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Réalisation
Jean-louis Van Belle

Scénariste
Jean-louis Van Belle

Date de sortie
1971

Genre
fantastique, insolite

Tagline


Cast
Albert Simono
Jane Clayton
Daniel Moosmann


Pays
Belgique, Italie

Production


Musique
Raymond Legrand

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 3.8
(4 votes)
Le sadique aux dents rouges n'est pas à proprement parler un film. Bien sûr il a été tourné avec de la pellicule, des caméras, un réalisateur et des acteurs, mais ce n'est quand même pas un film au sens propre. C'est un concept philosophique, une abstraction mise en images, une certaine idée du n'importe quoi, une chimère née d'un cerveau déviant, une allégorie sociétale pervertie, un songe psychédélique, une divagation utopique et irréelle à la phraséologie ubuesque. Oui, c'est tout cela et même plus ! C'est le tout, le précieux, l'anneau unique du film de genre !



Le générique donne le ton.
Sur des images dont on a inversé les couleurs (comme sur des négatifs de photos) une dame pousse une chansonnette : " Notre amour est mort, que les guitares chantent, notre amour est mort, nos rêves le hante, notre amour est mort, mais moi je t'aime encoreuuhhh !" . Ca commence bien, surtout que l'on voit vite que le film a dû être tourné avec de vieilles bobines de l'ex RDA (qui à l'époque apportait encore le réconfort aux classes laborieuses par son existence...sic). La photographie donne aux acteurs une teinte verdâtre, la bande son est insupportable, les acteurs jouent mal avec une mention spéciale pour "l'héroïne".
Avec une telle entrée en matière on suppute que l'amateur éclairé de bobines uniques en son genre va se régaler. Mais on n'imagine pas à quel point...

Tentons maintenant de décrire ce qui se passe à l'écran.



Un jeune homme sort d'une clinique psychiatrique suite à un accident de voiture car il se prend pour un vampire. Comment ? Quel est le rapport ? On ne nous le dit pas, ce qui est, à l'évidence, une volonté du réalisateur de faire travailler notre imagination. Du coup on cogite, les vampires savent-ils conduire ? Ont-ils le permis ? et si oui, comment font-ils pour prendre des cours de conduite de nuit ? Y-a t-il des auto-écoles spécialisées pour le suceurs de sang ?
Oui, je sais, ce sont des questionnements qui confinent au vertigineux.

On en était là de notre raisonnement, quand tout à coup ! Paf ! On apprend qu'en fait c'est un vrai vampire ! Sauf que lui ne le sait pas, il pense qu'il croit qu'il est un vampire, car les docteurs le persuadent que c'est en un ! Du coup, le spectateur se sent happé par l'intense carambolage métaphysique qui en découle.

Toujours est-il que notre vrai-faux Dracula sort de la clinique, et il est vite victime d'hallucinations, il voit des vampires partout, chez les hommes, les femmes, les enfants.
Mais attention, pas des vampires nimbés de brume gothique et pourvus de canines proéminentes, non il voit des personnes affublées de dents de vampire, certes, mais des dents de farces et attrapes, de celles que l'on trouve dans de petits oeufs en plastiques derrières les caisses de tous les supermarchés de France et de Navarre. Une volonté, là aussi évidente, de rendre le métrage symbolique et non-conformiste.



Du symbolisme, on va passer au surréalisme le plus provocateur, car on va vite apprendre que
le docteur qui suit notre héros (et son assistant qui a la même barbe que Regis Laspales) tente d'en faire, ni plus ni moins, que le nouveau prince des ténèbres, rien que ça !
Il va donc être initié par un maître vampire qui ressemble à Maître Capello.
Du coup, Nosferatu devient fou (il était temps) et se met à mordre les gens dans la rue, dans les magasins, partout.

Le suspense est alors à son comble, et ce alors que l'on est seulement à la moitié du film ! Et je ne vous dévoilerai pas le fin mot de l'histoire, non n'insistez pas, une telle oeuvre ne mérite pas que l'on déflore son épilogue. Penchons-nous plutôt sur l'aspect technique et poétique du film.

Seraient-ce les effluves psychédéliques de Mai 1968 qui volettent encore autour de notre réalisateur ? Mais son film est empreint de volonté "arty" et expérimentale dans la mise en scène. Surimpressions d'images sur l'image avec par exemple des animaux dans les yeux du héros, notre héros qui se met à marcher à l'envers au milieu de la rue, des stock-shots de tornades ou de tempêtes pour nous faire prendre conscience de la fureur émotive qui parcourt les synapses du vampire, des dialogues qui se veulent engagés contre les flics, la société, l'insupportable vacuité de la vie et puis une absence de cohésion temporelle, un montage dépassant les frontières du classicisme évidemment bourgeois, une manière de filmer qui refuse souvent le champ/contrechamp...comme une volonté d'avant-gardisme dans la lutte du cinéaste contre le cinéma des masses.

Finissons dans la joie avec quelques dialogues qui donnent une petite idée de ce que vous pourrez entendre si jamais vous désirez vous procurer le DVD.



Le type va dans une boucherie, une cliente déclame à propos de la viande : " C'est drôle, quand c'est rouge on dit bleu, quand c'est moins bleu on dit rouge, et quand c'est pas rouge on dit bien cuit".
Alors qu'il gît sur le sol : " ô ce soleil gris, et l'aube....l'aube brûlante qui me dévore. Jane, mon univers se dissipe. Je m'appelle, je m'appelle Dents rouges. Docteur, la mort est froide... pourtant la mort me brûle. Jane, je ne me meurs pas, mon amour, oh ! je vois le monde de la mort, il ressemble au nôtre Jane. Cette nuit je reviendrai car je t'aime Jane ! Et la mort ne peut pas tuer l'amour".

En soi, ce sadique aux dents rouges est une oeuvre autre, différente et qui n'a que peu d'équivalents, rien que pour cela elle mérite que l'on s'y arrête. Jean Louis Van Belle défie la logique sur tous les plans et livre une oeuvre qui défiera le temps et les modes, la preuve ce film bénéficie même d'une récente édition DVD ! On vit une belle époque n'empêche !

Pour finir, ne comptez pas sur moi pour donner une note à ce métrage, il défie aussi le système de notation.

Disponible depuis Mars 2010 en zone 1 sous le titre "The Sadist With Red Teeth", chez l'éditeur indépendant de pépites oubliées Mondo Macabre avec "Forbidden Paris", un autre film du réalisateur.

On le trouve sur le site de Sin'art, bien entendu.




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