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Un soir, en pleine campagne anglaise, un couple de jeunes amoureux fricotent dans leur voiture. Un tendre moment entre les deux tourtereaux qui va vite être perturbé par l'apparition d'une ombre dans un buisson. L'homme, pensant qu'il s'agit là d'un vulgaire voyeur, va agresser l'individu d'un coup de bâton, entrainant alors la riposte du dit voyeur. Mordu mortellement par son rival, le jeune homme tombe à terre sous les yeux de sa fiancée qui aperçoit alors le visage de l'inconnu tapis dans l'ombre : regard menaçant et dents aiguisées, cet homme ne semble avoir d'humain que la silhouette. C'est alors que l'individu se jette sur la jeune femme… Quelques temps plus tard, l'individu est recueilli par deux lesbiennes habitant une vaste maison dans la campagne environnante. Blessé, celles-ci décident de l'aider et l'héberge quelques temps. Mais l'homme est étrange, ne parle pas beaucoup et passe son temps à fixer leur perroquet domestique… Ce qu'elles ne savent pas, c'est que cet individu des plus inquiétants est en réalité un extraterrestre venu étudier le comportement des humains. Un être carnivore, cannibale…



Après s'être fait connaitre dans le cinéma de genre en Angleterre avec "Satan's slave" en 1976, le réalisateur Norman J. Warren récidive l'année suivante avec ce qui va être l'un des meilleurs films de sa carrière : "Prey" (plus connu en France sous le titre "le zombie venu d'ailleurs").

Disons-le de suite, ce titre français est trompeur : il n'est nulle question de zombie ici mais d'un alien. "Prey" n'est pas le seul qui se voit donner un titre français mensonger où figurent les termes zombie ou mort-vivant pour attirer le public : ce fut également les cas entre autres d' "une vierge chez les morts-vivant" de Jess Franco ou encore de l'ignoble "island zombie massacre" de John T. Carter dans lesquels nous cherchons encore désespérément les zombies annoncés dans leurs titres…
Pour anecdote, le film suivant de Norman J. Warren, en 1978, s'intitulera en France "la terreur des morts-vivants" ("terror" étant son titre original) alors que le film ne montre pas de zombies ou autres cadavres ramenés à la vie…



Alors qu'à l'heure d'aujourd'hui, au vu de la filmographie tant décriée de ce réalisateur britannique indépendant, nous sommes en droit de nous attendre à un film moyen (ou du moins en dessous de nos espérances) quand on lit le nom de Norman J. Warren au générique, "Prey" nous montre cependant que les exceptions et les contre-exemples existent. En effet, ce fameux "le zombie venu d'ailleurs" (que ce titre est infâme) est peut-être l'œuvre la plus aboutie du réalisateur. Mêlant habilement le fantastique au réel en nous narrant l'arrivée d'un extraterrestre au sein d'un couple de lesbiennes, le film de Norman J. Warren réussit le pari de choquer le public lors de sa parution dans la fin des années 70 en nous peignant une atmosphère effrayante où viennent s'imbriquer des scènes tantôt teintées de sauvagerie tantôt érotiques (entre lesbiennes qui plus est).

Doté d'un scénario peu commun et d'une réalisation soignée, "Prey" réussit à canaliser notre attention en nous livrant une histoire simple, aux retournements de situations efficaces et au casting impeccable.
Partant d'un contexte des plus classiques (un couple vivant à la campagne, à l'abri des regards extérieurs), Norman J. Warren va briser ce petit havre de paix en y apportant une menace tout droit venue d'ailleurs, un élément perturbateur qui s'avère être un extraterrestre. Très vite, ce couple qui paraissait si soudé, si heureux, va commencer à s'interroger, se suspecter pour enfin se déchirer sous les yeux de cet étranger venu d'une autre planète. Une fracture brutale et violente dans le couple qui est menée par des mains de maître, le mérite revenant aux impeccables interprétations des trois protagonistes et à ce scénario si subtil.

Car "Prey" n'est pas un film purement fantastique comme on voudrait le croire en lisant le résumé de celui-ci. Il s'agit plus particulièrement d'un drame émotionnel, d'une longue et douloureuse descente aux enfers d'un couple pourtant très lié causée par un élément surnaturel en la personne d'Anders l'extraterrestre (c'est son nom, du moins le nom qu'il s'est donné).



Si "Prey" est une agréable surprise, c'est notamment en raison de ses acteurs principaux. Nous avons d'un côté un couple de lesbiennes, Jessica et Joséphine, aux caractères bien distincts. La première est bien plus jeune et semble moins raisonnée que son amie. On apprend dès le début du film qu'un homme vivait auparavant avec elles, un certain Simon, mais celui-ci est parti du jour au lendemain sans même dire au revoir. Jessica s'était beaucoup rapprochée de cet homme et son départ l'a énormément chagrinée, un deuxième choc pour la jeune femme après la disparition de ses parents. Heureusement, elle pouvait compter sur le soutien de Joséphine, une femme plus âgée qu'elle avec qui elle finit par vivre une idylle amoureuse. Joséphine assumait alors son rôle protecteur et paternel vis-à-vis de Jessica tout en la préservant et la gardant rien que pour elle, à l'abri des regards indiscrets et surtout de certains jeunes hommes qui pourraient la lui piquer.
Joséphine a créé avec le temps un véritable nid d'amoureuses en la propriété des défunts parents de Jessica et compte bien rester, quoiqu'il arrive, auprès de la femme de sa vie. Mais c'est sans compter sur l'arrivée d'un extraterrestre…

Barry Stokes ("rendez-vous à Paris", "the guns and the fury", "lady Oscar"…) interprète le rôle d'Anders Anderson l'extraterrestre. Ne cherchez pas de vaisseau spatial ou d'alien à crâne disproportionné et corps verdâtre, Anders est tout ce qu'il y a de plus humain. Pas de forme non-humanoïde ni de tentacules ou autres, notre extraterrestre a tout simplement un visage lisse et des oreilles un peu plus développées que la normale. Mais ce visage ne sera visible qu'au début du film, avant qu'Anders ne tombe sur sa première victime et ne lui pique son aspect, son nom (Anderson) et même sa voix et son langage! Mais, lors de certaines séquences où notre cher alien passe à l'attaque ou s'énerve, son véritable visage réapparait, terrifiant et digne d'un film de vampires : yeux rouges et bouche ouverte laissant apparaitre de petites dents aiguisées, Anders voit également son visage se modifier pour ressembler vaguement à celui d'un félin… Un visage vraiment terrifiant qui fait son petit effet dans une scène gore à la fin du film.

Mises à part ces quelques scènes où apparait le véritable visage d'Anders, le reste du temps notre extraterrestre a une apparence humaine et n'a de particulier que son comportement. En effet, parlant peu et d'un ton froid, cette attitude poussera Joséphine à croire que le malheureux est tout simplement un peu simple d'esprit… Mais ce n'est pas tout : Anders ne mange rien de sucré et repousse toutes denrées végétales qui se présentent à lui, ce qui laisse perplexes les deux jeunes femmes végétariennes.

La nourriture est d'ailleurs un élément important dans ce film car c'est notamment par le biais de celle-ci qu'Anders va se familiariser avec les habitudes et coutumes humaines (les gâteaux et les verres d'alcool sont synonymes de fêtes, le fait de prendre le thé est le moment propice pour discuter et se prélasser…) et tenter de se fondre dans la vie quotidienne des terriens. Mais la nourriture est également, à l'inverse, ce qui va le trahir, celui-ci ne pouvant s'empêcher de se rationner en protéines animales, dévorant pour se faire toutes sortes d'animaux se présentant à sa portée (lapins, poules, renards, cygnes…) avec le risque de se faire remarquer…



Ce qui est rondement bien mené dans le film de Norman J. Warren, ce sont ces rapports entre Joséphine et Anders. En effet, alors qu'Anders essaye d'éloigner tout soupçon pouvant le démasquer (il fait semblant de manger les mets que l'on lui donne, s'instruit en apprenant la langue et va se forger un nouveau caractère afin de pouvoir continuer à vivre auprès de ce couple et ainsi continuer à étudier en toute quiétude les terriens), ressemblant de plus en plus à un véritable humain, Joséphine de son côté va devenir de plus en plus méfiante vis-à-vis de cet étranger qui ne laisse pas indifférente Jessica. Tandis qu'Anders s'humanise progressivement, Joséphine devient de plus en plus violente et réveille l'animal qui est en elle : les rapports s'inversent, le loup (autrement dit la menace extraterrestre) se transformant en agneau tandis que l'agneau (Joséphine) se transforme en loup… Le méchant n'est à ce moment plus celui que l'on croit, un sentiment d'autant plus marqué que Jessica retrouve dans une vieille malle des vêtements de Simon tachetés de sang et un couteau : serait-ce Joséphine qui a tué Simon pour que Jessica reste auprès d'elle? Les suspicions commencent entre les deux femmes (Joséphine pensant que Jessica est bien trop proche d'Anders qu'elle voit comme une réincarnation de Simon, tandis que Jessica soupçonne Joséphine d'avoir tué Simon).

Norman J. Warren prend plaisir à faire vaciller l'équilibre de ce couple qui semblait si solide en y incorporant cet extraterrestre aux allures pourtant humaines contrairement aux films de science-fiction habituels mais qui, par ce comportement froid et glacial, va générer une véritable destabilisation dans ce couple si paisible. Un déséquilibre qui va vite engendrer le drame, et même l'horreur, au sein du couple…

"Prey" est une histoire passionnante que l'on prend plaisir à suivre. On déplorera cependant quelques baisses de rythme à certains endroits, comme notamment une scène bien trop longue nous montrant Anders en train de se noyer dans une mare ou encore une séquence où nos trois compagnons font une partie de cache-cache dans la vaste demeure de Joséphine et Jessica.

Quelques scènes sanglantes supplémentaires n'auraient pas été de refus non plus, même si le final est plutôt bien orchestré et contient sa belle petite scène gore sortie de derrière les fagots! Les rares attaques de notre alien sont en effet bien trop hors-plans et c'est un peu regrettable de ne pas avoir quelques plans bien saignants…

Au final, bien plus qu'un film fantastique, "Prey" est un film dramatique teinté d'horreur et plongé dans une ambiance parfois glaciale où s'entremêlent scènes de nudité et de sauvagerie, deux extrêmes à l'époque où le film est sorti en Angleterre, bénéficiant alors d'une interdiction aux moins de 16 ans qui semblerait bien ridicule aujourd'hui… Une histoire rondement bien menée par un Norman J. Warren au sommet de son art : certainement le film le plus abouti de sa carrière, devant des films tels que "inseminoid" et "Satan's slave", d'autres gros titres de ce réalisateur parfois décrié à tord…