choix qui en découle…).

Mais le scénario n'est pas la seule tare du film de Jean Rollin. En effet, malgré deux-trois bonnes idées par-ci par-là, le public retiendra malheureusement surtout les défauts majeurs du film, à commencer par un rythme très inégal. Alors que le film démarre de manière honorable (malgré une réalisation assez médiocre) avec une course-poursuite dans un train et l'attaque d'un père de famille contaminé, le rythme diminue progressivement, laissant volontiers la place à des dialogues souvent (pour ne pas dire presque toujours) indigestes, risibles au possible et soporifiques (mais je reviendrais rapidement là-dessus plus tard). Les quelques scènes d'attaques qui suivent celle du père de famille du début (et ce bon vieux coup de fourche) manquent cruellement de mordant, de violence (à l'exception de cette scène de décapitation très saignante), et plongent rapidement le film dans la routine.

Outre son rythme, "les raisins de la mort" déçoit également par ces quelques incohérences (les contaminés animés d'une folie sanguinaire n'attaquent pas tout de suite la jeune aveugle et attendent patiemment à ses côtés / la voiture de l'héroïne qui refuse de redémarrer alors qu'elle fonctionnait très bien jusque là / la façon qu'à notre cher Jean Rollin de déshabiller ses actrices sans la moindre raison…).



Mais là où "les raisins de la mort" est vraiment risible au possible (et pourtant on ne peut en aucun cas parler de nanar ici tellement le film se prend réellement au sérieux, contrairement à certains Fragasso et Mattéi…), c'est dans ses personnages et ses dialogues. Alors là c'est chapeau bas Messieurs Rollin et Bouyxou! Du grand n'importe quoi en veux-tu en voilà! Dialogues mous, expressions faciales des personnages quasi absentes, intonation dans les voix mise au néant et dialogues de sourds voire totalement idiots et sans intérêt (la palme revient sans conteste aux deux campagnards de la dernière partie du film dont les arguments, les réflexions et les exclamations frisent l'idiotie, et que l'on pourrait croire sortis tout droit d'un "la soupe aux choux le retour" où Jean Carmet et Louis de Funès seraient ici remplacés par des Félix Marten et Serge Marquand récupérés dans un caniveau après ingestion de quelques litrons). Notre héroïne n'est d'ailleurs pas épargnée par ces critiques…

Allez, pour le plaisir, je vous fais part d'un extrait de dialogue du film (LA pépite du film selon moi témoignant de la naïveté et de la pauvreté des échanges verbaux entre les personnages dans "les raisins de la mort") :
L'aveugle : "C'est comment tout autour de nous?"
L'héroïne : "Y'a des grands rochers partout : ils sont dressés vers le ciel comme si on les avait plantés" (quelle description!)
L'aveugle : "Ha bien sûr, je comprends maintenant" (oui mais tu comprends quoi?)

L'actrice jouant le rôle de la jeune femme aveugle (qui va accompagner notre héroïne durant une partie du film) manque elle-aussi cruellement de vivacité malgré une intonation peut-être trop poussée de sa part (à l'inverse des deux crétins cités ci-dessus, elle met même l'intonation sur des mots pourtant sans importance…) : à l'entendre, on a l'impression que la demoiselle récite un poème ou se la joue comédienne d'une pièce dramatique (que tout ceci sonne faux…).

Brigitte LaHaye, qui fait une apparition remarquée dans le film de son ami Jean Rollin, n'est pas en reste elle non plus. Parlant au ralenti (dieu que sa voix est monotone!), sans intonation, cette dernière se rachète toutefois de sa mauvaise conduite face à la caméra en nous dévoilant ce qui a fait tout son charme à l'époque (LA scène qui réveillera la gente masculine à ce moment du film où l'ennui terrassait la majeure partie d'entre nous! Désolé mesdames et mesdemoiselles mais il faudra quant à vous vous consoler avec les deux péquenauds chasseurs, bien moins sexys il est vrai…).

En ce qui me concerne, un seul personnage vaut réellement le détour dans ce film, c'est celui de Lucas, le compagnon de Lucie, notre chère aveugle. Complètement fou, ce dernier ricane comme une hyène, bave, bafouille et, pris soudain d'une envie sanguinaire, étrangle sa victime, l'accroche à la porte de sa maison et la décapite avant de poursuivre notre héroïne, la tête de sa défunte compagne dans la main. Une scène d'ailleurs que l'on retiendra comme peut-être la plus mémorable du film de Jean Rollin : comme fous et hypnotisés, les villageois poursuivent notre héroïne dans le village en marmonnant tels des zombies "Lucie je t'aime" : un pur moment de folie très glauque.



Du film de Jean Rollin présenté ici, on retiendra cependant quelques bonnes choses d'un point de vue visuel. En effet, Jean Rollin le sait, il a une certaine aisance et un réel potentiel à filmer les paysages de la France profonde, de la campagne, et "les raisins de la mort" n'échappe pas à la règle. On s'y prend à plusieurs reprises à contempler les paysages, à suivre notre héroïne dans les sentiers caillouteux de ce vieux village du Sud de la France…
On appréciera également la scène où l'héroïne, accompagnée de la jeune aveugle, traverse le village au sol jonché de cadavres : une séquence bien sympathique où notre héroïne fait tout pour que Lucie ne se rende pas compte qu'elle est dans un village dévasté, incendié…

Quelques effets sanguinolents sont également de la partie dans le film de Jean Rollin : un meurtre à coup de fourche dans le torse, une décapitation très saignante en plan rapproché (malgré un trucage un peu trop visible mais c'est ce qui fait le charme des petits budgets et notre plus grand plaisir). Les maquillages pour montrer le pourrissement de la chair (sorte de lèpre bien saignante avec son pus ruisselant sur le front des victimes), bien que très sommaires, demeurent de bonne facture et se suffisent à eux-mêmes (on n'en demandait pas plus de ce point de vue là).

A noter pour finir une musique faite principalement de simples tonalités mais qui conserve un certain charme malgré le poids des années. Ah, et j'oubliais, l'affiche du film est également très sympathique (bah oui, fallait que je case cela quelque part…)

Au final, "les raisins de la mort" est une déception, malgré ce statut de petit classique du cinéma de genre français qui lui colle à la peau. Décevant sur sa narration, son scénario classique au rythme très inégal et ses acteurs manquant cruellement de professionnalisme, le film de Jean Rollin se laisse toutefois voir pour son aspect visuel (quelques effets saignants de bonne facture et surtout des paysages de la France profonde remarquables).