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Dans un monde détruit depuis une dizaine d'années par une catastrophe que l'on imagine nucléaire dont certains se remémorent juste un gigantesque éclair aveuglant, un homme et son fils tentent de survivre en suivant une ancienne autoroute menant vers l'océan, au sud. C'est dans un décor d'apocalypse où la plus secondaire des touffes d'herbes, la plus petite source d'énergie qui soit et la moindre portion de nourriture sont devenues trop rares, qu'ils progressent en poussant devant eux un caddie rempli d'objets hétéroclites représentant ce qu'ils ont pu sauver et ce qu'ils doivent protéger pour subsister. Dans ce monde dévasté recouvert de cendres où le ciel est gris, la nature et la faune sont mortes et où il n'y a plus ni soleil, ni ville, l'humanité est retournée à la barbarie. Survivre est ce qui importe désormais le plus dans la tête des rescapés et ce, à n'importe quel prix. Chacun est alors prêt à tout pour se nourrir, c'est pourquoi le danger guette à chaque instant et que la méfiance habite notre père à chaque recoin un peu sombre ou à la moindre rencontre hasardeuse. Ajoutons à cela qu'avoir un enfant de douze ans avec soi est désormais devenu un luxe convoité. Alors arriveront-ils à bon port tous les deux ? Mais surtout, si jamais cela se passe bien, une fois à destination, que trouveront-ils ?



Avec La route, le cinéaste australien John Hillcoat signe son quatrième long métrage après le très remarqué "Ghosts... of the Civil Dead", "To Have and to Hold", et "The Proposition". Ici, servi par un matériau de base en or, il place au centre d'un décor impressionnant mais ravagé Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee comme acteurs d'une véritable descente aux enfers dont l'issue est incertaine. Leur jeu d'acteur est proprement sidérant et les émotions qu'ils dégagent ne peuvent laisser indifférent. Très vite on éprouve de l'empathie vis-à-vis de ces deux protagonistes dont le seul but de l'un est la survie de l'autre. Rapidement, on s'attache à eux en souhaitant qu'il leur arrive quelque chose de bien. Parce qu'il faut bien le dire, mais leur quotidien n'est pas super cocasse. Effectivement, durant leur périple vers le sud, ils feront des rencontres mêlées de méfiance et de crainte dans des lieux plus ou moins sordides représentant un espoir de survie ou bien, comme trop souvent, la scène d'un crime. Pourquoi ? Tout simplement parce que depuis la catastrophe, c'est désormais le chaos, chaque âme qui vive cherchant à se nourrir, à survivre coûte que coûte et ce, au détriment des autres car désormais, c'est le "chacun pour soi" qui prime. Alors c'est vrai que cette relation père/fils pétrie d'humanité dénote dans ce monde empli de brutalité et d'individualisme forcené. Même s'il n'y a plus que la peur, qu'il n'y a plus d'espoir, le père s'efforce de rester debout, afin de protéger sa progéniture devenue désormais sa seule raison de vivre. Et ce père, c'est Viggo Mortensen alias Eragorn dans la trilogie de "Le Seigneur des Anneaux". Il est ici remarquable d'intensité et de finesse, mais aussi de vulnérabilité, celle d'un papa à l'agonie mais donnant ses dernières forces pour la survie de son fiston. Hanté par la mort de sa femme (la toujours superbe Charlize Theron) il s'est donné pour mission de protéger son fils envers et contre tout, ce qui fait de lui le véritable "Mon père ce héros". L'enfant est, quant à lui, interprété par Kodi Smit-McPhee ayant, entre autres, donné la réplique à Eric Bana dans "Romulus, my father", un film pour lequel il a remporté plusieurs récompenses en Australie et qui a encore un rapport entre un enfant et son géniteur. Décidément, il faut qu'il grandisse un peu le petit Kodi ! Non content de ressembler à l'actrice Charlize Theron dont il est censé être le fils à l'écran, il a également été bien choisi au casting pour son formidable jeu d'acteur malgré son jeune âge. Tantôt fragile, tantôt naïf, il incarne ici un enfant qui sera, par la force des choses et autres événements qui l'entourent, obligé d'acquérir de la maturité plus vite que les autres et il le fait bien. Un jeune acteur à suivre…

Film pouvant être lu comme une parabole sur la transmission des valeurs d'une génération à une autre, La route véhicule également des idées plutôt sombres, mais dont tout un chacun se doit d'être avisé pour pouvoir y faire face : le caractère inévitable de la mort et la culpabilité voire la douleur de laisser un enfant derrière soi, autrement dit la peur de l'abandon. Et ce qui fait que ça marche à l'écran, c'est que toutes ces inquiétudes et sentiments sont universels (quel parent en effet n'a jamais eu peur pour ses enfants ?) et semblent poussées à leur paroxysme dans cette histoire parce qu'elle se déroule dans un monde désolé où toutes les certitudes humaines et points de repère sociétaux ont disparu. Universelle également est la vision du cauchemar qui peut tous nous toucher un jour ou l'autre, si un gouvernant un peu cintré du ciboulot appuie sur le fameux "bouton rouge" et provoque une catastrophe nucléaire d'ampleur mondiale qui entraînerait la fin de notre société. Cette extrapolation ne nous paraît pas si exagérée que ça, à nous qui tous les jours sommes les témoins d'une époque de violents conflits mondiaux, de catastrophes environnementales internationales. En ce sens, La route, tel un miroir, nous renvoie à la face toutes nos peurs, tous nos maux qui rongent notre monde et sonne alors comme un avertissement universel.

Ainsi, La route est un film magnifique qui se déroule dans une atmosphère réaliste, glauque, telle qu'on pourrait l'imaginer dans monde détruit par une explosion nucléaire. Mais cette atmosphère est le fruit d'un long travail qui a nécessité 60 jours de tournage en extérieur dans plus de 50 décors différents. Cherchant des lieux en ruines, quasi abandonnés, voire hostiles, l'équipe a choisi pour cadre notamment, un vieux parc à thèmes de Conneaut, ne recevant plus de visiteurs et a fait un mélange de choses vues aux informations çà et là et qui ont pour inspiration : la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina, le volcan Mount St. Helens dans l'Etat de Washington, les bassins miniers du centre de la Pennsylvanie et autour de Pittsburgh où le paysage a été complètement ravagé par l'industrie minière. En clair, un décorum naturel pour lequel il ne fallait pas chercher bien loin.

Un gros travail d'observation a également été fourni en ce qui concerne les costumes et attitudes des personnages, très loin de l'univers de "Mad Max", ayant pourtant posé les codes du genre post-apocalyptique. L'équipe a tout simplement relu le livre de McCarthy et pensé à l'horreur des nécessiteux qui côtoient notre ordinaire : saleté environnante, chariots de supermarché, blousons de ski, sacs plastiques, rembourrages de journaux, chaussures rafistolées, etc. Bref, tout ce qui fait malheureusement le quotidien des parias et autres SDF de nos grandes villes et c'est bien ça qui fait froid dans le dos ! Notons aussi que l'aspect maigrichon voire émacié des personnages du film renforce la misère ambiante des survivants à la recherche perpétuelle de nourriture. Bien vu !

Côté score, c'est Nick Cave, célèbre musicien australien mais aussi écrivain, qui signe la bande originale. Notons qu'il avait déjà participé sur les films précédents de Hillcoat aussi bien au niveau sonore que de l'écriture du scénario ("Ghosts... of the Civil Dead" et " The Proposition"). Ici, le compositeur dont le style se rapproche de celui d'un Leonard Cohen, livre une partition mélancolique qu'on dira "atmosphérique" puisqu'elle colle parfaitement au film et ses allures de cauchemar éveillé.

Les scènes d'actions, quant à elles, sont superbement réalisées. On sent vraiment la pression monter en même temps que celle des protagonistes et elles s'inscrivent parfaitement dans l'évolution de l'histoire. Comme dans le livre, le danger peut provenir de n'importe où et de n'importe qui. Alternant les flashbacks entre la vie passée et présente de nos deux héros, le long-métrage de Hillcoat contient également son lot de scènes saisissantes et pas seulement à cause d'effets spéciaux parfaitement maîtrisés, on pense notamment à : celle de la chute des arbres, celle de la découverte du bunker, celle du SDF dénudé ou bien encore celle de la découverte macabre de la cave, réserve de viandes en tous genres…

Malgré bon nombre de qualités, le film a, selon moi, trois défauts majeurs. Tout d'abord pour les fans de Cormarc McCarthy, celui d'être trop fidèle au livre sans l'égaler. En effet, le pouvoir de l'imagination l'emporte sur le visuel, l'écrit est donc plus fort que la pellicule. Ensuite, pour les agnostiques ou anticléricaux comme moi, celui d'y voir trop de symboles liés à la religion. Celle-ci est effectivement omniprésente, ce qui confessons-le (facile comme jeu de mots, je sais) est un peu irritant pour quelqu'un qui ne pense pas que Dieu va le sauver à chaque instant. Ajoutons à cela une facilité indigente dans le symbolisme de bas étage qui entache un peu le métrage. On pense surtout à la scène d'accouchement suivie d'un plan de caméra sur un tunnel, navrant ! Enfin, pour ceux n'ayant pas lu le livre, l'ultime scène peut être jugée un peu tirée par les cheveux et incohérente par rapport au ton du film et peut laisser un goût amère dans la bouche, surtout si on repense à tout ce que l'on a vu de bien précédemment.

Grâce à un fort parfum d'authenticité dû à des effets spéciaux magistralement utilisés, deux acteurs au sommet de leur art, des scènes en tous genres au réalisme brut de décoffrage, le tout magnifié par des décors désertiques où chaque signe de vie peut être perçu comme une menace de mort, John Hillcoat se révèle plus que jamais inspiré par son sujet et signe avec cette adaptation du roman éponyme La route, un film (prophétique ?) questionnant la foi en l'avenir et en l'être humain. Il est toutefois regrettable que cette œuvre d'une grande puissance soit polluée par un symbolisme religieux bien trop prégnant et typique des réalisations américaines récentes. Cela étant, tout bon fan de post-nuke se doit de le voir, alors foncez !








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