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Dans les années 2025, à Paris, le lieutenant de la nouvelle police européenne, David Hoffmann, enquête sur les circonstances étranges liées au décès de sa coéquipière en plein exercice. Parallèlement à ces événements, madame Brügen, la directrice d'une clinique dernier cri, spécialisée dans la chirurgie plastique, accueille sa propre fille Manon, victime d'un très grave accident lui ayant laissé de graves séquelles physiques et également fait perdre la mémoire. Au cours de ses investigations, David trouve un lien entre le criminel Dimitri Nicolov, responsable de la mort de sa femme et ladite clinique, avec qui le gangster entretient d'étranges relations. Il y fera une découverte étonnante : celle de "Chrysalis", une machine ultra perfectionnée capable de manipuler la mémoire des patients et leurs souvenirs. Mais certaines réminiscences ne semblent jamais vouloir s'effacer…



Devant au départ s'intituler "Avatar" (malheureusement James Cameron était passé par là et avait déjà déposé le titre !), Chrysalis est une production française nantie d'un budget conséquent et qui se risque à nous proposer un long-métrage de SF d'anticipation. Fait quand même rarissime pour être signalé puisque chez nous, on préfère plutôt les films plus "auteurisants" avec des titres à rallonge du style: "Reviens demain, il fera beau dans ma cuisine car ma femme prendra le train".

De manière surprenante, le résultat s'avère esthétiquement splendide avec un monde futuriste très crédible. Il faut dire qu'ici, les moyens mis en œuvre et les SFX usités sont à la hauteur ! Pour rendre son métrage authentique mais avant-gardiste, la production a vu grand : trois prototypes de Renault ont été prêtés pour le film (Talisman,Velsatis et Koleos), la spidercam (caméra orientée d'une façon telle qu'elle emporte le téléspectateur dans un plongeon vertigineux, lui donnant une sensation de vol) a été utilisée pour la scène de course-poursuite dans le hangar, tout comme la Motion Control (dispositif contrôlant la caméra et ses déplacements par l'intermédiaire d'un système informatique, afin de répéter les mouvements des personnages) lorsque Manon apparaît et disparaît dans sa chambre et enfin de nombreux plans et montages via ordinateurs et capteurs ont été nécessaires pour la scène de l'opération virtuelle que fait Marthe Keller, scène empruntant énormément à "Minority report" de Spielberg.

Ajoutons à cela une photographie très terne donnant un ton sombre et monotone au film dès le début (chaque plan est visuellement magnifique mais il faut aimer le noir et blanc !), combinée à une absence de bavardages inutiles (et ça dans une production française, ça fait du bien !) accentuant le côté dramatique du métrage et des mouvements de caméra maîtrisés (ah les plans séquences, qu'est-ce que c'est joli quand même !) et vous aurez un long-métrage venant de chez nous n'ayant rien à envier aux américains côté effets en tous genres. On regrettera toutefois le nombre limité de scènes en extérieur. En même temps, le jour où le cinéma français construira un bout d'autoroute pour un film de SF à la "Matrix", je ne serais certainement plus de ce monde pour en parler !

Les scènes d'action, quant à elle, raviront les fans de baston avec des affrontements mémorables qui mélangent combats de rue (où tous les coups sont permis) et arts martiaux asiatiques (au niveau des mouvements). Il faut dire que Dupontel et Figlarz, le chorégraphe, s'en sont donnés à cœur joie et ce, dans des lieux tous différents. On passe en effet de la salle de bain au hangar, en faisant un petit tour par le bloc opératoire de la clinique ou même les égouts ! Petit bémol : les scènes de combats sont assez bien chorégraphiées certes, mais semblent un peu répétitives il faut l'avouer puisque l'on remarque quand même que les acteurs se battent toujours dans un petit périmètre qu'ils soient dans un hangar gigantesque ou dans une salle de bain riquiqui !

Parlons maintenant du casting, qui est l'un des points forts du film. Albert Dupontel y incarne un flic prêt à tout pour mettre la main sur le meurtrier de sa femme. Pour ce faire, on peut dire que l'acteur, a vraiment donné de sa personne : il a lui-même assuré l'intégralité de ses cascades, a effectué pas moins de six plongeons dans le canal de l'Ourcq (beurk !) et a suivi huit semaines d'entraînement physique intense à base de combats chorégraphiés sous la houlette d'Alain Figlarz, celui-là même qui a réglé les corps à corps de Matt Damon dans "La Mémoire dans la peau", et que l'on retrouve ici dans le rôle du méchant de service. Côté féminin, c'est plutôt sexy avec Estelle Lefébure ("Frontière(s)") en infirmière dévouée, Mélanie Thierry ("Babylon A.D.") en jeune fille perdue, Marie Guillard ("Le cinquième élément") en femme à poigne et Marthe Keller, que Julien Leclercq en fan absolu de "Marathon Man", voulait absolument avoir dans sa distribution. Cette dernière incarne ici le professeur Brügen, (chef de la clinique où "Chrysalis" est manipulé), rôle initialement prévu pour Tchéky Karyo. Sont présents également en seconds rôles notables : Claude Perron, fidèle comparse de Dupontel, Patrick Bauchau que l'on ne présente plus et Francis Renaud ("Mutants"), acteur caméléon sous-estimé.

Sur le plan du score, notons que c'est "30 Seconds To Mars" qui a composé et interprété la chanson qui sert de générique de fin au film. Quoi, vous ne connaissez pas ce groupe ? Mais si voyons, c'est celui de Jared Leto enfin !

Chrysalis s'apparente avant tout à un petit hommage à "Les yeux sans visage" de Franju. Aux rapports père-fille se substituent ici ceux entre une mère et sa fille, toujours dans une clinique, sauf que là, elle n'est plus égarée dans la forêt. Ajoutez à cela une enquête policière et vous obtenez ce petit film futuriste français. Seulement voilà, l'intrigue qui tient sur dix lignes (mais on a vu pire) a tendance à s'enliser, ce qui semble être le principal symptôme des films d'anticipation made in France : tout dans le design mais pas grand chose dans le scénario ! Pourtant, il y avait de quoi faire avec nombre d'idées intéressantes qui fourmillaient çà et là : théorie du complot à la "X-Files", clonage, manipulations génétiques, torture et même lavage de cerveau. Mais bon, comme le dit l'adage que je viens d'adapter : "trop de bonnes idées tuent la bonne idée" et Chrysalis se noie sous la masse des concepts pour finir au final par décevoir car pas très novateur avec son scénario à puzzle mal maîtrisé.


Thriller d'anticipation mâtiné de scènes d'action monumentales et d'une ambiance froide due à sa photographie léchée, Chrysalis bénéficie également d'effets spéciaux hors normes pour une production française et d'un casting convaincant (Dupontel en flic revanchard est formidable). Mais il en paie le prix : un scénario qui s'essouffle en atteignant même parfois le prévisible de bas étage. C'est dommage, car cette œuvre sorte de mixe entre "Les yeux sans visage", "Minority Report" et "Renaissance" avec son esthétisme poussé et ses effets spéciaux probants apparaissait comme atypique dans le petit monde très hermétique du cinéma français pourtant peu enclin à prendre des risques. Espérons alors que pour la prochaine fois, Julien Leclercq, déjà réalisateur du court-métrage futuriste "Transit", saura s'entourer de scénaristes dignes de ce nom !






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